Dans les nombreux et passionnants métiers du cinéma, il existe celui de distributeur, dont le job consiste, entre autres choses, à vendre les copies du film qu'on lui a confié aux exploitants de salles. Le distributeur ne laisse rien au hasard : le nombre et le type de salles choisies répondent à la demande supposée des spectateurs. « Damsels in distress » sort donc en France avec une combinaison plutôt curieuse : 5 salles seulement, toutes à Paris. S'il est traditionnel de voir un film d'auteur bénéficier d'une sortie confortable dans la capitale et plus discrète en province, il est rare que cette dernière soit totalement inexistante, surtout dans les grandes villes comme Lyon, Bordeaux ou Toulouse. La carrière française du dernier film de Whit Stillman sera donc parisienne, et c'est un choix, autant dire un aveu de la part des distributeurs qui, lucides, sont conscients que « Damsels in distress » n'intéressera qu'un public limité répondant plutôt bien au cliché du bobo parisien propre sur lui.
La décision de cette sortie confidentielle est sage, à la fois économiquement et artistiquement. Le film est, de fait, parisien. La chambre des filles est décorée d'une carte de Paris et d'une affiche de « La Grande Illusion », un de leurs petits copains est fan de Truffaut, et il plane vaguement sur tout le film un petit parfum de Rohmer. Stillman a vécu dix ans à Paris et prend un certain plaisir (honnête, sans doute) à étaler sa francophilie en autant de clins d'oeil complices à l'égard du public ciblé. Ce qui explique sans doute l'enthousiasme exagéré d'une partie de la presse, flattée de constater que Stillman aime à tel point les cinéphiles français qu'il leur fait un film sur mesure. De la même façon que son personnage principal invente la Sambola en empruntant des éléments préexistants à des danses qu'elle affectionne, Stillman parsème son film de références (comédie sophistiquée alleno-rohmérienne, caricatures de college movie, vague décalage intello) partagées avec une certaine tendance de la critique française. Pas déplaisant au premier abord, l'exercice de style devient complaisant et finit par agacer profondément. L'humour de Stillman se veut tellement sophistiqué et spirituel qu'il fait tout au plus esquisser un sourire toutes les dix minutes, laissant le reste du temps le spectateur de marbre devant ses vaines tentatives de divertissement. Au final, Stillman ne caricature pas tant une certaine jeunesse américaine qu'une certaine vision du cinéma indépendant américain. Le problème, c'est juste qu'il ne le fait pas exprès.