A travers le parcours d'un homme témoin d'un meurtre et prêt à tout pour faire éclater la vérité, le cinéaste américain enchaîne les plans avec brio et fait monter la tension du film avec une facilité déconcertante. L'émotion passe par l'interprétation mais surtout par la technique. Chaque scène est minutieusement concue, rien n'est laissé au hasard. Tous les mouvements de caméras subliment l'émotion visuelle. A cela, s'ajoute un scénario très solide. On est bien là face à un chef-d'oeuvre.
Hommage croisé au "Blow Up" d'Antonioni et au "Conversation secrète" de Coppola, ce thriller d'une noirceur absolue est une réflexion sur le son et l'image. Le cinéma est fait à partir de son et d'images mais laisse souvent place à l'imaginaire, au rêve. Le personnage central du film interprété par un Travolta bouleversant, travaille d'ailleurs pour le cinéma. Ex-flic hanté par une affaire qui a mal tournée, il est devenu un brillant preneur de son mais ne tourne que des films de mauvaises qualités. Lorsque il est témoin d'un accident dont il est persuadé à raison qu'il s'agit en fait d'un meurtre, il ne peut s'empêcher de vouloir résoudre l'enquête. Mais à tort, il va s'obstiner à faire éclater une vérité qui ne cesse de le fuir. Il est acteur de son propre film, lui en homme ordinaire aux prises d'un évènement extraordinaire. Il ne pourra plus changer son destin.
La résolution de l'enquête, métaphore de l'"American dream", est une solution impossible pour De Palma qui veut briser l'image d'une société de l'image et du rêve, hypocrisie totale pour lui. Le vrai visage de l'Amérique est celui d'une nation hanté par des affaires politiques souvent tragiques. Voulant laisser croire jusqu'au bout au spectateur que le malheureux Jack Terry pourra sauver la femme qu'il aime, il brise tout espoir, lorsque dans un cri de terreur elle pousse son dernier soupir. Dernier soupir certes, mais qui a été enregistré par Jack. Les derniers cris de Sally hanteront à jamais le preneur de son. A la recherche du cri ultime pour le film sur lequel il travaillait, il arrivera finalement à l'avoir mais à quel prix !
La vérité sur le meurtre ne sera jamais divulguée et la femme qu'il aimait est désormais morte. Jack a tout perdu et finit seul et désespéré, hanté définitivement par les cris de Sally. Victime du propre film qu'il s'est créé machinalement et dont il voulait être le héros en faisant éclater la vérité au grand jour, il se révèle impuissant face au complot. Un homme seul face au système ne peut point triompher.
Totalement désenchanté, "Blow Out" est une vraie tragédie romantique dissimulée derrière un thriller paranoïaque !
Réflexion sur le son, l'image et plus généralement le cinéma comme je l'ai dit dit plus haut, là ne s'arrête pas la portée d'une telle oeuvre.
On peut également souligner une profonde méditation sur la figure du héros américain déchue (la scène finale ou Jack/Travolta porte dans ses bras le corps sans vie de Sally/Allen avec pour fond le feu d'artifice lors de la fête nationale, image hautement symbolique à la gloire du pays), reflet d'une Amérique où les désillusions sont bien plus nombreuses que l'espoir véhiculé par l"Américan dream". Seul De Palma pouvait réaliser un tel film, et on l'en remercie bien évidemment.