Le moins que l’on puisse dire du dernier film du britannique Jonathan Glazer, auteur de Sexy Beast et Birth, est qu’il divise. En effet, Under the Skin, possédant l’atout indéniable de compter sur la participation de Scarlett Johansson, s’affiche clairement dans la catégorie du cinéma expérimental. En comparaison, si le tout-venant cinématographique annuel s’apparente à de l’art réaliste, Under the Skin, lui, appartiendrait à la catégorie de l’art abstrait. Que les sceptiques soient prévenus, ici le récit est relégué dans les bas-fonds tableau en vue de privilégier un concept et des images léchées. Dès lors, il est question d’accoutumance, de patience et d’ouverture d’esprit. En soi, l’approche cinématographique expérimental de Jonathan Glazer est une certaine forme de libération artistique, qu’elle plaise ou non. Le cinéaste s’affranchit de tous les codes de la Science-fiction, du drame et du film fantastique pour livrer une vision toute particulière d’une invasion extraterrestre, ou de quelque chose s’en approchant.
Comme mentionné plus haut, l’atout majeur du long-métrage est clairement son interprète principale, en la personne de la ravissante Scarlett Johansson. La star dépasse allègrement sa fonction de midinette affriolante pour se libérer de toute retenue. L’actrice se dénude, se mue en ersatz d’une machine exterminatrice dans un monde qui ne la remarque que pour ses charmes physiques. Ayant semble-t-il une fonction bien précise de rabatteur, la belle symbolise la quintessence du Sex-appeal féminin dans un monde de grande solitude, l’Ecosse pluvieuse de nos jours. L’actrice prête alors intelligemment ses formes généreuses et généreusement captivantes à un concept qui le fait passer pour une créature de rêve et d’effroi, avec un mutisme et une gestuelle parfaits. On n’attendait pas d’elle une si généreuse performance d’actrice, quelque part dans les méandres d’un cinéma indépendant européen, alors que son statut la prédispose à bien autre chose. Chapeau bas.
Autre force du long-métrage, sa réalisation soignée. En effet, Jonathan Glazer et son directeur de la photographie nous offrent de nombreux plans d’une singulière beauté, qu’ils mettent en valeur les beautés naturelles de l’Ecosse ou qu’ils soient d’avantage inspiré par une forme d’art visuel, je pense là aux séquences sur fonds blancs ou plus majoritairement sur fonds noirs. Le film fourmille, à ce titre, de bonnes idées, notamment par l’ajout de caméras embarquées dans le bus de la belle ou encore de somptueuses prisent de vue en moto. Pour autant, si le film se regard comme une exposition de photographies intrigantes, il peine à divertir, l’essence même du cinéma, selon moi. Fasciné par un concept curieux, électrisé par les charmes de Scarlett, scotché sur notre fauteuil par les stridentes partitions de la BO, rappelant un tant soit peu les envolées crispantes de Shining, on ne peut pourtant adhérer pleinement à un film qui n’est qu’un exercice de style.
En effet, tel film n’est pas prédisposer à plaire. Loin de là. Bon nombre y verront d’ailleurs une mascarade artistique sans âme, une élucubration sous acide d’un metteur en scène brillant qui perd son temps. Si tel n’est évidemment pas le cas, il s’agit d’être conditionné au préalable pour ne pas devoir se ronger les ongles une heure et quarante-cinq minutes durant. Qui plus est, le final s’avère nettement meilleur que la première partie. Oui, les derniers instants, dans la sombre forêt écossaise, sont tout simplement somptueux. Saluons donc le savoir-faire du metteur en scène, son intention première honorable de réinventer, à sa façon, le cinéma, mais n’oublions pas que l’égoïsme dont il fait preuve en ne se souciant que très peu de nos avis à tous. Il est question ici d’ego et d’art, à la manière des grands maîtres de la peinture, ces siècles derniers, qui souvent se révoltaient pas le biais de toiles indigentes. 12/20