Alors que la vaste concurrence s’efforce de privilégier l’accessibilité, l’humour souvent facile et l’esquive des sentiments douloureux, Pixar revient en 2015, après une assez longue période de disette, avec un must intégral qui met tout le monde d’accord. Le maître en matière d’animation semble indétrônable, et ce n’est pas quelques écarts, Cars 2, Rebelle, qui y changeront quelque chose. Pete Docter à la réalisation, John Lasseter à la production, des noms prestigieux dans le domaine, des noms qui rassurent et qui promettent l’émerveillement aussi sûrement qu’une une finale de coupe du monde déchaîne les passions. Subtil, délicat, intelligent, passionnant, les mots manqueraient presque pour définir Vice Versa, dernier né d’un studio qui fît des merveilles et qui semble sur la bonne voie pour nous en livrer d’autres encore. Avec cette fameuse dualité entre maturité des sentiments et accessibilité aux plus petits, Pixar frappe une nouvelle au centre de la cible, n’omettant de satisfaire personne tant sur le plan technique, visuel, que narratif.
Soyons franc, si Vice Versa n’arrive pas à décrocher le titre de meilleur film d’animation, c’est sans doute qu’un Toy Story 3 ou un Là-Haut lui barre la route. En tous les cas, celui-ci ne se place pas loin derrière les deux chefs d’œuvres précités. Le petit défaut, éventuel, de ce nouveau classique pour les jeunes et moins jeunes, c’est peut-être, je dis bien peut-être, l’esthétisme des personnages qui incarnent la joie, la tristesse, la peur, le dégoût et la colère. Petites bêbêtes poilues, vivement colorées, qui m’ont parues un brin désuètes en rapport à la qualité des graphismes sur l’ensemble du film, et qui viennent un peu assombrir mes louanges. Cela n’a somme toute qu’une infime importance, mais les détails comptent dans la démarche de Pixar, frôlent souvent la perfection dans son domaine d’activité. On soulignera, là encore un strict point de vue personnelle, que Vice Versa démontre parfois un peu de naïveté, de facilité pour ce qui concerne les relations familiales. Un détail, une fois encore.
Globalement, je me répète sans doute, le film est un petit bonheur touchant, une composition intelligente qui sonde l’âme humaine en faisant s’incarner en individus nos propres émotions, lesquelles évoluant dans une sorte d’usine, une monde imaginaire de toute beauté. Le fin mot de l’histoire, lui aussi d’une subtilité remarquable, nous rappelle que la peur n’est jamais dissociable de la colère, de la joie. Que la tristesse n’est jamais bien loin d’un moment de bonheur, la mélancolie. Bref, ce discours final, ce postulat jamais moralisateur, ajoute à l’intérêt que l’on pourrait porter à ce film original, cette proposition honnête de cinéma d’animation intergénérationnelle qui mérite amplement toutes les reconnaissances.
Là où l’industrie hollywoodienne semble se noyer dans son jus, un studio d’animation nous révèle, si besoin est, que le cinéma peut encore briller, éblouir, émouvoir, que l’intelligence existe encore lorsqu’il s’agit de raconter, mettre en scène et vendre une histoire. Cette association entre Pixar et Disney, profite, comme toujours, au studio aux grandes oreilles, qui enrichit son répertoire avec des œuvres à la valeur inestimable, souvent bien distantes des productions purement Disney. Bref, Vice Versa parle à tout le monde. Vice Versa met tout le monde dans sa poche. Et c’est tant mieux. 18/20