Pour qui a lu, et aimé, le livre de Thomas Pynchon, il y a comme une évidence : le " Inherent Vice" de Paul Thomas Anderson est une sacrée belle adaptation. D’ailleurs, à ma connaissance, c’est la première fois que quelqu’un se risque à transposer à l’écran une oeuvre de l’écrivain, à se frotter à sa prose aussi touffue que les histoires qu’il invente. Ultra respectueux de l’auteur (les dialogues sont les siens, tout comme ces bribes de voix-off qu’Anderson a choisi de confier à une narratrice), très fidèle à l’esprit du roman et capable pourtant d’élaguer beaucoup (si, si, je vous jure !) dans la matière labyrinthique de ses 350 pages, le cinéaste reste cependant captif de l’objet de son emballement : Le film ressemble au livre, eh oui ! Il est long (2h20), lent, bavard, truffé de sous-intrigues, plein d’embardées et de fulgurances, et en ça, apparemment, il déçoit. Il déçoit parce qu’on attendait le truc parfait, irréfutable, la grosse claque que n’avait pas été "The Master". Alors voilà, Anderson livre un équivalent cinématographique presque idéal du bouquin de Pynchon, et son "Inherent Vice" laisse pourtant ce sentiment d’inabouti. Voire même, à lire certains ici, de vrai ratage. Mais faudrait pas quand même pas exagérer, hein : Il y a plus de cinéma dans ce drôle d’objet que dans la plupart des films dont on se satisfait - mais ont-il jamais suscité une pareille attente ? L’image d’abord, belle à tomber - c’est quand au juste la dernière fois qu’on a vu une photographie aussi somptueuse ? Et cette science de la hauteur de cadre, cette justesse de placement, capable aussi bien de choper l’altération d’un regard que d’exalter la perfection d’un cul. Et cet usage prodigieux de la musique. Et ce sens inouï du burlesque, qui travaille le corps de l’acteur en d’irrestibles pantomimes (la visite du LAPD, la tentative d’évasion…) Et surtout cette faculté à produire des séquences d’une entétante beauté (le départ en voiture de Shasta, la course sous la pluie, la scène de sexe finale…) Autant de moments inoubliables qui ont déjà rejoint ma petite cinémathèque mentale. Doc, Shasta et Bigfoot y vivent désormais, en bonne compagnie.