féministe ou patriarcal ? les deux. Féministe car Vadim libère les désirs sensuels de la femme, ce qui désorganise la société. Mais la fin est tout autre, suggérant l’idée que la nature féminine nécessite d’être domptée. Certes on peut voir dans ce revirement final et très tardif (10 dernières minutes) une soumission aux codes moraux de l’époque, passage obligé pour être distribué en salles, un peu comme un Hitchcock, dans « Fenêtre sur cour » inverse le message des 4/5 du film dans un final qui valide la surveillance des voisins alors qu’il semblait le dénoncer jusque-là. Idem dans Flight de Zémékis où la rédemption final du héros invalide la valorisation de la drogue du reste du film. Ainsi le bain de contestation des codes moraux qui irriguent la presque totalité de ces films sont apparemment contredits par la fin, mais le spectateur a bien macéré dans la contestation et il lui en restera quelque chose. Dans « Et dieu créa la femme » pourtant, ce retournement n’est pas suffisamment « artificiel » pour vraiment apparaitre comme un contournement de censure. Trop de scènes préalables suggèrent déjà la stupidité de l’héroïne (le tir au pistolet dans l’usine, son attitude dans la librairie) et le regard amoureux et soumis de BB après une double paire de gifles par JL Trintignant est assez difficile à supporter.
Si les extérieurs sont plutôt fades et ont pour seul intérêt maintenant de nous montrer le St Tropez de l’époque, les prises de vue en studio sont magnifiques, et Vadim montre ici un sens du cadre, de la couleur et de la mise en scène.
Quoique que s’étiolant sur la fin, les dialogues sont drôles et riches contrairement à l’opinion de beaucoup de spectateurs et des critiques. Le film est fait pour BB, plein de son désir de liberté et déjà de références aux animaux. Elle est excellente dans le rôle à l’exception de la fameuse scène du Mambo où sa danse est médiocre et mécanique, souffrant de la comparaison avec l’orchestre qui l’accompagne. JL Trintignant pourrait incarner une sorte d’homme nouveau affranchi du machisme, malheureusement annihilé par la scène finale de la gifle. Les autres personnages sont si superficiels qu’on a du mal à juger du jeu des acteurs.
BB est l’incarnation d’une époque de libération du désir. Force est de constater qu’elle a su quitter le cinéma au bon moment, avant d’être obsolète. Si son corps était libre, point de doute ,à observer sa vie, que sa pensée l’était aussi, sachant se battre pour ce qui l’importait, quitte à s’opposer aux dictats des époques qu’elle a traversés.