2011 fut une belle année en cinéma. Du dernier Lars Van Trier, Melancholia, au divertissement français Intouchables, il y en a eu pour tous les gouts. Mais il aura fallut attendre un mercredi 2 décembre 2011 pour voir sur nos écrans le plus beau film de cette année. Celui qui la conclue magistralement. Shame est un chef-d’œuvre de par la richesse de son esthétisme, scénaristique et au niveau de l’interprétation de ses acteurs. Steve McQueen s’impose définitivement comme l’un des plus grands réalisateurs d’aujourd’hui.
Le film nous scotche dés les premiers plans. Ceux d’un homme, nu, allongé dans son lit. C’est Brandon (Michael Fassbender), un trentenaire new-yorkais. Il vit dans un appartement austère, qui le ferait presque passé pour un appartement-témoin. On le suit peu de temps après dans un métro tout aussi glauque, qui l’amène à son travail, qui n’est guère plus gai. La vie d’un occidental classique. Oui, mais voilà, Brandon a une addiction : le sexe. Ici, aucune notion de plaisir, Brandon la consomme dans un instinct de survie, pour anesthésier ne serait-ce que quelques minutes son mal de vivre. Il enchaine les relations sexuelles tarifées ou non, se masturbe dans les toilettes de son bureau à la pause et use des possibilités qu’offrent internet à ce sujet. Steve McQueen nous dépeint au passage notre société. Celle qui a banalisé la pornographie, la faisant passée pour un synonyme d’amour. En autre depuis l’essor de ce nouveau média qu’est internet. Dans son quotidien malsain, Brandon n’avait pas prévu l’arrivée de sa sœur, Sissy (Carey Mulligan), qui va y amener un grand désordre.
Si le film marche, avec un sujet aussi difficile, c’est déjà grâce à la prestation de Michael Fassbender. On savait que Steve McQueen exploiter merveilleusement bien le potentiel de l’acteur, avec leur première collaboration dans Hunger. Mais en plus de savoir l’exploité, il lui offre surement ici l’un des plus beaux rôles de sa carrière. Michael Fassbender se met à nu physiquement dans un premier temps, mais aussi intérieurement. Il explore son personnage jusqu’au plus profond de son âme, dans son voyage sans répit qu’il entreprend dans les ténèbres. Car, à première vue, Brandon représente l’idéal de la plupart des hommes que compose cette terre. Celui d’un séducteur hors pair, qui en un regard peut faire chaviré sa « proie ». Mais le duo McQueen/Fassbender nous montre habilement le double tranchant de sa personnalité névrosée : elle lui interdit l’amour. La scène ou Brandon se retrouve avec une collègue de bureau à dîner, est criante de vérité. Face à des enjeux un peu moins bestiaux, quand un brin d’amour rentre en jeu, Brandon perd ses moyens.
Le film prend une dimension encore plus forte avec l’arrivée de la sœur, la non moins névrosée Sissy, magnifiquement bien interprétée par Carey Mulligan. Elle agit ici comme un véritable miroir de ce qu’est son frère. Le poussant dans ses retranchements et le mettant face à une vérité qu’il n’osait avoué. En une phrase, Sissy lui délivre la clé de ses maux : « On n’est pas mauvais, on vient juste d’un mauvais endroit ».
Steve McQueen arrive à nous passer autant d’émotions grâce à sa mise en scène. Qui à travers le jeu des contrastes de noir et blanc et de tons grisâtres, la beauté de ses travelings, ses longs plans et l’isolement des personnages dans le cadre, nous dessine un univers malsain et glauque qui sonde au plus profond l’âme humaine. Ce qu’il y a de pire en nous, ce qu’on refoule le plus loin possible. Sans oublier la musique d’Harry Escott qui retranscrit à merveille l’histoire du film. On en sort donc bouleversé mais réveillé comme pour chaque vérité que l’ont reçoit en plein cœur.
Par ailleurs, il est rassurant de voir dans cette génération de nouveaux réalisateurs des artistes comme Steve McQueen, un cinéma réfléchit qui prend encore son temps. Face à l’arrivée de cette « génération MTV » inspirée par un style télévisuel et dont la mise en scène clipesque/épileptique est navrante.
Dans trente ans (ou peut être moins), quand quelqu’un parlera de Steve McQueen, on ne dira plus « ah ouais, l’acteur qu’a fait Bullit, là. », on dira « ah ouais, le réalisateur de talent à qui on doit notamment Shame. ». On parie ?