Je ne connaissais pas Simon Pegg et je n'avais jamais entendu parler de Shaun of the dead: je suis allée voir ce film par hasard, pour "voir".
Peut-être parce que je ne m'attendais à rien de précis...dans la file d'attente, j'ai ouïe dire que c'était de l'humour bien anglais, un peu déjanté...J'avais peur que cela ne fasse peur car j'ai horreur des films d'horreur. Je me suis dit que je quitterai la salle si c'était le cas, mais que je pouvais aussi bien me marrer si cela se rapprochait des Monty Python.
Bref j'y suis allée la fleur au fusil.
J'ai A-DO-RE: le scénario qui m'a complètement surprise et touchée, les acteurs, les histoires individuelles de chacun et leur histoire globale, imbriquée dans l'histoire de toute l'humanité, les scènes de combat excellentes, la musique (j'y ai reconnu s o m, new order je crois, les Doors, Pulp, Suede,...) m'a prise aux tripes: toute la musique de ma jeunesse!
Je comprends toutefois que ce film ne va pas (ne peut pas) être aimé par tous:
- tout d'abord pour que le scénario accroche vraiment, je pense qu'il faut être en route vers la quarantaine (ne serait-ce que pour apprécier la bande-son):
Car pour qui n'a pas vécu "l'exode des potes" et la solitude qui en découle, les échecs professionnels et personnels, la remise en question de toute une vie passée et à venir, l'envie du personnage de Gary de revivre ces jeunes années et cette soirée là en particulier reste peu compréhensible. La quarantaine approchant, on se rend compte que bien des choses que l'on aimait ont disparu, que finalement la vie que l'on a n'est pas celle que l'on s'était imaginée à 20 ans. Bref, l'intensité des instants de jeunesse, l'espoir, l'espérance même, ont parfois disparu de nos coeurs...et ceux qui ont eu la chance de faire des bringues d'enfer dans leur jeunesse, ceux-là seuls peuvent comprendre que cela représente des moments de pure félicité qui nous manqueront jusqu'à la fin: qui n'est pas prêt à donner quelques années de vie "rasoir" contre une seule de ces années-là?
- Ensuite l'humour "2degré" n'est pas apprécié de tous. La génération des nés en 70-75 en raffole:
l'importance est donné à un détail plutôt qu'au coeur du problème, les conclusions sont décalées. La BD "combustion spontanée" de Jake Raynal en est un magnifique exemple...et ce film aussi. La "normalité" n' y a pas sa place.
- Enfin le scénario n'est pas aussi débile qu'il le laisse croire (et là je fustige une fois de plus les critiques cinéma, m'enfin qui sont ces gens qui ne regarde qu'à la surface des choses, qui ne ressente rien?):
Il parle de toute la génération désenchantée des 70 - 75 :
Le personnage de Gary balance une vérité: c'est vrai que l'on a fait croire à notre génération que l'on allait conquérir le monde, que si l'on bossait dur on gagnerait à tous les coups...Mais notre génération est touchée de plein fouet par le phénomène de déclassement professionnel, par un taux de divorce et séparation prodigieux, par des rythmes de vie de dingues, par des mères obligées de travailler car un salaire aujourd'hui - contrairement aux années 80-90 - ne suffit plus, par le désenchantement civique, bref, nous sommes ce que l'on catégorise en RH la génération " désenchantée, initialement fortement idéaliste mais devenue réaliste voire cynique". Chaque tranche d'âge correspond à un profil socio-psychologique, et la tranche des 70-75 n'est pas très enviable: c'est la 1ère de la fin des 30 glorieuses, sauf qu'elle n'a pas du tout été préparée à ce qui lui est arrivée (contrairement aux générations actuelles qui ne s'attendent pas au miracle).
Il parle de la mondialisation et de ses effets dénaturants, la standardisation (plus ou moins forcée ) de l'humain et des pensées.
Il parle de la solitude, de l'amitié, de l'échec avec un grand E
Il parle du conformisme, de la maturité forcée: le combat de Gary contre les extraterrestres est aussi celui d'un homme qui n'a pas forcément envie de rentrer dans le moule "adulte" que la société lui impose.
Il parle des choix que l'on fait dans une vie, de ceux que l'on ferait si on devait mourir demain, du bonheur apparent des autres (et de notre propre bonheur apparent).
Bref, moi je me suis régalée visuellement (scènes de combat hyper bien chorégraphiées), intellectuellement (sujets imbriqués), musicalement (ah ben j'avais le poster des "sisters" au-dessus de mon lit à 16 ans aussi), spirituellement ( je comprenais bien la quête de Gary), je me suis vraiment bien marrée, et j'ai été vraiment triste aussi.
La cerise sur le gâteau: pas une goutte de sang dans ce film ;
M'enfin c'est mon avis.
Merci le film.
Pardon pour le pâté!