Quelques heures de printemps
Note moyenne
3,6
1222 notes En savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné

274 critiques spectateurs

5
34 critiques
4
110 critiques
3
64 critiques
2
32 critiques
1
7 critiques
0
27 critiques
Trier par :
Les plus utiles Les plus récentes Membres avec le plus de critiques Membres avec le plus d'abonnés
ninilechat
ninilechat

84 abonnés 564 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 25 septembre 2012
J'avais énormément aimé "Mademoiselle Chambon", le précédent film de Stéphane Brizé, pour la finesse et la délicatesse avec lesquelles il dépeignait des personnages un peu difficiles, un peu différents, aux sentiments subtils.... Et là, au vu de la promotion tonitruante faite pour ce film, on est un poil inquiets: serait ce de la pub gouvernementale, elle est belle mon euthanasie elle est belle! En fait, cet aspect là du film, qui n'en est.... qu'un petit quart, disons, est de loin le moins intéressant, et en tous cas ne donne pas envie d'atterrir dans une de ces officines suisses de la mort heureuse!

Non, le côté passionnant, c'est la description de ces deux caractères, servis par des acteurs exceptionnels. Alain (Vincent Lindon, fantastique!) revient vivre chez sa mère. Il était routier; il a eu la bêtise de faire passer la frontière à un produit interdit; il sort de deux ans de tôle, il n'a plus de métier, plus de maison. Yvette (Hélène Vincent, fabuleuse, avec son petit chignon filasse sur la nuque et ses blouses de ménagère sans manches, tellement éloignée des rôles qu'on a l'habitude de lui voir interpréter!) est veuve et mène une vie répétitive, un pavillon tranquille, qu'elle astique avec acharnement, un voisin gentil, Monsieur Lalouette (Olivier Périer), à qui elle prépare des compotes de pommes, un puzzle géant, un bon gros chien. Ces deux là n'ont rien n'a se dire. Elle n'a jamais été une mère affectueuse; il a un caractère intolérant et emporté. Elle ne manifeste aucune joie de le revoir; il a du mal à se plier à ses manies, essuyer les pattes du chien quand il est sorti, ranger sa chambre pour qu'elle puisse passer l'aspirateur. Elle le traite comme un gamin; il part en claquant la porte.

Il rencontre une fille avec qui c'est l'entente immédiate (Emmanuelle Seignier, épatante). Et là encore, le caractère d'Alain, fermé et brutal, ne va pas permettre à l'histoire d'aller bien loin, il ne veut pas dire qui il est: sans boulot, sans domicile; et là encore, il va partir en claquant la porte. Tous ces personnages sont si vrais, si justes, si finement interprétés qu'on a un vrai bonheur de spectateur.

Pourtant, cette femme lisse va faire quelque chose de bizarre: empoisonner le chien, que mère et fils adorent. Pourquoi? Renouer avec son fils, chez le vétérinaire, au chevet de Médor? Faut il que ces gens là soient introvertis, pour qu'ils n'aient pas trouvé de moyen plus simple, et moins dangereux, de se retrouver?

Yvette a une tumeur au cerveau, qui pour le moment ne lui occasionne pas de troubles particuliers, mais quand même, ça nous gêne qu'Alain ne s'en souvienne pas lorsqu'il explose devant les manies maternelles. Et il découvre une chose: elle est en relation avec une organisation suisse qui gère des suicides assistés. Dans une petite maison agréable, les employés de l'association préparent un verre de potion léthale, et voila, tout est bien organisé. Ach! l'organization Zuisse! Alain ne réagit pas (là, le spectateur commence à se demander s'il est vraiment abruti) et accepte d'accompagner sa mère dans cet dernier voyage.

Et là, moi j'ai commencé à me sentir sérieusement énervée. Faut il qu'elle n'ait RIEN dans sa vie pour qu'elle décide de la quitter alors que rien ne l'y oblige encore? Est ce qu'ils n'auraient pas pu faire des choses, même des choses simples, déjeuner ensemble en terrasse dans un restaurant sympa, marcher en forêt, que sais je, et essayer au moins de partager des émotions, s'ils sont incapables de partager des mots? Les vivre, ces quelques heures de printemps! Et finalement, le "je t'aime" qu'ils vont se dire avant qu'Hélène sombre dans le noir final apparaît faux, déplacé, presque obscène.

Vous sortez de là en criant: légaliser l'eutha-nazie? Jamais!

Donc, un mix de très bon et de raté.
Eldacar
Eldacar

64 abonnés 357 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 octobre 2012
Sur un sujet aussi controversé que l'euthanasie, Stéphane Brizé livre un film sans partie pris et qui ne prend jamais ses spectateurs en otages. Pas d'effets tire-larmes à outrance (même si certains peuvent lui reprocher la superbe musique lyrique de Nick Cave et Warren Ellis composée pour "L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford"), l'émotion naît de peu de choses, surgit au détour d'un plan, dans un regard, un geste... Composée de longs plans fixes, la mise en scène laisse la part belle aux acteurs. Hélène Vincent, extraordinaire, campe avec brio cette femme à la fin de sa vie, qui se sait condamnée et prend la décision de mourir d'un suicide assisté. Tout en suggestion (rien n'est jamais dit clairement), les personnages se révèlent peu à peu. On devine la vie difficile d'Yvette, femme soumise aigrie et mariée à un homme violent et qui, pour la première fois, peut vraiment prendre le contrôle de sa vie en choisissant sa mort. Toujours en mouvement et ne faisant jamais un geste inutile, Yvette mène sa vie comme elle mène sa maison. Tout est en ordre, proprement exécuté et réfléchi. Le choix d'un suicide assisté, prévu à l'avance et menant à une mort « propre », se place donc dans la continuité de la façon dont elle a toujours vécue. Le choc mère/fils paraît dès le départ inévitable, entre elle ordonnée et maniaque à l'extrême et lui, refusant de s'ouvrir à qui que se soit et infantilisé par son retour chez sa mère. Alain (Vincent Lindon) est d'ailleurs la somme de ses parents, secret comme sa mère et brutal comme son père. Cette distance entre Yvette et Alain se traduit dans la mise en scène, puisque les deux personnages apparaissent finalement assez peu à l'image ensemble même lors des scènes communes. Se n'est qu'à la fin qu'on les verra enfin ensemble, unis dans les dernières minutes.
SansCrierArt
SansCrierArt

60 abonnés 434 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 septembre 2012
Lui, sort de prison. La quarantaine, taciturne, condamné à la réhabilitation, il traîne des pieds sans but précis dans une vie qu'il subit.
Elle, voit sa vie bousculée par le retour de ce fils passif. Septuagénaire, rigide et volontaire, condamnée par la maladie, elle fonce, non sans fragilité, vers la délivrance qu'elle s'est choisie.
Agacés l'un par l'autre, ils vivent, côte à côte, dans l'incommunicabilité jusqu'à l'ultime rencontre.
Bien que la promotion du film soit axée sur l'euthanasie, le thême central du film demeure la relation entre ce fils et sa mère. Le film ne tombe quasiment jamais dans la lourdeur qui tend pourtant les bras à ce type de sujets.
Stéphane Brizé réalise de façon assez académique mais en de longs plans séquences qui laissent la place au silence et à l'imperceptible.
Aussi, le film doit beaucoup à ces comédiens. Héléne Vincent est tout simplement magnifique. Lindon dans un rôle difficile avec peu de parole est, une fois encore, excellent. Les seconds roles, Olivier Perrier et Emmanuelle Seigner, irradient.
Si le sujet du film vous rebute mais que le beau jeu peut faire votre bonheur, n'hésitez pas.
Le duo "Hélène Vincent Lindon" a lui seul vaut le déplacement.

D'autres critiques sur http://zabouille.over-blog.com
annereporter94
annereporter94

57 abonnés 1 006 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 21 janvier 2014
Un sujet à polémique en France, mais un film qui, bien évidemment, touche chaque spectateur. Peut-être simplement le réalisateur aurait-il dû mettre un peu plus de "vie" dans cette marche vers la mort...
Nicolas N.
Nicolas N.

55 abonnés 961 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 28 juillet 2022
J'ai bien aimé ce film français de Stéphane Brizé, c'est la première fois que je regarde ce film datant de 2012. Vincent Lindon et Hélène Vincent joue le rôle de fils et mère qui ne se supporte pas, lui sort de prison et à gâché sa vie selon elle et elle a une vie monotone et a un caractère bien trempé pour lui. J'ai mis 3,5 sur 5
Oriwa
Oriwa

76 abonnés 904 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 14 janvier 2014
Je me suis sentie bien trop détachée tout le long pour au final ressentir la douleur le moment venu. Comme eux, sauf que j'ai pas fait semblant.
JeffPage
JeffPage

42 abonnés 534 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 7 octobre 2012
Porté par un duo d'acteur exceptionnel, ce film nous entraîne dans un drame sur la vie et la mort où les personnages sont mis, chacun, à rude épreuves. Stéphane Brizé filme cette histoire avec beaucoup de pudeur, ne s’immisçant jamais trop loin dans la vie des personnages et évite ainsi une certaine perversité quand à sa vision du suicide assisté. Cependant, bien que le scénario soit totalement juste (aussi bien dans ses personnages, ses situations que ses dialogues), les séquences entre Lindon et Seigner n'apporte pas grand chose et récit et servent plus à étoffer artificiellement le personnage de Linndon qu'a vraiment faire avancer l'histoire. Coté musique, là encore c'est très léger, seul les séquences d'émotions intenses sont soulignées par une musique au piano, accentuant la mélancolie du moment. Au final, avec ce nouveau film, Brizé vise juste et tape dans le mille avec une justesse rare.
Jo D
Jo D

33 abonnés 134 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 23 septembre 2012
Impossible de prétendre que ce film n'est ni touchant, ni poignant. Stéphane Brizé s'appuie sur des thèmes forts tels que la maladie, la fin de vie et la relation parents-enfants. La volonté du réalisateur de retranscrire du mieux possible les sentiments des différents protagonistes est très louable, d'autant plus qu'il s'appuie sur deux personnalités géniales et très inspirées : Vincent Lindon (assurément l'un des meilleurs acteurs français) et Hélène Vincent (éblouissante). Les apparences fugaces d'Emmanuelle Seigner sont elles aussi remarquables, tant sa beauté et sa candeur sont irrésistibles.
Mais ce n'est pas être quelqu'un d'insensible que de dire que par moments le temps m'a semblé bien long. Certains réalisateurs maitrisent parfaitement les plans séquences où rien ne bouge, personne ne parle et où pourtant le récit avance, car ces scènes veulent dire tellement de choses. Ici ce n'est malheureusement pas le cas. Des scènes souvent très longues où (presque) rien ne se passe, si ce n'est que l'on peut admirer le doigté d'Hélène Vincent en train de peler des pommes à la chaine, où alors lorsqu'elle est en train de compléter progressivement son puzzle 2000 pièces (est-ce d'ailleurs ici une métaphore sur la vie, que l'on complète petit à petit de faits et gestes jusqu'à en arriver au bout ?)... Je veux bien que l'on veuille transposer au mieux le sentiment de solitude et de tristesse, mais attention à ne pas nous embringuer nous-même dans ce même genre de sentiment.
La BO signé Nick Cave apporte un vrai plus dans la narration, pour appuyer les instants les plus sombres et les plus délicats de cette histoire. Notamment à la fin du film avec la scène tant redoutée, et surtout tant prévisible. Scène tire-larme, c'est une certitude, mais très forte au niveau de l'émotion qu'elle peut procurer tant Vincent Lindon est juste et terriblement efficace dans son jeu.
En ces premiers jours d'automne et en ces temps de crises en tous genres, "Quelques heures de printemps" ne sera pas là pour vous remonter le moral, bien au contraire. Mais il mérite quand même d'être vu pour une histoire qui, même si elle traine trop en longueur, est magnifiquement traitée.
Jean Francois L
Jean Francois L

16 abonnés 600 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 septembre 2012
Film bouleversant sur un sujet fort, la decision de la fin de sa vie suite à une maladie incurable, mais pas seulement, puisque le film retrace au 2/3 les relations difficiles, le manque de communication entre une mere et un fils, à travers une vie plutot morose, et tout cela joué admirablement bien et vrai par Helene Vincent mais aussi Vincent Lindon qui choisit toujours des films durs. Alors c'est vrai, il ne faut pas etre au fond du trou pour aller voir ce film; car pas tres gaie tout ca... On apprend au moins une chose dans ce monde hypocrite et encore rempli de tabous quand à la fin de vie, c'est qu'on peut vraiment choisir, tant qu'il est encore temps, à condition d'avoir beaucoup de courage...
anonyme
Un visiteur
1,0
Publiée le 11 décembre 2012
Disons-le tout net, Quelques heures de printemps est un somnifère extrêmement efficace. Un parfait soporifique issue de la tradition française (pas de scénario + pas de mise en scène + des comédiens qui pousse "l'émotion" à fond (on sait jamais si les spectateurs sont aveugles ou sourd....). La caméra est tout le temps fixe ; meilleure facon de ne jamais faire de choix. La critique saluera bien évidemment "la radicalité". bla bla bla. Et les spectateurs dans tout ca ?? Et bien ils souffrent.
islander29

1 036 abonnés 2 687 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 20 septembre 2012
J'ai presque envie de dire , si vous aimez la vie, fuyez ce film, allez voir des choses gaies et plus encore si vous êtes concerné par la maladie du crabe....Le film est dur et sombre, comme son sujet, le suicide assisté.....Bien sûr il a les défauts de ses qualités, c'est à dire qu'il met bien en valeur les difficultés qui assaillent l'être humain dans ces moments pénibles....La colère de Vincent Lindon face à sa mère (Hélène Vincent) est un morceau d'anthologie et une leçon de théâtre.....Comme l'a dit un internaute on côtoie le documentaire, les acteurs sont bons, les dialogues ont peu d'esprit, on ne peut en avoir sur un tel sujet...et la spécialiste elle a un rôle de médecin vraiment démuni face à la réalité de cette maladie.....Si vous êtes d'humeur sombre ou concerné, peu de chance que vous sortiez joyeux de cette représentation à laquelle je n'ai pas assisté jusqu'à la fin à cause d'un odieux personnage....
Cet olibrius dans une salle de 300 personnes où nous étions 8 a eu la "délicatesse" de venir s'assoir à deux sièges de moi et d'asséner après une heure et demie de film un "vous pourriez pas être discret quand vous baillez", voila surement quelqu’un de trop raffiner pour moi, pourra t-il s'imaginer ce qui me faisait bailler ? qu'il ne réfléchisse pas il risquerait un malaise cérébral....Je suis sorti de la salle....Fin de l'aventure.....
lionelb30

543 abonnés 2 924 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 20 septembre 2012
Sujet pas facile et pas joyeux qui implique le spectateur a une reflection personnel tres interressante.Le film en lui meme est plutot bien joue , sobre mais un peu long et lent.
maxime ...

309 abonnés 2 069 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 26 février 2015
Un sujet fort, bouleversant et difficile. Filmé avec la plus grande simplicité, et avec beaucoup de retenue malgré certains passages de colère et de fièvre, on souffre en silence jusqu'au dénouement ... Un trio d'acteurs remarquables Vincent Lindon, Hélène Vincent et Olivier Perrier - on peut également rajouté la magnifique Emmanuelle Seigner - qui se batte et débatte entre eux et surtout avec leurs propres sentiments. Le thème musicale emprunté à L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford colle à merveille avec ces Quelques heures de printemps, somptueux !
willycopresto
willycopresto

151 abonnés 1 384 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 26 février 2015
Stéphane Brizé n'a pas fait beaucoup de films, mais quel dramaturge ! Quelle belle réalisation qui traite du suicide "médicalement assisté" (en Suisse) Bien sûr, à ne pas regarder si vous êtes neurasthénique ou malade gravement. Le rôle semble taillé sur mesure (peut-être son meilleur) pour Hénlène Vincent, et Vincent Lindon qui sont excellents. Le sujet est abordé avec pudeur mais réalisme, sans musique inutile, bref sobrement. Ca donne envie de pleurer.
willycopresto
annastarnomberon
annastarnomberon

148 abonnés 239 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 18 octobre 2012
Ce film, c'est l'histoire d'Yvette Evrard (Hélène Vincent), femme soixantenaire qui se sait condamnée par un cancer et préfère choisir de mourir plutôt que d'assister impuissante à sa propre dégradation. Mais ce n'est pas « juste » l'histoire d'une femme qui décide de se faire euthanasier. C'est aussi l'histoire de son fils (Vincent Lindon), Alain, qui sort de prison et doit se ré-insérer dans la société tout en partageant la maison de sa mère. Elle se prépare à partir, lui doit apprendre à revenir. Entre eux, la communication n'est pas facile et autant dire que leur relation n'est pas des plus saines. Mais ils ont un point commun immense : ils se sentent isolés.

Car en effet, presque plus que le processus de mort médicalisée dont il est question, ce qui m'a semblé être le ciment de ce film extrêmement humain, c'est l'incommunicabilité. Lindon et Vincent sont bouleversants de sincérité lorsqu'ils interprètent ces scènes très dures où les silences sont lourds, où chacun aimerait dire ce qui lui pèse mais où personne ne parle. Il faut du talent pour retransmettre à l'écran, et avec justesse, cet isolement. Car on arrive à sentir que derrière tous ces non-dits, ces rancœurs sur lesquelles ils ne savent pas mettre des mots, il y a aussi beaucoup d'amour. Les énormes coups de gueule d'Alain, où il va jusqu'à dire à sa mère qu'elle n'a qu'à crever avec son cancer, on se les prend de plein fouet. On arrive à sentir la culpabilité du personnage au moment-même où ces mots terribles sortent de sa bouche, on ressent le tiraillement qui le ronge. Et je pense que tout le monde n'est pas capable d'une telle performance. La colère d'Alain semble jaillir des tripes de Lindon. Cette rage, où les mots qui sortent ne sont pas ceux qu'on aimerait prononcer, si jamais il ne l'a pas réellement vécue, il la joue avec une spontanéité impressionnante.

Les rapports entre Alain et Clémence (Emmanuelle Seigner), ancienne conquête retrouvée, suivent exactement la même logique. En fait, le personnage d'Alain illustre bien le cercle vicieux du silence : « Pourquoi commencer à parler maintenant si je me suis tu toute ma vie ? » « À quoi bon ? » Plus que de juste nous montrer un homme qui n'arrive pas à parler, Brizé nous fait ressentir ce qui se passe dans sa tête.
Et chez Yvette, il y a également cette pudeur, cette incapacité à parler de soi. Les scènes où Hélène Vincent se contorsionne dans son lit, comme rongée par tout ce dont elle ne parle jamais, sont profondément déstabilisantes.

Toute cette problématique de l'incommunicabilité est extrêmement cohérente avec les autres aspects du film de Brizé : le thème de la maladie et le naturalisme de la mise en scène.
La maladie, parlons-en. Une fois encore, Brizé tape là où ça fait mal. Yvette « n'a pas réagi assez vite », « a laissé la maladie s'installer ». C'est tragique, mais la dureté avec laquelle Alain envoie tout ça au visage de sa mère nous confronte frontalement à ce problème. Il y a toutes ces choses qu'on ne voit pas, ou plutôt qu'on préfère ne pas voir, mais qui nous tuent à petit feu. Mais cette façon d'aborder le cancer n'est jamais du jugement. À traiter la maladie et les malades avec autant d'humanité, le film nous sensibilise énormément. Encore une fois, on réalise que parfois, plutôt que des grands discours ou des campagnes de publicité, le cinéma peut nous faire prendre conscience de beaucoup de choses.

Et ça, le fait de fermer les yeux sur ses douleurs, de se dire que ce n'est pas grave, bref, l'oubli de soi, c'est aussi extrêmement bien interprété par Hélène Vincent. Brizé nous offre du même coup une réflexion sur la vieillesse. Pour certaines générations, il est sûrement encore plus difficile de prendre le temps de penser à soi ou pire, d'en parler. Il y a là toute la pudeur de la vieillesse. Quand l'homme de l'association pour l'euthanasie demande à Yvette si elle a eu une belle vie, et qu'elle répond « bouah, je ne sais pas, c'est ma vie », beaucoup risquent d'y retrouver des proches.

Enfin, le film est véritablement naturaliste. Que ce soit dans les décors, dans les respirations baveuses du chien familial, dans l'intonation des acteurs, ou dans le déroulement de l'histoire, on vit ces deux heures comme une véritable immersion. Et cette sincérité du propos est touchante.

Puis, quand arrive la fin, on est rattrapé par l'émotion. On a suivi la démarche d'Yvette depuis le début, et on se retrouve là, avec elle, son fils, et la femme de l'association, dans cette petite chambre suisse. On le voit, ce verre qui va plonger Yvette dans un sommeil sans retour. Et cette mort qui n'est pas suggérée mais montrée, vécue, nous ramène à notre humanité. On est alors confronté au côté dérisoire de la vie. Ce qui se passe à ce moment-là entre Yvette et son fils, je n'en parle pas, il faut garder un peu de suspense. Mais c'est poignant, et je pense qu'il est difficile de ressortir de la salle sans se poser des questions existentielles.
Les meilleurs films de tous les temps
  • Meilleurs films
  • Meilleurs films selon la presse