C’est long, parfois violent, bien filmé, esthétique, bien dirigé… c’est normal, c’est beau, c’est Tarantino.
Pourtant, ceux qui me suivent savent que je ne suis pas un grand fan de ce réalisateur. Pour être plus précis envers ceux qui me connaissent moins voire pas du tout, je suis loin d’être un adepte. Jusqu’au moment où je me suis enfin laissé tenter par ce "Django unchained".
Eh bien oui, cette fois, j’ose le dire : j’ai été séduit. Selon mes goûts, c’est à ce jour le film que je préfère de ce cinéaste. Je crois qu’il y a plusieurs raisons à cela. D’abord parce que j’aime bien les westerns en général. Encore faut-il qu’ils soient bons. Mais en plus, Tarantino a su reprendre tous les codes du genre pour nous offrir ce western qui sort quand même un peu des sentiers battus. Après, je ne reviendrai pas sur le fait que le "Django unchained" soit un remake ou a été simplement inspiré du "Django" de Sergio Corbucci (1965). Franchement, est-ce si important ?
Les clins d’œil sont de toute façon nombreux, et le générique de début lorgne déjà vers Sergio Leone. Vient ensuite l’entrée en scène des deux personnages qui formeront par la suite un tandem étonnant de contrastes. Les clins d’œil vont se poursuivre sur la bande originale, en utilisant des musiques déjà existantes. Ce fut souvent de bons choix, le meilleur étant pour moi la réutilisation de la B.O. de "Sierra Torride", signée par un certain Ennio Morricone ! Certes elle a été réorchestrée par rapport à l’originale, mais le thème caractéristique fait revêtir à la chevauchée des deux hommes un côté plus ou moins gaguesque.
Et bien sûr que l'association des deux hommes est on ne peut plus curieuse ! L’un est blanc, l’autre est noir, alors que l’histoire se situe au temps de l’esclavagisme et de la traite des noirs, seulement deux ans avant la Guerre de Sécession. Côté blanc, Christoph Waltz : une nouvelle fois étonnant, cette fois dans la peau d’un homme solitaire qui, de par son éducation, manie les mots avec virtuosité. Et par le flegme et l’incroyable assurance qui lui donnent un incroyable aplomb de tous les instants, ce personnage est déjà à lui seul savoureux de contrastes, faisant même sourire le spectateur, voire plus. En plus, la nationalité de son personnage est loin d’être courante dans les westerns. Face à lui, Django (« D, J, A, N,G, O, et j’insiste sur le D »), un homme empli de colère et de rage enfouies en lui au point de le gangréner au plus profond de son âme. La preuve par les regards d’une folle intensité, et on sent que la toute la violence contenue peut éclater à tout moment. Magnifique prestation de Jamie Foxx ! Non seulement le costume de cow-boy lui va à merveille, mais en plus les échanges avec le Dr. King Schultz ressemblent un peu à l’école de la vie : la voix d’un sage qui vient tempérer la fougue de quelqu’un à la poursuite d’une quête.
Au-delà des deux acteurs principaux qui illuminent l’écran, tant et si bien qu’ils prennent beaucoup de place, nous avons aussi quelques rôles secondaires qui parviennent à exister. C’est le cas de Kerry Washington qui amène un peu de douceur à travers Broomhilda. C’est également le cas de Don Johnson (décidément, il ne vieillit pas je trouve).
Mais je pense surtout à Leonardo DiCaprio et Samuel L. Jackson. Certes on connaît le premier pour sa capacité à incarner des personnages totalement frappés (on notera au passage que la déco de la propriété est dominée par le rouge, couleur associée au diable), au point que Tarantino lui-même qualifie ce rôle d’un sacré rôle de méchant. Et il est vrai que DiCaprio est allé loin : d’une part il a contraint le cinéaste de réécrire le personnage, mais en plus il y a eu une part d’improvisation, bien que celle-ci fut accidentelle. En effet, lors de la scène du dîner à Candyland, Calvin Candie brise un verre de la main. Cet accident inopiné a entaillé sévèrement la main de l'acteur, mais cela ne l’a pas empêché de continuer la scène comme si de rien n'était, déclamant ses répliques et incluant même ce fait dans la scène en touchant Kerry Washington, lui laissant ainsi quelques traces de sang, ce qui ajouta encore plus de tension à la scène. A la fin de la prise, Leo a eu droit aux applaudissements de l'assemblée, et cette prise resta dans la boîte. Quant au second, s’il n’y avait pas eu le regard reconnaissable entre mille de Samuel L. Jackson, eh bien je ne l’aurai pas reconnu ! Transformé physiquement, il est méconnaissable en majordome de Candie, et s’avère même aussi machiavélique que son maître, quitte à trahir les siens rien que pour sauvegarder son petit confort personnel. Limite s’il n’est pas plus inquiétant que Calvin Candie ! Oui, limite, car on connait d’entrée la cruauté du propriétaire des lieux par la scène qui se déroule sous ses propres yeux dans son salon sous les volutes de fumée, et par celle qui se déroule sous un arbre sans qu’elle soit toutefois montrée à l’écran, Tarantino préférant s’attarder sur la réaction (imperceptible) des personnages réunis sous cet arbre aux inflorescences retombantes somptueuses.
Le spectateur prendra donc, et il ne peut en être autrement, fait et cause pour le duo formé par Foxx et Waltz, d’autant que les personnages sont le plus souvent auréolés de couleurs chaudes comme le jaune et l’ambre. Et il se verra amené sur un dénouement prenant des airs de bouquet final d’un spectacle pyrotechnique.
"Django unchained", un film parfait alors ? Pas tout à fait selon moi. D’abord à cause des giclées de sang consécutives aux coups de feu. Ma parole, on dirait que les projectiles sont des balles explosives ! Bon c’est vrai c’est du Tarantino. Mais pour moi, ça gâche quand même un peu. Ensuite, certains thèmes musicaux ne sont pas appropriés. Je pense notamment à ce morceau de rap. Je ne sais pas vous, mais son anachronisme m’a sauté aux oreilles. Alors peut-être que les paroles sont accordées à la trame du film, mais le style… encore que la musique n’est pas si mal, aussi j’aurai choisi d’incorporer la version musicale.
Cela dit, je reconnais que nous avons là un très bon film, le premier pour moi concernant Tarantino dans ma modeste expérience cinématographique.