Parfois, une œuvre se dresse devant nous comme un grand panneau publicitaire lumineux : tout est là pour attirer, tout brille, tout promet. Et pourtant, en s’approchant, on découvre que la structure vacille, que l’image est floue, que le message ne passe plus. Hollywoo est exactement cela : un objet de cinéma clinquant, bruyant, rythmé… mais creux.
L’idée initiale — une doubleuse française qui s’envole pour Hollywood afin de convaincre une actrice américaine de reprendre son rôle — regorge de potentiel comique.
Il y a là une promesse de contraste culturel, de satire mordante, de situations rocambolesques. Sur le papier, c’est une autoroute vers le rire. Mais voilà : l’autoroute est jonchée de nids-de-poule.
Dès les premières scènes, le film peine à trouver sa tonalité. L’humour oscille constamment entre sketchs télévisés étirés et comédie de situation sans ancrage. Florence Foresti, pourtant dotée d’un vrai sens de la répartie, semble prisonnière d’un script qui confond énergie avec efficacité. À chaque pirouette verbale, on sent qu’il manque un souffle, une écriture plus ciselée, un recul critique. Quant à Jamel Debbouze, il fait du Jamel Debbouze. Un talent brut, une énergie impossible à ignorer, mais ici au service de scènes qui semblent parfois improvisées, ou simplement pas assez travaillées.
Ce qui frappe surtout, c’est l’incapacité du film à choisir son camp. Veut-il se moquer d’Hollywood et de ses excès ? Dénoncer les illusions du show-business ? Raconter une émancipation féminine à travers l’humour ? Ou simplement faire rire, sans arrière-pensée ? À force de ne pas trancher, Hollywoo survole tout, et approfondit rien.
On observe une galerie de personnages secondaires, souvent survolés, parfois même ridicules, dont la fonction semble être d’occuper l’espace plutôt que de faire avancer l’histoire.
L’ambiance visuelle ne manque pas de moyens — tournage à Los Angeles, décors typiques du rêve américain — mais elle est utilisée comme une carte postale plutôt qu’un outil narratif. On voit Hollywood, mais on ne le sent jamais. Il n’y a pas de véritable immersion, pas de satire mordante, pas d’analyse. Juste un déplacement géographique prétexte à empiler des situations.
Il faut néanmoins reconnaître quelques instants de grâce. Une ligne bien trouvée ici, une chanson habilement placée là (la bande originale, variée et généreuse, fait partie des rares éléments vraiment maîtrisés). On sent parfois poindre un film plus affuté, plus audacieux. Mais ces éclairs sont rares, et surtout noyés dans une mer d’approximations.
Même les scènes qui devraient faire mouche — notamment les interactions entre Foresti et les figures d’Hollywood — tombent souvent à plat, étouffées par un rythme mal géré ou une absence de tension dramatique.
Et puis il y a cette sensation constante d’effort visible. Tout le monde semble vouloir bien faire. Mais le comique ne supporte pas la sueur : il a besoin de légèreté, de précision, de musicalité. Ici, le tempo est souvent faux. Les gags s’étirent. Les dialogues cherchent leur chute.
L’intrigue s’effiloche.
Hollywoo, au fond, ressemble à un tour de montagnes russes mal calibré : on monte, on s’attend à la chute grisante, mais elle n’arrive jamais vraiment. Ou alors, trop tard. On sort de là avec une impression diffuse : celle d’avoir assisté à un divertissement auquel il manque une colonne vertébrale. Un film qui voulait nous faire rire aux éclats, mais qui, à force d’en faire trop, ou pas assez, ne nous a offert que quelques sourires.
Il n’est pas question ici de démolir une œuvre : on sent la sincérité, l’envie de proposer une comédie populaire, accessible, généreuse. Mais la sincérité, aussi précieuse soit-elle, ne fait pas tout. Il faut un regard, une direction, une audace. Ce regard, Hollywoo l’a croisé, mais n’a jamais su le fixer.