Ce film est une catalyse, et dans laquelle ses interprètes sont ses catalyseurs. On ne peut pas cataloguer cette oeuvre, tout ce que je sais c'est que je suis resté en catalepsie face à cet univers qui apprivoise aussi bien le dramatisme que la légèreté, aussi bien l'émotion que le burlesque. Car oui, on est bien dans le milieu du polar des années soixante, avec son ambiance cataclysmale et coupée du monde, impression offerte par une drogue de force(né) majeure... Joaquin Phoenix déploie une partition savoureuse et mélancolique si propre à son jeu d'acteur désabusé. On regrettera qu'une partie du casting reste cloîtrée, bouffée par le Phoenix flamboyant qui sait si bien monter dans le ciel étoilé, tel une flèche enflammée. Mais c'est pour mieux admirer l'impétueuse maîtrise d'un maître incontesté du cinéma et de sa démesure. Car oui, Paul Thomas Anderson est plus éveillé que jamais : déjà du côté du scénario, vibrant d'étincelles de pureté et de brins d'herbes que brûle si bien le Phoenix pour mieux les fumer. Et de l'autre côté, la dimension complètement unique offerte par un sens de la mise en scène impérieux, que P.T.A. délivre et livre avec un donc proche du cloisonnisme. Parce que, en effet, chacun de ses plans ressemblent à une peinture décalée, qui a l'effet d'une bombe de fumée dans notre esprit émerveillé. P.T.A. est un maître en la matière : je le dis et le redis. Le monde qu'il projette à l'écran a ses hauts et ses bas, on peut ainsi ne pas aimer, voire ne pas approuver, l'atmosphère, mais jamais, au grand jamais, oser prétendre que "l'intrigue se dilue dans un maelström", et surtout rajouter que c'est d'une "platitude inouïe". C'est plutôt le mauvais goût de certaines personnes, et leurs langues qui se dénouent pour raconter des avarices, sauf que la personne, ici, s'attache plus à la méchanceté gratuite que à la richesse. Ce n'est que d'un peu d'axiologie, pas la peine d'en faire tout un plat, et merci de ne pas croire que tout ceci n'est que pure maladresse!