« Honteux... » Il n'y a pas à dire : j'adhère totalement au titre. Je ne m'en cache pas, j'avais déjà détesté "Hunger", le premier film de Steve McQueen, que j'avais trouvé incroyablement vide, creux, racoleur et totalement déshumanisé. Mais bon, quand j'ai vu que ce "Shame" osait aborder un sujet aussi audacieux et tendancieux que l'addiction au sexe, mon goût pour le vice a été plus fort et j'ai ainsi voulu laisser une seconde chance au jeune Irlandais. Eh bien : « Paf ! Dans ma gueule ! ». Moi qui me disait que je n'avais rien à perdre à part – au pire – deux heures de mon week-end, je me suis rendu compte qu'un film pouvait avoir un pouvoir de nuisance bien plus fort que celui du simple ennui. Franchement, Steve McQueen est un réalisateur qui me sidère. Je ne sais pas comment il fait, mais même avec un sujet aussi charnel et pénétrant que le sexe, la dépendance, ou bien même le corps, il arrive à désincarner totalement son sujet jusqu'à le rendre imbuvable. Alors d'accord, c'est sûrement l'effet voulu, de montrer la déshumanisation du mec (visiblement une chose qui tient à cœur à McQueen, j'espère que je croiserais jamais ce mec de ma vie...) mais le résultat c'est qu'à faire un film aussi réfractaire à la sensation, au corps, au plaisir, moi je ne n'ai absolument pas vu comment je pouvais m'immerger dans cet univers ! Il est question d'addiction au sexe et jamais on n'arrive à ressentir ou comprendre ce que le héros retrouve là-dedans tellement la sexualité est ici totalement évidée ! Bien sûr, certains me diront que le but était justement de montrer la misère sexuelle du mec, aussi bien au niveau du plaisir personnel qu'au niveau relationnel et que je suis bien con de reprocher ça à ce film. Je leur répondrai que le problème est pourtant là ! Ce film, ce n'est que du pur misérabilisme ! On se contente juste d'observer un mec fade et son univers sans saveur. Le film n'a rien d'autre à proposer que cette complaisance outrancière pour la misère et ce déni total de l'humain. D'ailleurs, le plus incroyable avec les films de Steve McQueen, c’est qu'ils sont totalement vides. Même au niveau de l'intrigue, de l'histoire et des dialogues, il brasse en permanence du néant, comme s’il cherchait à s’assurer le niveau zéro du plaisir cinéphilique. Quand j'ai compris que le cauchemar "Hunger" se reproduisait, je me suis décidé à partir avant la fin. Malgré tout, je ne peux m'empêcher de fixer comme principe de laisser une heure à un film afin qu'il ait suffisamment de temps pour réussir à me convaincre. Or, pour le coup, ce principe a failli m'être fatal tant cette heure fut une souffrance insoutenable. En sortant de ce film, il m'a fallu réapprendre à redevenir sensible aux choses tellement tous mes sens avaient été anesthésiés par cette heure de visionnage. Enfin bon, moi je dis ça parce que je vais au cinéma à la recherche de sensation, d'où ce propos sans concession. Mais après tout, si vous-même votre vie n'a plus de saveur et qu'en plus de cela vous détestez votre propre humanité, alors peut-être qu'à l’inverse de moi, vous trouverez dans cette pornographie misérabiliste qu'est "Shame" la satisfaction à vos pulsions suicidaires. Dans ce cas, il n'est pas impossible que vous interprétiez la désensibilisation que génère ce film comme du plaisir et que, par conséquent vous trouviez "Shame" à votre goût. Mais, en toute sincérité, si vous allez au cinéma pour le plaisir de la sensation et non pour faire bien en société, fuyez Steve McQueen et ses films autant que vous le pourrez...