Comme chaque année, la palme d'or du festival de Cannes attire tous les regards vers elle. Véritable marqueur de qualité, la récompense assure au film qui la possède de renforcer sa crédibilité en salles et de faire venir à lui des spectateurs qui l'auraient probablement loupé sans cette étiquette. En cette année 2026, la distinction est cette fois-ci revenue à "Fjord" de Cristian Mungiu, ce qui a logiquement renforcé mon intérêt envers ce long-métrage. Mais, plus que d'habitude, j'ai été très intéressé par le fait de découvrir cette palme d'or, les retours sur cette dernière ayant été très hétérogènes. Et pour le coup, j'ai rapidement compris pourquoi en visionnant ce projet, même si, dans mon cas, je l'ai beaucoup apprécié. Posant ses valises en Norvège, le réalisateur n'a pas choisi ce pays comme environnement de son film au hasard. D'abord, car celui-ci permet d'offrir des décors vraiment magnifiques à contempler, leur grandeur contrastant avec leur aspect vide de population humaine. Mais surtout, car la Norvège est l'une des cultures les plus progressistes d'Europe, ce qui en fait un endroit idéal afin d'illustrer l'idée du scénario de Mungiu. En opposant les traditions très conservatrices de la famille Gheorghiu et les valeurs plus actuelles du pays, l'objectif est de proposer une réflexion sur la différence de manière de vivre que nous pouvons avoir au sein même de notre société. Cependant, si le scénario peut apparaître comme très clair au premier abord, car il nous parle de violence envers des mineurs, le réalisateur fait un choix extrêmement surprenant au vu du sujet : ne pas prendre parti. Ici, il expose les faits et nous serons les seuls, en tant que spectateur, à juger de ceux-ci. Et à mon sens, c'est à ce niveau que le film a relativement divisé. En choisissant de ne pas énoncer de vérité et de nous laisser réfléchir en profondeur sur ce qu'il expose, le projet nous met dans une situation d'inconfort. Face à de tels sujets, il est difficile pour un être humain qu'une œuvre de fiction ne nous dise pas simplement ce qui est bien ou mal. Pour amener à cette approche, il a notamment opté pour une réalisation très sobre, avec aucune musique extradiégétique et aucun plan rapproché des personnages. Ainsi, nous restons spectateurs de l'action qui se déroule devant nous, et rien de plus. Si le résultat est donc bien réalisé dans la forme, le fond pose forcément question. Mais selon moi, ce parti-pris n'est absolument pas un problème, au contraire. L'objectif du réalisateur est finalement bien plus de poser une réflexion que d'établir des vérités claires. Certes, il est difficile de voir un récit ne pas clairement pointer du doigt le fait de battre ces enfants, mais je ne trouve pas que la chose est esquivée pour autant. Le scénario a beau être pris avec du recul, notre bon sens commun nous fait immédiatement comprendre le problème, ce qui est une bonne chose. Ce long-métrage nous rappelle que des éléments aussi évidents n'ont pas besoin d'être surexpliquer ou surdramatiser pour être compris par le public, car nous sommes assez renseignés sur le sujet pour le savoir. Et grâce à cela, la réflexion du réalisateur peut s'imposer dans cette confrontation où chacun aura des éléments à défendre. D'un côté, la famille est à pointer du doigt pour ses agissements et ses valeurs rétrogrades. Mais de l'autre, les habitants ont parfois des comportements bien trop basés uniquement sur des préjugés, ce qui mérite aussi d'être questionné. Comme base de réflexion, cette histoire est donc extrêmement intéressante, et je pense qu'il serait criminel de vous dire que ces deux seules phrases résument toute sa complexité. Débattre de ces sujets est vraiment important, et, en ce sens, le film réussit son pari. Même si je comprends que certaines personnes n'aient pas apprécié ce parti-pris du long-métrage de réflexion, l'exercice est réussi, également, car l'auteur exprime quand même un point de vue sur sa proposition. Dans sa conclusion, bien que l'ensemble soit réalisé dans le but de produire du débat, le film aborde la note d'intention du réalisateur.
Au travers d'une relation plutôt touchante mise en place entre Elia et Noora, le récit laisse apparaître une possibilité de cohabitation entre deux cultures opposées. Tout cela amène à une scène finale déchirante, où l'amour ressortira au milieu de tous ces conflits. Grâce à cette idée, même si le film nous laisse alors bien réfléchir sur des confrontations qui règnent énormément dans notre société actuelle, le réalisateur inscrit un point de vue : il y a de l'espoir, car l'amour peut naître de ces différences.
Avant de conclure, je tiens également à saluer l'excellente performance de tout le casting, Sebastian Stan et Renate Reinsve en tête de liste. Ils continuent de prouver qu'ils sont des acteurs prenant de plus en plus de place dans le cinéma actuel, ce qui me donne clairement envie de les retrouver prochainement incarnés de nouveaux rôles. Par conséquent, je vous recommande vivement de ne pas louper cette palme d'or. Elle est probablement ma préférée depuis de nombreuses années et elle est un moteur de réflexion extrêmement important au vu de notre société actuelle, cette dernière étant malheureusement basée sur la division et le manque de compréhension envers l'autre. Pour conclure, une palme d'or qui fait du bien.