Si l’on vous parle de Liam Neeson, vous pensez à quoi ? La Liste de Schindler, bien entendu, où il reçut l’Oscar du Meilleur acteur dans un film inoubliable ! Mais il faut bien avouer que cette période de sa filmographie est aujourd’hui passée à la trappe, la nouvelle génération ne le voyant que comme un acteur de seconds rôles pour blockbusters (Batman Begins, Le Monde de Narnia, Kingdom of Heaven, Le Choc des Titans, La Grande Aventure LEGO, Albert à l’Ouest…) ou bien une star du cinéma d’action depuis Taken (2008, pour vous donner un ordre d’idée de l’âge du film). C’est d’ailleurs cette catégorie-ci qui le définit actuellement le plus. Dès lors, l’Irlandais n’a jamais cessé d’accumuler ce genre de divertissement (Sans Identité, Non-Stop, les suites Taken, le récent Night Run…) sans réussir à s’imposer dans un autre style. Alors oui, c’est toujours fun de voir un homme de sa prestance se prêter au jeu de l’homme casse-cou et à l’apparence désabusée. Mais la limite de la lassitude commence à pointer le bout de son nez, la preuve avec Balade entre les tombes.
Alors oui, pour ceux qui connaissent le livre de Lawrence Block qui fait ici l’objet d’une adaptation, Balade entre les tombes n’a rien à voir avec un Taken. Pas de course-poursuite endiablée, de fusillade à vous arracher les tympans ou encore de corps-à-corps orgasmique et dynamique. Ici, il ne s’agit ni plus ni moins d’un polar, d’une enquête qui va pousser notre héros, pourtant déjà bien atteint (ancien alcoolique au lourd passé), dans ses derniers retranchements. Bien que ce type de personnage soit taillé sur mesure pour Liam Neeson (il suffit de voir Le Territoire des Loups et Non-Stop), Balade entre les tombes lui permet ainsi de montrer l’étendu de son talent, via un long-métrage sur le papier complexe et un rôle qui ne l’est pas moins. Malheureusement, l’ensemble se montre bien en-dessous de ce que le postulat nous laisser espérer, se présentant pour le coup comme un film d’une banalité affligeante.
Pire, il se révèle être un énième divertissement comme Neeson nous avait habitué à voir, l’action en moins. Cela conduit à un film qui manque cruellement d’originalité et de profondeur, étant donné que les combats et autres délires titillant l’adrénaline (en clair, le fun !), qui gommaient d’une certaine manière les carences de Taken et consorts, ne répondent pas présents pour faire sortir Balade entre les tombes de l’ordinaire. En somme, le long-métrage de Scott Frank se livre à nous comme une enquête policière de routine sans réelle surprise, durant laquelle le personnage principal n’évolue pas d’un iota – à quoi ça servait de nous montrer son passé ou bien de lui coller un jeune acolyte tout bonnement inutile ? – et ne semble même rien faire de tout le film, or se poser des questions déjà élucidées par le spectateur (comme l’identité des tueurs, jamais cachée) ou bien participer à une petite fusillade finale décousue et dispensable. Long, ennuyeux et sans intérêt sont les seuls qualificatifs qui viennent aussitôt à l’esprit dès la moitié du film, alors que celui-ci démarrait de bien belle manière.
En effet, outre son côté classique qu’il ne peut dissimuler dans les premières secondes, Balade entre les tombes avait en poche quelques atouts pour avoir de la gueule. Notamment en ce qui concerne sa photographie et le rendu visuel de l’ensemble, sur lesquels l’équipe du film semble s’être assez investie pour livrer une atmosphère au long-métrage qui flirte avec le polar noir (ce qui convient parfaitement au tableau) et rendre le tout captivant. Dans un sens, c’est plutôt réussi vu qu’il n’est pas difficile d’entrer dans la trame du film et de s’intéresser au héros joué par Neeson, même si on peut encore se dire « toujours le même genre de rôle… ». Mais comme Balade entre les tombes peine à passer la seconde en cours de route tout en proposant d’étrange effets de mise en scène qui n’ont rien à faire là (les tueurs voyant leur prochaine victime, une fille style « chaperon rouge » les saluant avec un grand sourire le tout au ralenti, comme dans un clip), on perd assez rapidement le fil, notre regard se posant bien plus sur les défauts que sur les rares qualités pourtant bien présentes.
Long-métrage oubliable et ne sortant nullement de l’ordinaire, pensant se suffire de l’aura de Liam Neeson alors que même sa présence commence à ne plus être de taille face à la monotonie du spectateur, Balade entre les tombes peut se laisser suivre, certes dans sa première demi-heure, mais perd très vite de son intérêt en chemin. N’étant jamais divertissant ni révolutionnaire, ce film un brin scolaire vous passera devant le nez comme une poussière emportée par le vent.