On a encore tous en tête la musique culte du générique de l’animé, on est tous capable de fredonner les paroles ou, du moins, de les yaourter. Alors quand j’apprends qu’Albator, série phare de ma génération voire celle de mes parents, va être portée au cinéma, c’est avec une impatience craintive que j’attends cette adaptation. Impatience, parce qu’elle me concerne directement, parce que j’ai été bercé par le club Dorothée, suite spirituelle de Récré A2 qui diffusait le dessin animé, parce que ça change un peu de tout ce que j’ai pu voir dernièrement, parce que la promesse est simplement alléchante. Craintive, parce que c’est Albator, parce qu’on ne touche pas aux icônes de notre enfance, parce que le risque de travestir l’esprit d’Albator est présent, parce que les adaptations cinématographiques de dessins animés et/ou jeux-vidéos se soldent souvent par des échecs cuisants (Dragon Ball, Final Fantasy, Tintin, les Daltons, Lucky Luck, pour n’en citer que quelques-uns). Bref, j’étais mi-figue mi-raisin comme toujours pour ce genre de projet, mais c’était sans compter sur une réalisation au poil de Shinji Aramaki qui fera voler en éclats tous mes préjugés. A l’aube du troisième millénaire, la terre est en proie à un conflit idéologique : alors que depuis des années l’humanité colonise sans vergogne l’espace dans l’espoir d’y trouver une planète miroir offrant autant de ressources et un cadre similaire à la planète bleue, l’idée d’un retour aux origines terrestres germe dans l’esprit de plusieurs colonies. Cette banale idée va se transformer en « guerre du retour » entre ses partisans et la coalition Gaïa dont les plus hauts dirigeants ont décidé de faire de la terre un sanctuaire inviolable jusqu’à la nuit des temps. Cent ans plus tard, Albator, l’Arcadia et ses pirates de l’espace interviennent armé d’un projet aussi fou qu’insensé. En plus de ne pas être manichéen, le scénario se paie le luxe d’avoir deux niveaux de lecture. D’abord, celui qu’un enfant aura naturellement. Il prendra ce film tel quel sans se poser davantage de question et n’y verra qu’une sombre histoire de piraterie dans l’espace. Puis, un niveau de lecture plus adulte, puisque ce film brasse une quantité de sujets et questionnements comme la notion particulièrement étroite entre le bien et le mal (on en revient au non-manichéisme du scénario), le terrorisme, l’avenir de l’humanité, la solitude de l’Homme moderne, l’exploration spatiale comme seule solution, le rôle de tout un chacun et j’en passe. Si le scénario plait à ne pas verser dans la simplicité et à offrir par ailleurs moult rebondissements, il n’est pas le fait d’une adaptation de l’histoire originale puisqu’il s’agit d’une aventure inédite. L’intrigue quant à elle s’épaissit, enfle et fait tourner le spectateur en bourrique entre triangle amoureux, opposition de deux frères ennemis, vérités sur le passé flou d’Albator, ses réelles intentions présentes et la décision de Yama, récemment recruté à bord de l’Arcadia. Mais Albator ce n’est pas qu’un scénario capillotracté, c’est aussi une esthétique léchée qui en met plein les mirettes, du décor grandiose au combat de vaisseaux offrant une action intense, vous reprendrez bien de l’orgasme visuel ? Le film est entièrement réalisé en images de synthèses soignées et photos réalistes, probablement ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle. Quand a ces qualités s’ajoute le fait que la direction artistique est étudiée et que le chara-design des personnages est bien foutu (Dieu que cet Albator est badass lorsqu’il se retourne dans un bruissement insolent de cap), on frise le sans faute artistique. In-dé-cent. Vous l’aurez compris, j’ai été conquis par cette « adaptation » qui revisite en quelque sorte le mythe sans lui enlever ce qu’il possède d’essentiel, qui parvient à savamment lier forme et fond pour en faire éclater quelque chose d’authentique et de réellement prenant du début à la fin. Un film qui ravira petits et grands, signé d’un grand A comme Aramaki.