Sorti en 2012, « Anna Karenine » marque le retour de Joe Wright aux films d’époque, cinq ans après « Reviens-moi ». Le réalisateur pose cette fois sa valise et sa caméra en Russie pour raconter le destin d’Anna, tiraillée par les choix de son cœur. Le gros point fort de l’œuvre, c’est sa mise en scène. Sans le travail faramineux de Joe Wright et de son équipe de techniciens, le film ne ressemblerait qu’à une banale histoire d’adultère en Russie. Quelle mise en scène magnifique ! Les changements de scènes se font sans coupure, les décors sont peints sur des planches de bois, la scène est toujours présente. Pas de doute, l’impression de se trouver au théâtre est là. Il y a tellement de trouvailles que peu importe si parfois le film comporte des temps morts, la réalisation suffit à émerveiller. J’ai rarement vu une mise en scène si travaillée, où les décors de toute beauté et réalité se confondent ! De plus, le tout est haut en couleurs, les costumes sont à tomber. Il y a également quelques scènes de danse chorégraphiées de façon unique qui laissent sans voix. Si le message n’est pas encore clair je le redis, le film est visuellement fantastique ! Joe Wright retrouve Keira Knightley pour la troisième fois et lui offre un rôle romanesque fait pour elle. Un personnage vivant pour l’amour, à l’instar d’Elizabeth dans « Orgueils et préjugés » et de Cécilia dans « Reviens-moi ». La différence entre ces deux rôles et celui d’Anna est que ce dernier est moins vertueux. La jeune femme trompe en effet son mari, le sage Jude Law, avec le charmant Aaron Taylor-Johnson. Si Jude Law est étonnant dans ce rôle à contre-emploi, Aaron Taylor-Johnson est égal à lui-même, ni plus ni moins. Le couple qu’il forme avec Keira Knightley est convaincant. Dans cette belle distribution, deux acteurs m’ont le plus impressionné : Matthew MacFeyden et Domhnall Gleeson. Si pour ce dernier il n’y a rien de surprenant (je l’adore à chaque fois que je le vois), j’ai trouvé Matthew MacFeyden vraiment amusant dans son rôle et bourré de charisme, et ce, malgré le peu de temps passé à l’écran. A noter également la courte présente de Michelle Dockery (la Mary de « Downton Abbey ») dans un rôle pas si différent de celui qui l’a fait connaître du grand public. L’intrigue est adaptée d’un roman de Tolstoï. Ne l’ayant pas lu, je serais bien incapable de juger le respect de l’œuvre originale. Reposant sur deux visions de l’amour, deux destins croisés (l’un bénéficiant de plus de développement que l’autre, celui d’Anna), l’histoire fait la part belle aux sentiments. Ceux d’Anna, dévouée à son amant et délaissant son mari, et ceux de Kostya Levin, homme du peuple parfois un peu paumé mais fou amoureux de la belle Kitty. Après une première partie rafraîchissante, le film s’enfonce malheureusement dans le drame sur la fin, et devient plus ennuyeux. Le tout perd en court de route ses originalités qui deviennent plus ponctuelles. Il n’empêche qu’ « Anna Karenine » est une belle fresque romanesque, toute en grâce, qui charme plus par sa mise en scène novatrice que par son propos. Une belle œuvre.