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Un visiteur
5,0
Publiée le 28 novembre 2014
Il n’y a pas de logique narrative, le film laisse donc le spectateur libre de son interprétation ; il est davantage à ressentir qu’à comprendre car c’est un film plutôt intuitif que réfléchi. Ainsi est-ce que le film ne serait-il pas un seul et même rêve d’Henry ? Au début du film, la tête d’Henry apparaît en surimpression et remplis l’écran. Ce plan nous signifie peut-être que nous allons voyager dans l’esprit du personnage et que le film ne serait qu’un rêve. Ce n’est pas un récit articulé avec un début et une fin, mais plutôt une succession de scènes plus ou moins traumatiques. Le récit est linéaire. Dans le film, l'être humain est prisonnier de sa condition, et cherche en vain de s’en défaire. Mais la plupart du temps, Henry est rattrapé par ses cauchemars, c’est-à-dire les pleurs du bébé. Il y a une peur de la paternité et une phobie du corps.
Les seuls personnages ayant une identité son Henry et Mary, la famille de Mary s’appelle X. « Le film est avant tout une trajectoire intérieure, celle de Henry, une sorte de métamorphose interne », une sorte de voyage initiatique. Le film comporte seulement trois cent répliques environ. Les quelques dialogues sont là pour montrer la superficialité des relations entre les personnages ; ce qui nous montre qu’Henry vit dans un monde où il n’y a pas de communication et dans lequel la seule solution aux problèmes se trouve dans un refuge imaginaire. David Lynch privilégie ainsi la force des images aux dialogues. Par exemple, le dîner chez les beaux-parents, ressemble à un interrogatoire, et les sentiments sont absents. De plus, Bill X pense davantage au diner refroidit qu’à l’avenir de sa fille se joue. Le présent est aseptisé ; tandis que la grand-mère enfoncée dans son fauteuil est le reflet du futur qui les attend.
Le film se déroule dans une semi-obscurité, les intérieurs sont éclairés par des lampes ; ce qui montre au spectateur le côté sombre de l’histoire. On ressent l’influence de l’expressionisme allemand sur le traitement de l’image. Tout comme l’expressionisme, le film tend à déformer la réalité avec des visions angoissantes qui crée chez le spectateur une réaction émotionnelle.
Henry vit dans un monde post-apocalyptique ; sur l'un des murs de sa chambre est accrochée une photo de champignon atomique. C’est un monde dans lequel il fait tout le temps nuit et les orages et autres intempéries sont omniprésentes. La nature semble avoir disparus sans soleil. Les personnages habitent une zone industrielle dévastée, un territoire vague plein de boue hantée par des bruits d’usine. David Lynch crée ainsi une atmosphère oppressante et étouffante. Le bébé d’Henry et de Mary est la victime des radiations de ce monde. Il en est de même pour « la dame du radiateur » ; elle représente un idéal pour Henry, et elle empêche la vie de se perpétuer en écrasant les embryons. Il y a une répulsion du père pour son fils.
David Lynch utilise également tout au long du film des sons semblables à des sons organique, issus d’expériences et autres accessoires créés spécialement pour l’occasion, qui donnent à son film une atmosphère étrange et indéfinissable. « Pour moi, le son représentait la moitié du film. ». Il y a également la présence d’un « grondement » dans les basses. La bande sonore est non-réaliste ce qui confère au film une dimension fantastique, surréaliste.
« Eraserhead est sans doute le récit d’un accouchement, d’une naissance et d’une métamorphose, celles d’Henry, mais aussi tout simplement, et plus métaphoriquement, celles du cinéaste David Lynch, prêt à prendre son envol après cette aventures extraordinaire. »
Premier film et premier chef-d'œuvre de Lynch, Eraserhead peut être considéré comme une de ses meilleures œuvres. Dérangeant à souhait, sombre et inquiétant, Eraserhead nous invite dans un rêve, ou plutôt un cauchemar dont on aurait du mal à sortir indemne; un voyage dans l'esprit d'un homme, seul face à une paternité non désirée, et pour lequel seul l'imaginaire semble être l'issue de son quotidien morne et sombre. Quand au foetus prématuré et ses cris pour le moins inquiétants, il dérange par son aspect repoussant et contribue à rendre l'atmosphère de ce film particulièrement dérangeante et malsaine, mais ô combien particulère ! Le spectateur est ainsi transporté dans ce monde sensible, et peut interprété à sa manière chacune des scènes de ce chef d'œuvre. Véritable ovni cinématographique, Eraserhead reste à ce jour un des films les plus marquants que j'ai pu voir. Une expérience unique, à voir et à ressentir, tout simplement.
Derangeant et cauchemardesque sont en effet les mots qui le definissent le mieux. C'est vraiment la premiere fois que j'ai l'impression de regarder le cauchemerd d'un autre! Non, la seconde fois en fait; la premiere etant "The Grandmother", un court-metrage de Lynch egalement. A ce niveau la, donc, aucun reproche a faire, le but est atteint. Par contre, je ne peux qu'admettre qu'une fois de plus, il m'a ete tres penible de le regarder jusqu'a la fin, comme la plupart des films du realisateur... Un peu comme Lost Highway qui est tres bien, mais incroyablement ennuyeux et trop long pour son sujet. En bref, Eraserhead est un bon film, mais etire a l'extreme; on est content qu'il finisse.
Eraserhead est une expérience exrême de cinéma. Porté par une atmosphère unique, des images mentales dérangeantes et d'une puissance incroyable, une bande son bricolée et en parfaite adéquation, par une technique cinématographique et une science du cadre irréprochable ; il impose son fou génial de créateur comme un futur trés grand du cinéma. Un des films les plus forts de Lynch.
D'abord on regarde le film et on est dégouté, égaré. C'est malsain, violent, horrible. Et puis, après s'être remis du choc et des images, on commence à y réfléchir, à chercher une logique et tout le génie de Lynch tient là dedans, appelant l'analyse et la remise en question. Finalement, toutes les scènes deviennent passionnantes, l'intrigue délicieuse de complexité, de symbolisme et d'interprétations, et même si ce n'est pas un moment agréable à passer, une fois que c'est fait on ne le regrette pas.
"Eraserhead" est le premier long-métrage de David Lynch, et c'est sans doutes le plus étrange que j'ai eu l'occasion de voir. Non pas le plus étrange de Lynch, mais le film le plus étrange que j'ai vu de toute ma vie! Un ambiance malsaine, dérangeante, unique! Ce n'est pas un film à regarder en mangeant, c'est le moins que l'on puisse dire! Je n'ai jamais ressenti ça en regardant un film, c'est vraiment une sensation unique et incroyable... Mais pour moi c'est loin d'être le meilleur de Lynch... Je pense qu'il aurait été préférable d'en faire un court métrage, comme prévu au départ par les studios. En fait, et ce encore plus que d'autres 'Lynch', ce film n'est pas vraiment un film, mais plus une énigme à résoudre. Et c'est encore plus compliqué que dans "Mulholland Drive" ou dans "Lost Highway". Par exemple, dans "Mulolland Drive", il faut être concentré, mais si on est attentif, on comprend assez facilement. Et dans "Lost Highway" aussi il y a une frontière entre la fiction et la réalité, et même si elle est plus subtile, elle est perceptible. En même temps, ce n'est pas pour rien que ce film à été rebaptisé 'Labyrinth Man', après le succès du grandiose "Elephant Man". Dans "Eraserhead", j'ai compris ( à ma façon, mais j'ai compris ) pendant la deuxième vision. En fait, comme dans MD, il faut être concentré dès le début, et comprendre les 5 premières minutes ( je parle pour "Eraserhead", car dans MD, il faut comprendre les 30 premières secondes! ). Je n'en dirai pas plus pour ne rien dévoiler sur le film, qui reste mais je finirai en le conseillant vivement à tout les fans de David Lynch!
David Lynch est un incroyable et fascinant artiste d'une créativité infinie et d'une grande intelligence qu'il met à profit dans chacune de ses oeuvres, que dis-je, de ses chef-d'oeuvres, uniques en leurs genres... et "Eraserhead" en est le premier... Vive le cinéma Lynchien!
A première vue, on aurait pu croire que le premier véritable film de Lynch manquerait d’un peu de maitrise, et que les délires psychédéliques qui lui sont si caractéristiques n’auraient pas toujours une véritable justification ; il n’est en rien. Eraserhead fait partie de ces œuvres à part, dérangeante, torturée, mais incroyablement puissante. Un voyage étourdissant et sensoriel dans l’imaginaire d’un homme qui cherche à fuir sa triste réalité. Si le mot expérience est souvent utilisé à tort et à travers, il prend ici tout son sens.
Dès son premier long-métrage, Eraserhead, nous trouvons les codes habituels de l'univers de Lynch, à savoir un personnage emplit de culpabilité qui doit choisir entre la lumière et les ténèbres, entre la blonde ou la brune, le tout transfiguré dans un monde onirique inquiétant. Tout comme Orson Welles et son Citizen Kane, Lynch commence sa carrière par un chef d’œuvre qui surpasse peut-être toutes les œuvres qui suivront. Très proche du cinéma muet (très peu de dialogues), à la fois surréaliste et expressionniste, Eraserhead laisse comme tous les films du réalisateur la liberté d’interpréter. On peut y voir notamment un homme pris au piège de la paternité. Adieu la progression sociale, adieu les autres femmes (la voisine brune), adieu même la possibilité d'une vie d'artiste (la scène de music-hall derrière le radiateur). Il doit s'occuper de ce bébé, qu'il voit hideux et bruyant, et se contenter de sa femme frigide. Lynch symbolise cet empêchement d'évoluer dans la vie à cause de l'enfant par les scènes où la tête du bébé remplace celle du personnage principal (puis on extrait de sa tête un crayon à gomme, sa vie est rayée d'un trait ou plutôt gommée) ou encore quand l'ignoble bébé se moque, rigole au nez de son père. Et, comme dans Mulholland drive dans lequel l'héroïne est traversée par la culpabilité pour avoir commandité un meurtre, comme dans Inland Empire pour s'être adonné à la prostitution en attendant le retour du père et de l'enfant, comme dans Lost Highway pour avoir tué sa femme, dans Eraserhead le personnage principal a tué son enfant, se sent coupable et revoit les faits en rêve. La culpabilité éprouvée est rendue en image par le bébé qui, alors qu'il vient d'être tué, devient énorme et effrayant. Mais comme je l’ai dit, Eraserhead est hyper visuel et contient très peu de dialogue, c’est donc l’un des Lynch les plus ‘interprétables’, mais aussi peut-être le plus fascinant, troublant, effrayant, atypique, dérangeant, bref un de ses meilleur.
J'hésite à mettre une meilleure note mais le film manque d'une histoire de fond potable. Sinon une oeuvre incroyable de Lynch (on est en plein cinéma expérimental). Toutes les scènes sont terrifiantes et étranges à souhait, les sons (industriels) sont tout simplement horribles (mais dans le bon sens) et comme d'habitude très compliqué à comprendre.
[...] Difficile d'aborder un film de David Lynch en mettant de côté la perception que l'on a de son cinéma. Si le réalisateur s'exprime plus avec ses émotions que son intellect, alors il convient au spectateur d'approcher son œuvre de manière intuitive, loin de toute rationalité. La tournure souvent abstraite qu'empruntent ses films mène donc à des expériences uniques, variant selon la sensibilité de chacun. [...] Et plus de trente ans après sa sortie, le film n'a pas perdu de son impact. Le monstrueux fœtus – dont le secret de fabrication est aujourd'hui encore bien gardé – est toujours aussi saisissant de réalisme, et le noir et blanc, un peu crasseux, accentue l'effet de cauchemar éveillé. Dans cet univers si étrange, chaque source de lumière n'est que prétexte à d'étouffantes ombres, condamnant chaque issue. Aucun moyen de fuir ce climat oppressant : quelque chose d'indéfinissable va se produire. [...] Plus que l'histoire de ce père qui rejete ses responsabilités et va progressivement s'engouffrer dans une folie dévastatrice, Eraserhead est un film d'ambiance. L'atmosphère inquiétante nous envoûte et nous entraîne dans le désespoir le plus total. C'est justement dans cette étonnante capacité à nous faire perdre tout repère que réside la maîtrise de David Lynch. Comme ses protagonistes, on tente en vain de se raccrocher à la réalité, sans penser que dans quelques minutes à peine nous serons encore un peu plus emportés dans leur chute. [...] Du mystère à l'absurde, puis de l'absurde à la terreur, Eraserhead est un voyage onirique, purement émotionnel, débordant de symboles qui ne trouveront de sens qu'une fois enlisés au fond de notre esprit. Un film à aborder en poète plus qu'en savant. [Ma critique complète sur http://redross.skyblog.com : mon blog de critiques ciné]
Un film troublant avec un contenu complexe et mystérieux. La forme quand a elle est splendide, l'utlisation du sons, angles de prises de vue, lumières, une grande maitrise.