James Cameron a qualifié lui-même "Albator, corsaire de l’espace" comme étant "mythique, épique et visuellement sans précédent". Mythique ? Sans doute. Quoique je trouvais ce côté-là plus prononcé lors de la série animée des années 80. Malgré tout, cet aspect est en partie sauvegardé par le développement du personnage principal en lui prêtant une bonne dose de mystères, grâce à une psychologie ténébreuse et plutôt taiseuse, en résumé plus torturée. Epique ? Pas autant que la série éponyme. La faute à beaucoup de lenteurs, et à une utilisation abusive des ralentis, même si on retrouve quand même le style du manga d’origine. Il n’empêche que ces nombreuses lenteurs écrasent beaucoup le côté épique que les gens de ma génération avaient gardé en mémoire. Ces effets de lenteur sont en partie rapportés par une certaine grandiloquence dans les dialogues. On n'y prête pas forcément attention au début, mais à force, ce ton plus ou moins théâtral genre tragédie à la gréco-romaine devient un peu lourd, même si on a vu pire ailleurs. Visuellement sans précédent ? C’est oublier "Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne", de Steven Spielberg (2011). Tout du moins dans les pixels et l’animation des personnages : on aurait presque dit des vrais ! Ici c’est pareil. Et quel plaisir de retrouver ces personnages près de 30 ans après. Je reconnais tout de même qu’une pléiade de plans sont impressionnants, offrant un spectacle visuel absolument bluffant. Je pense notamment aux moments où l’Arcadia, le célèbre vaisseau du non moins célèbre capitaine Albator, émerge des fumerolles de matière noire. Là je dis : wooooooooow !!!!! Ce vaisseau inspire plus que jamais de l’inquiétude (imaginez si vous deviez par malheur le rencontrer sur votre route), avec son design plus sombre et surtout plus agressif, avec sa proue arborant fièrement sa tête de mort aux yeux rétroéclairés en rouge. Oui visuellement, ça décoiffe, jusque dans les combats spatiaux. Tout est bien dessiné : les personnages, les décors, les vaisseaux, les costumes… Et les effets visuels sont tout simplement bluffants, et les plans suffisamment variés pour inscrire les éperonnages dans un spectacle à couper le souffle. Entre ces abordages, et la façon dont l’Arcadia évolue avec ses virages serrés, impossible de ne pas faire le parallèle avec la piraterie sur mer. Mais après ce splendide rendu esthétique, on a quoi ? Pas grand-chose ! Albator est relativement éloigné de l’Albator que les gens de ma génération connaissaient. Comme je le disais plus haut, au risque de me répéter, il est davantage en prise avec un halo de mystères : plus ténébreux, plus taciturne, plus torturé. Il en est presque fantomatique au sein de son propre vaisseau ! De plus, il se fait voler la vedette et passe presque au second plan derrière Yama, Ezra, Mimay et son fantasque binôme équipé de ses inséparables lunettes rondes. Un comble, quand même ! Et puis le scénario : tarabusté et comme le souligne l’internaute cinéphile lhomme-grenouille… illogique. Comment peut-on tout recommencer après avoir fait péter l’univers afin de dénouer les liens du temps et ainsi sauver la race humaine en la renvoyant sur Terre ? Il n'y a pas un truc qui coince par là ? Mmmmh ? Si l'univers saute, la Terre aussi, non ? Il n'empêche que le contexte général nous est expliqué à plusieurs reprises (déjà dès l’introduction), comme si les scénaristes savaient déjà que l’histoire allait être difficilement compréhensible. Si c’est le cas, c’est avoir bien peu de considération pour le public, à moins que les scénaristes avaient eux-même du mal à comprendre leur propre fruit de leur imagination. Et je n’ose même pas parler des multiples rebondissements longuement exposés au cours de longs dialogues interminables, car ils contribuent à cette complexification de l’histoire pour la bonne et simple raison qu’ils entrent régulièrement en contradiction ! En conclusion, "Albator, corsaire de l’espace" est plus adulte. Mais plus adulte genre décérébré. Oui, des adultes qui attendent un spectacle visuel somptueux., sauf que... Mais qu’ont-ils fait de l’Albator qui a fait de toute une génération LA génération Albator ? Où est l’Albator qui a emporté l’adhésion de tous ces jeunes gens (dont je faisais à l’époque partie, bien que j’avais une préférence pour "Capitaine Flam") ? Misère ! on nous a privé de l’Albator que nous connaissions tous. Je conçois que les scénaristes aient voulu nous servir quelque chose de différent pour que ça ne soit pas répétitif, mais pour autant la nostalgie naissante en lançant le visionnage disparait bien vite dans les épais volutes de matière noire. Pire : une désagréable sensation de déception nous envahit peu à peu.