Le mélange entre l'extraordinaire des enfants, le monde de l’hôpital où se déroule l'essentiel de l'action et les événements politiques donne au film un caractère fort, captivant, et qui rappelle évidemment le Labyrinthe de Pan. C'est de ce même enchevêtrement d'histoires qu'est issu le personnage principal, qui doit toute sa profondeur à l'alternance entre les scènes du passé et son propre présent qui leur fait écho. On comprend vite à quel point tout ce qu'il s'est passé dans cet hôpital est à la racine même de ce qu'est David Martell et de sa vie, et c'est ce lien qui est le fil rouge du film. Pourtant, j'ai trouvé les péripéties de ce neurochirurgien dépourvu de l'intérêt que j'ai eu : je ne suis pas entré en empathie avec ce personnage fermé dont la quête d'identité s'annonce dès le début comme une descente dans l'abîme. Dommage aussi que sur la fin,
le film vire totalement à la tragédie d'horreur, tranchant dans le vif du nœud familial.
L'esthétique d'Insensibles vaut le coup d’œil, tant pour la photographie que pour les maquillages, les costumes, ou encore les contrastes entre les différents mondes qui se côtoient (extraordinaire misérable, hôpital asphyxiant, guerre sadique, présent aussi moderne que délabré... tout ça est aussi intéressant visuellement que scénaristiquement)
Pour ce qui est du scénario, j'ai été bluffé par le côté réaliste et modéré des événements, qui n'en demeurent pas moins captivants. Nous sommes dans un drame noir abyssal et horrifique, plutôt que devant un film d'horreur/épouvante fantastique ... Justement, l'ambiance fantastique (la capacité inhabituelle de ces enfants peut faire s'emballer l'imagination) et la frustration due à leur enfermement me laissait penser qu'une explosion allait survenir, que les enfants allaient sortir de leur mutisme et de leur passivité (ce qu'ils vivent est si affreux!),
mais il n'en est pas ainsi, et les choses se déroulent de manière beaucoup plus feutrée que je n'y m'y attendais.
Malgré beaucoup de violence physique comme psychologique,
et des événements tragiques du début à la fin,
tout semble atténué, mis à distance ou dans l'ordre des choses …
Les personnages évoluent de façon piquante bien qu'étroite, restrictive, ce qui est à la fois agaçant et digne d'attention.