"Blade Runner" est considéré comme une œuvre majeure de la science-fiction des années 80. À une époque où le genre était clairement en train de se réinventer, Ridley Scott a une nouvelle fois amené une vision très particulière de ce style. Lui qui avait réalisé "Alien, le huitième passager", celui-ci proposant déjà un monde de science-fiction sombre et froid, vient cette fois-ci opérer sur un univers "cyberpunk". Prenant place au sein d'un Los Angeles particulièrement lugubre, il ne faut pas attendre longtemps avant de comprendre que l'optimisme ne sera pas ce qui caractérisera ce projet. Portée par des maquettes et des effets visuels d'une grande qualité pour l'époque, l'expérience de ce film s'avère réellement bluffante. En matière d'immersion, je ne peux clairement rien lui reprocher. Les environnements sont très vastes, toujours couverts par une pluie intense afin de renforcer l'atmosphère et bercés par une musique aussi angoissante que les visuels proposés. Généralement composé de synthés stridents et de quelques ajouts d'ambiance, il est impossible de ne pas se délecter de cette bande-son. Clairement, pour un film de 1982, le résultat est donc encore bluffant à regarder aujourd'hui ! De ce point de vue-là, il n'a absolument pas vieilli. Maintenant, si je n'ai pas mis une note supérieure à ce film, cela vient simplement du fait que le reste de ce qui le compose n'a pas autant réussi à m'atteindre. Certes, l'ambiance est captivante, mais elle n'a clairement pas suffi à me faire adhérer à l'ensemble. Dans le fond, je peux comprendre que quelqu'un l'ayant découvert à sa sortie soit ressorti absolument fan de ce film, car l'expérience devait être folle. L'immersion devait encore plus fonctionner, et le tout apparaissait donc comme un ensemble cohérent. Mais avec un peu plus de recul, on se rend rapidement compte que l'écriture possède de grosses faiblesses. Alors, quand on n'est pas totalement pris dedans, il est facile de voir les limites de ce long-métrage. Par exemple, je ne trouve pas que notre héros soit extrêmement bien écrit et/ou développé. Certes, Harrison Ford le campe avec un certain sérieux, mais sa caractérisation s'arrête là. C'est un flic de l'espace, et c'est tout. Pour le coup, son développement sera bien plus amené via une romance, mais même celle-ci n'a jamais réussi à me convaincre. Elle semble venir de nulle part, sans réels éléments concrets, ce qui est extrêmement frustrant en tant que spectateurs. Voir deux personnages se rapprocher, mais sans réellement comprendre comment, ce n'est pas le plus simple à appréhender. En vérité, je comprends que ce choix s'inscrit dans la globalité de l'œuvre, où peu d'émotions ressortent. Par conséquent, cette romance se doit d'être également sombre et froide, sachant aussi qu'elle s'inscrit dans la thématique du long-métrage dont on parlera tout à l'heure. Mais à mon sens, une atmosphère oppressante ne doit pas handicaper le bon développement de ces personnages. Ici, je n'ai jamais ressenti le moindre attachement envers ceci, ce qui est quand même un mauvais signe. On a déjà vu des projets très sombres réussir à nous faire apprécier leurs héros, même dans des projets de science-fiction. On peut prendre "Alien, le huitième passager" en exemple d'ailleurs ! Et ce constat, il peut également s'appliquer au scénario. Pourquoi autant faire traîner les choses ? En deux heures, on a la sensation que seule la dernière demi-heure du film s'inscrit réellement dans la trame principale de l'œuvre. Pendant 1 heure, on suit notre héros réaliser une enquête, mais celle-ci n'avance jamais. On apprend des choses, mais cela se fait toujours sans lui, simplement, car nous allons suivre les personnages qu'il est censé retrouver et ce sont ces derniers qui nous apporteront des réponses. Dans sa globalité, le film prend donc trop son temps, et se retrouve à devoir rusher les choses par instants. Que ce soit dans son histoire principale ou dans sa romance, on a toujours la sensation que les choses sortent un peu de nulle part pour rattraper le train qui était bien trop à la traîne. Sachant également que j'ai été déçu de voir l'aboutissement de cela, la conclusion ne racontant finalement pas grand-chose de particulier. Certes, l'idée de base du film autour des réplicants est intéressante, et elle pose de sérieuses questions. Mais à mon sens, elle est un peu esquivée au final. Quand on arrive à la fin, on n'a pas la sensation que l'on a vraiment répondu aux questions qui avaient été posées. Et encore une fois, je mets cela sur le compte du rythme. Le film veut tellement nous plonger dans une ambiance lente et froide, qu'il en oublie de raconter quelque chose, et c'est là qu'est mon problème. J'ai beau adoré son esthétique, je ne serai jamais fan de cette licence. Le long-métrage est bien trop vide dans son scénario pour réussir à m'attraper, et c'est vraiment dommage. Pour conclure, un film culte qui n'a jamais pris sur moi.