Troisième et dernier volet de la trilogie Three Flavours Cornetto, Le Dernier Pub Avant la Fin du Monde marque le retour du trio Edgar Wright, Simon Pegg et Nick Frost dans une nouvelle aventure absurde où science-fiction, comédie et critique sociale s’entremêlent. Si l’énergie déjantée et la mise en scène inventive du réalisateur sont bien présentes, le film peine parfois à égaler ses prédécesseurs, oscillant entre moments brillants et passages plus laborieux.
L’histoire suit Gary King, un quadragénaire bloqué dans son adolescence, qui décide de réunir ses anciens amis pour une tournée des pubs mythique dans leur ville natale. Ce qui devait être une simple virée nostalgique arrosée tourne rapidement au cauchemar lorsque le groupe découvre que la ville a été envahie par des extraterrestres qui remplacent les humains par des clones mécaniques, appelés les Blanks.
Le concept est prometteur, et le film démarre fort. Les dialogues sont affûtés, l’humour typiquement britannique fonctionne à merveille, et la dynamique du groupe est immédiatement captivante. Les interactions entre les personnages sonnent justes, jouant sur les tensions accumulées au fil des années. Mais si la première moitié pose des bases solides, le rythme s’alourdit parfois à mesure que le film tente d’équilibrer action, comédie et réflexion existentielle.
Contrairement à Shaun of the Dead et Hot Fuzz, qui maîtrisaient parfaitement leur progression narrative, Le Dernier Pub Avant la Fin du Monde prend trop de temps à entrer dans le vif du sujet. La montée en tension est lente, et bien que certains dialogues soient hilarants, ils ralentissent inutilement l’histoire. Une fois l’élément de science-fiction révélé, l’accélération est brutale, presque précipitée.
Dès que la menace extraterrestre éclate, le film prend un tournant plus énergique et spectaculaire. Les affrontements contre les Blanks sont parmi les séquences d’action les plus dynamiques du cinéma britannique récent. Edgar Wright orchestre des combats chorégraphiés à la perfection, avec des cascades inspirées du cinéma hongkongais et une utilisation inventive du décor. Chaque bagarre est fluide, rythmée et offre une explosion visuelle savamment mise en scène.
Cependant, cette maîtrise technique contraste avec une histoire qui peine à rester cohérente. Certains retournements de situation semblent forcés, et l’intrigue manque de direction claire dans sa seconde moitié. Si Shaun of the Dead et Hot Fuzz savaient maintenir un équilibre entre comédie et tension dramatique, ici, les changements de ton sont plus brusques et moins organiques.
Simon Pegg livre une performance mémorable en incarnant Gary King, un personnage aussi hilarant qu’exaspérant. Contrairement aux rôles de héros plus classiques qu’il a joués dans les précédents films de la trilogie, ici, il incarne un homme en perdition, accroché désespérément à son passé. C’est un pari risqué, car Gary est fondamentalement égoïste et irresponsable, mais Pegg parvient à lui donner assez d’humanité pour éviter qu’il ne devienne totalement insupportable.
À ses côtés, Nick Frost joue un rôle inversé par rapport aux films précédents : au lieu du compagnon maladroit et exubérant, il est ici la voix de la raison. Son personnage, Andy, apporte une stabilité bienvenue, et certaines des meilleures scènes du film viennent de son opposition avec Gary.
Le reste du casting, composé de Martin Freeman, Paddy Considine, Eddie Marsan et Rosamund Pike, est compétent, mais leurs personnages sont moins mémorables. Certains arcs narratifs sont sous-développés, notamment celui d’Oliver (Freeman) et de Peter (Marsan), qui disparaissent de manière abrupte.
Le Réseau, intelligence extraterrestre derrière l’invasion, est un antagoniste intéressant sur le papier, mais sa confrontation finale avec les héros manque de tension. L’idée de proposer une fin où l’ennemi abandonne simplement son invasion faute de pouvoir contrôler les humains est amusante, mais elle ne procure pas la satisfaction dramatique attendue après toute la montée en puissance du film.
Le climax du film est aussi audacieux que déroutant. Après un affrontement verbal surréaliste avec l’entité extraterrestre, la Terre est plongée dans un blackout technologique, ramenant l’humanité à une ère primitive. C’est une conclusion originale, mais elle semble trop précipitée.
Si cette fin cherche à délivrer un message sur la résistance à l’uniformisation et la préservation de l’individualité, elle est amenée de manière trop abrupte pour avoir un réel impact émotionnel. De plus, le dernier plan du film, montrant Gary errant avec ses clones de jeunesse dans un monde post-apocalyptique, est intriguant mais laisse un goût d’inachevé.
Le Dernier Pub Avant la Fin du Monde est une œuvre créative, drôle et visuellement spectaculaire, mais elle souffre d’un manque de fluidité et de constance. Si certains passages sont de véritables pépites de comédie et d’action, d’autres ralentissent le récit et empêchent le film d’atteindre la perfection.
Les qualités sont indéniables :
Un concept original et malin,
Des scènes d’action magistrales,
Un duo Pegg/Frost toujours aussi efficace,
Un humour qui fonctionne dans l’ensemble,
Un regard acide sur la nostalgie et le conformisme moderne.
Mais les défauts ne peuvent être ignorés :
Un rythme inégal et une première partie trop étirée,
Des personnages secondaires sous-exploités,
Un dernier acte qui manque d’impact et de finition,
Un antagoniste sous-développé,
Des changements de ton parfois maladroits.
Le film reste une conclusion honorable à la trilogie Cornetto, mais il ne parvient pas à atteindre l’équilibre parfait de Shaun of the Dead ou Hot Fuzz. En cherchant à combiner comédie absurde, science-fiction et réflexion existentielle, il se disperse parfois, laissant le spectateur à la fois amusé et frustré.
En définitive, Le Dernier Pub Avant la Fin du Monde est une bonne expérience cinématographique, mais il manque cette touche de maîtrise qui aurait pu le transformer en grand film.