Au-delà des collines
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Cinéphiles 44

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4,0
Publiée le 1 juin 2026
Récompensé par le Prix du scénario ainsi que par un double Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 2012, "Au-delà des collines" est une œuvre austère qui suit une jeune femme qui revient en Roumanie après plusieurs années passées en Allemagne pour retrouver Voichita, son amie d'enfance. Mais celle-ci vit désormais dans un monastère isolé et semble avoir trouvé dans la religion un équilibre qu'elle refuse d'abandonner. Incapable d'accepter cette séparation, Alina tente de renouer leur lien, provoquant progressivement un drame dont personne ne mesure les conséquences. La grande force du film réside dans l'ambiguïté permanente de la relation entre les deux jeunes femmes. Mungiu ne cherche jamais à définir clairement la nature de leurs sentiments. Amitié fusionnelle, dépendance affective, amour impossible ou relation fraternelle, toutes les interprétations coexistent. Cette indétermination nourrit une tension émotionnelle qui traverse l'ensemble du récit. Cosmina Stratan et Cristina Flutur jouent avec naturel et retenue. Les longs plans fixes, l'absence d'effets spectaculaires et le rythme lent participent à l'immersion dans cet univers fermé où les convictions religieuses, les traditions et les blessures affectives se confondent. Le film interroge autant la religion que le besoin d'appartenance, la solitude ou la peur de l'abandon.
Cadreum
Cadreum

60 abonnés 778 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 26 mars 2025
Avec Au-delà des collines, Cristian Mungiu poursuit son œuvre d’auscultation du corps social, un cinéma de l’étouffement où l’individu, privé de marge de manœuvre, se heurte aux structures de pouvoir. Inspiré d’un fait divers survenu en Roumanie en 2005, le film met en scène l’écrasement d’un être sous le poids d’un ordre qui se pense infaillible.

Deux jeunes femmes, Alina et Voichița, liées par une enfance passée en orphelinat, se retrouvent après des années de séparation. Alina, revenue d’Allemagne, veut emmener Voichița avec elle. Mais celle-ci s’est enracinée dans un couvent orthodoxe isolé, sous l’autorité d’un prêtre. Très vite, le film montre le conflit : d’un côté, Alina, animée d’un désir de rupture, de l’autre, une communauté dont la survie repose sur la soumission à une règle absolue.

Mungiu filme l’illusion du libre arbitre. Alina croit revenir pour sauver Voichița, mais c’est elle qui se retrouve progressivement mise à l’écart. De son côté, Voichița, persuadée d’avoir trouvé un refuge, est en réalité captive d’une structure qui nie toute possibilité d’alternative.

Là réside toute la force du film : il ne désigne ni coupables, ni victimes absolues. Il n’y a pas de violence intentionnelle, seulement une chaîne de causalités. Le couvent ne cherche pas à punir Alina, mais à la « sauver ». Alina ne veut pas détruire Voichița, seulement l’extraire d’un monde qu’elle ne comprend pas.

Pour Mungiu, le couvent n’est pas un lieu de sévices physiques, il n’est ni un goulag, ni une secte extrême, mais un microcosme refermé sur lui-même, structuré par une liturgie qui gouverne chaque action.

Tout passe par le langage. Voichița ne parle plus qu’en termes de salut et de péché, ses mots sont emprisonnés dans un lexique qui réduit la complexité du monde à une grille de lecture binaire. Face à elle, Alina lutte pour imposer son propre discours, mais elle se heurte à une communauté qui ne reconnaît pas la légitimité d’un autre mode d’expression.

L’austérité formelle épouse le rigorisme du couvent. Pas de musique, pas de fioritures visuelles, seulement une répétition de gestes – prières, tâches domestiques, rituels. La mise en scène rend sensible l’écrasement progressif des corps et des volontés.

Mungiu pousse la logique jusqu’au bout. Même les extérieurs paraissent clos, dominés par des ciels bas, un horizon gris, des paysages sans issue. Le monde, ici, n’est qu’un prolongement du couvent.

C’est toute la société que Mungiu décrit ici, une société où la femme n’existe qu’en fonction du cadre dans lequel elle s’inscrit. L’oppression n’a pas besoin d’être brutale : elle est intériorisée, rendue invisible par la force du collectif.

Le final ne cherche pas la catharsis. Alina meurt, mais personne ne remet en question le système qui l’a conduite à cette fin. Sa disparition n’est pas un choc, mais une fatalité. Tout reprend son cours, imperturbablement.

Le dernier plan, ce véhicule qui transporte son corps sous une pluie battante, est d’une sécheresse horrible. Aucune rédemption, aucun sursaut de conscience, seulement le retour à un ordre qui se perpétue, indifférent aux individus qu’il broie.

Depuis 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Mungiu ne cesse d’explorer les formes contemporaines du conditionnement. Le communisme d’État, la religion, la corruption : autant de systèmes qui dictent la place de chacun et annihilent la possibilité d’une trajectoire autonome.

Avec Au-delà des collines, il radicalise son approche. Là où Baccalauréat laissait une place à l’ambiguïté morale, ce film ne propose aucune échappatoire. La structure a déjà gagné. Le dogme n’a pas besoin d’être imposé par la force : il est devenu la seule grille de lecture du monde.

Au-delà des collines est un film sur la soumission, non pas imposée mais consentie. Il ne décrit pas un univers de violence autoritaire, mais quelque chose de plus insidieux : un ordre où chacun participe, convaincu d’agir pour le bien.
weihnachtsmann

1 617 abonnés 5 728 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 21 décembre 2022
Un critique parlait du réalisateur comme d’un Haneke moldave.
Moi je dirai plutôt un Nuri Bilge Ceylan.
Il faut aimer l’aridité. Ici ce n’est pas du cinéma de divertissement.
Le début est long c’est vrai. Beaucoup de gens s’en plaignent mais la deuxième partie est beaucoup plus captivante.
La relation des deux femmes n’est intéressante que lorsque le père veut s’en débarrasser.
On sent la gêne, la révolte du groupe mais aussi la pitié qui va nouer le drame.
La culpabilité aussi qui devient inéluctable même dans les yeux de celui qui voulait se débarrasser d’elle.
Long effectivement mais bien quand même
Pascal
Pascal

254 abonnés 2 408 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 6 décembre 2022
Prix d'interprétation féminine et prix du scénario en 2012 à Cannes, l'opus du cinéaste Roumain C.Mungiu qui suivit sa palme d'or en.2007 (" quatre mois, trois semaines..." ) reçut à sa sortie un soutien critique notable.

Tiré d'un fait divers qui marqua le pays, un prêtre et deux nonnes furent condamnés pour la mort d'une jeune femme hébergée par eux.

" au-delà des collines " s'interroge sur les superstitions, insiste sur la radicalité religieuse, la manipulation et aborde le thème de l'homosexualité parmi les ecclésiastiques.

Combat entre deux amours celui terrestre et celui envers Dieu, Mungiu renvoie le spectateur à sa propre réflexion et pas sûr que tout le monde en tirera la même conclusion.

Filmé en plan séquence avec un ton et une véracité qui donne presque le sentiment d'assister à un documentaire, " au-delà..." souffre d'un défaut majeur : sa durée injustifiée.

Beaucoup trop long pour ce que le cinéaste veut nous montrer ( pourquoi ces 163 minutes de projection ?) et laisse la place à beaucoup trop de manque de rythme.

Le cinéaste sera plus convaincant avec " baccalauréat " son meilleur film, présenté quelques années plus tard en competition officielle à Cannes ( 2017).

Certes, le cinéaste a du talent, mais sa propension à proposer des opus un peu trop délayés supportés par un scénario qui ne le permet pas, le met sans doute à l'écart d'une audience plus large.

Un peu dommage pour ce film d'auteur qui tient la route malgré ses imperfections.
Ykarpathakis157

6 190 abonnés 18 103 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 2 mars 2021
C'est un film très lent toujours répétitif et l'histoire revient sans cesse en arrière. Je sais que la Roumanie est une terre pauvre et tous les pays où règnent la pauvreté et l'ignorance font place à des religions hystériques. Mais je ne peux pas croire qu'une jeune femme qui a vécu en Allemagne puisse être si faible au milieu d'un prêtre et de beaucoup de religieuses soumises. Les longs moments avec une image figée sont terribles. Le film est très long et nous pensons que ce film est plus long que sa durée. Le jeu des d'actrices est pauvre il n'y a pas de contexte pour comprendre ce qui amène et maintient les femmes dans le monastère et pourquoi cette obéissance aveugle et ses sentiments réprimés. Il n'y a aucun indice sur ce qui s'est passé dans le passé entre les deux personnages principaux et il est difficile de croire que des personnages aussi différents aient pu avoir beaucoup en commun. C'est l'un des pires films que j'ai vu jusqu'à présent. Il n'y a pas d'histoire, il n'y a pas de rythme, il n'y pas de personnages en arrière-plan. Il y a de mauvaises couleurs, un mauvais éclairage et un au jeu des actrices irréaliste...
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 9 décembre 2019
Pour Cristian Mungiu il n'y a rien de positif, rien de beau, rien de divin. Le destin a séparé Alina (Cristina Flutur) et son amie Voichita (Cosmina Stratan). Alina revient en Roumanie dans l'espoir de repartir avec Voichita pour travailler en Allemagne. Mais Voichita ne veut plus. A-t-elle jamais voulu ? Ce refus va avoir des répercussions dramatiques. La relation entre Alina et Voichita évolue lentement sous nos yeux. Alina ne l'accepte pas. Son expérience en Allemagne n'a pas été concluante (sinon elle ne serait pas revenue). Elle croit que cela fonctionnerait mieux si son amie Voichita repartait avec elle. Mais Voichita est réconciliée avec ses anciens maux. Elle a trouvé son refuge spirituel dans la communauté d'un petit monastère perdu dans une province reculée. La vie ascétique des religieuses, les relations d'aide avec le village ou la petite ville qui les entoure sont décrites simplement et honnêtement. Et ces scènes montrant cette petite vie bien simple et pourtant bien remplie, sont d'une importance capitale pour comprendre le film. Cette communauté rustique fonctionnait bien jusqu'à l'arrivée d'un élément perturbateur qui vient avec son background assez lourd, et le comportement agressif d'une jeune fille de notre époque. Voichita n'a plus besoin d'Alina. Alina l'a compris, et elle ne sait plus quoi faire pour se rebeller contre la décision sans appel de Voichita. Elle sème la confusion comme beaucoup de jeunes d'aujourd'hui qui ont tendance à se servir de la violence dès qu'ils ne peuvent pas résoudre une situation, et qu'ils sont en conflit avec quelqu'un ou une institution. C'est un comportement très actuel. Et c'est justement ce télescopage entre la vie monacale et rigoureuse du monastère et la psychologie des jeunes de notre époque qui créent la confusion. Alina a un amour obsessionnel envers Voichita. Cristian Mungiu ne donne pas beaucoup d'explications sur la relation amoureuse entre les 2 jeunes femmes, et sur les explosions violentes d'Alina. On comprend que leur relation devait être autant tumultueuse auparavant, car pourquoi Alina est-elle partie toute seule une première fois ? C'est que Voichita n'en avait pas vraiment envie tout simplement. Voichita est-elle coupable de cette dérive vers le drame ou veut-elle (connaissant trop bien Alina) se débarrasser de l'amour étouffant de son amie ? Elle sait fort bien qu'Alina ne peut accepter ce genre de vie austère. Inexorablement Alina s'enfonce. Elle pourrait repartir seule, mais s'obstine. Ce drame en dépit des décors, est lié à une relation bien contemporaine. Voichita se sert de ce monde anachronique, mais Alina et Voichita sont terriblement modernes. Elles sont là, dans ce monastère, mais sont loin d'être naïves et retardées. Leurs agissements, leurs errements sont de notre temps, et c'est cela qui les poussent vers leur confrontation où le monastère devient la victime collatérale. On comprend bien que le monastère est inadapté pour prendre en charge une personnalité troublée comme Alina qui n'est bien nulle part. Quant à Voichita, elle a changé d'aspect, mais pas de mentalité. L'histoire aurait pu aussi bien se dérouler en banlieue ou dans une zone périurbaine. Mais on aurait pas eu un choc culturel si intense. Voichita aurait pu sauver son amie. Elle a l'occasion d'avertir des automobilistes, mais elle ne fait rien. Voichita profite de la simplicité, de la maladresse et de l'ignorance de la communauté du monastère orthodoxe qui est une sorte d'asile où survivent les superstitions dans un rituel religieux passéiste. Elle s'en sert dans sa relation conflictuelle avec Alina. Les caresses sont-elles des gifles ? C'est pervers, c'est effroyable, mais cela en fait un très grand film.
Vincent D
Vincent D

6 abonnés 123 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 2 juillet 2019
Ce que j'aime bien dans Au-delà des collines, c'est que ce n'est ni un film à charge, ni un film démonstratif .
Loin d'aborder une communauté religieuse en tant que monde clos sur lui même en dénonçant son fanatisme religieux, il la montre dans le contexte de la société roumaine caractérisée par le délabrement de ses institutions et services publics ( ses familles d'accueil ( peu accueillantes) , ses hôpitaux surpeuplés, ses fonctionnaires policiers blasés...)
Face à cette déliquescence, les membres de cette communauté religieuse tentent tant bien que mal de se préserver de l'extérieur et de rester un ilot protégé du monde moderne et de ses impuretés.
Mais ils vont être confrontés brutalement au monde réel et réagir de la manière la plus inappropriée qui soit en provoquant le mal avec les meilleures intentions.
Pas de manichéisme ou du dénonciation du fanatisme religieux dans la mesure ou les religieux ne cherchent pas à convertir qui que ce soit ou extirper le pêché par esprit d'intolérance .( ils ne savent pas que la victime est homosexuelle) mais à guérir par l'exorcisme une âme victime de ses tourments et troubles psychiques dont ils ne comprennent pas la cause (sinon par la présence du diable ) et qu'ils sont contraints par les circonstances de secourir .( cette dernière ne pouvant être prise en charge par les autres institutions, faute de place ou de moyens et n'ayant aucun autre lieu pour l'accueillir )
D'où un film ni accusateur ni complaisant mais plutôt un regard empathique et nuancé sur des êtres humains qui par leur obscurantisme sont responsables d'un horrible fait divers.
Un film humain sur ce qui constitue l'humanité et ses errances tout simplement.
Acidus

872 abonnés 3 937 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 mars 2017
Cela fait une poignée d'années que le cinéma roumain se développe et s'exporte au-delà de ses frontières. En tête de cette nouvelle vague se situe le réalisateur Cristian Mungiu, lauréat de la Palme d'or avec "4 mois, 3 semaines, 2 jours".
Dans "Au-delà des collines", il nous parle de la religion et notamment de sa place dans la société roumaine actuelle en nous montrant ses contrastes, ses contradictions et les pratiques désuètes de ce clergé vivant hors du temps. Il traite de ces sujets sans complaisance ni condescendance; sans malveillance ni bienveillance. Son regard reste neutre, détaché sans dénoncer une quelconque forme d'obscurantisme mais en laissant le spectateur se faire sa propre opinion.
Il en résulte une histoire justement un peu trop froide, imperméable aux émotions qu'une austère (mais sublime !!!) mise en scène accentue. De plus, le long métrage n'est pas dénué de quelques longueurs ici et là qu'une durée excessive n'aide pas.
"Au-delà des collines" demeure une oeuvre curieuse, intéressante à plus d'un titre qui mérite d'être vu au moins une fois.
mat niro

462 abonnés 2 157 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 29 septembre 2016
Ce film roumain de 2h40 est l'histoire d'une relation trouble entre deux femmes que tout oppose : l'une est dans la religion et l'autre rêve d'émancipation. Une oeuvre assez anxiogène dans un couvent isolé au fin fond de la Roumanie. Malgré deux bonnes actrices, l'ensemble est plutôt ennuyeux.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 22 mai 2016
Un film poignant et particulièrement bien réalisé, inspiré par une histoire vraie. Un réalisateur roumain à suivre.
kermalec
kermalec

10 abonnés 71 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 12 avril 2015
Le talent narratif de Cristian Mungiu est formidablement bien servi par les actrices Cosmina Stratan et Cristina Flutur. Il est tellement simple de juger un fait divers en un quart de secondes, mais tellement plus intelligent de se placer le temps de ce film du côté des jugés. Ce cinéaste roumain semble nous prendre par la main pour nous accompagner lors de cette traversée du miroir.
Il est humain de se laisser aller à une vision manichéiste de ce monde, mais alors ne faut-il pas oublier que le bien et le mal peuvent trouver des sens bien différents d'une culture à une autre.
Et voici un pas de plus vers la compréhension de l'humain, réalisé avec légèreté et humilité. Chapeau l'artiste.
anonyme
Un visiteur
3,0
Publiée le 27 décembre 2014
En Roumanie profonde, une orpheline retrouve son amie d'enfance dans un couvent et cherche à s'adapter aux dogmes pour rester avec elle. Vision saisissante de religieux rigoristes face à la maladie mentale vue comme une manifestation du démon. Le film prend son temps et la première heure le spectateur doit s'accrocher pour endurer cet obscurantisme décrit dans un décor naturel peu avenant. Si on tient le coup on assistera à une fin impressionnante, mais que de longueurs pour en arriver la, c'est dommage car certains spectateurs auront une image faussée du passionnant cinéma roumain.
tuco-ramirez
tuco-ramirez

166 abonnés 1 777 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 15 décembre 2014
Dans une congrégation orthodoxe dans la pampa roumaine, la jeune Voichita accueille son amie de toujours revenant d’Allemagne Alina. Amies de toujours, elles ont passées toute leur enfance ensemble entre orphelinat et famille d’accueil. A l’âge adulte plus de structure, l’une a choisi les ordres et une nouvelle famille ; l’autre revient au pays se languissant de celle dont elle est amoureuse. Elle espère même la convaincre de la suivre en Allemagne où un job les attend.
Christian Mungiu, Palmé d’Or à Cannes en 2007 avec « 4 mois… », revient avec à nouveau un film sous haute tension avec un piège moral se refermant petit à petit sur la profane. Alina, dans son retour, n’est guidée que par la passion amoureuse chaste qui la lie en secret à Voichita. Comme toute passion amoureuse, elle est déraisonnée et guidée uniquement par le besoin de l’autre. Mungiu retranscrit à merveille cet amour d’Alina face à une Voichita hermétique car soit conditionnée déjà par le Pope, soit par la raison d’avoir elle un toit au dessus de la tête, soit par conviction religieuse tout simplement. Le film n’apporte en fait pas la réponse. Le sujet est en fait plus de montrer le rejet de la différence dans cette société communiste au carcan moral fort. Le refus d’obtempérer au dogme orthodoxe est envisagé par les instances religieuses comme de la possession. La jeune lesbienne amoureuse devient une suppôt de Satan qu’il faut exorciser. Woaw, là çà commence à faire beaucoup. Surtout que dans son film précédent, Mungiu se servait de la dureté des situations pour montrer l’affirmation de son personnage principal. Ici, il prend 2h30, le temps s’étire incroyablement, pour condamner une à une toute les issues possibles et justifier méthodiquement les agissements les plus infâmes de tous les protagonistes. C’est donc très lourd et pesant sans forcément de message clair. Heureusement le final est splendide et vient apporter un peu d’humanité dans un crescendo d’actes irrationnels. Et dire que le film est tiré d’un faits divers ; l’humanisme froid des slaves, c’est ce que Mungiu synthétise le mieux.
Très prometteur car pétri de talent comme metteur en scène, Mungiu offrait un film plus fort avec « 4 mois… »
Chris Art
Chris Art

86 abonnés 398 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 27 octobre 2014
(...) Point n'est besoin de croire en quelque religion pour adhérer au projet, car son but n'est pas de justifier ou d'accabler La Puissance Miséricordieuse, loin s'en faut, mais plutôt de soumettre à notre regard forcément partial, le déchirement glacial de ce don de soi (...) Dilemme cornélien que Mungiu ne cherche jamais à résoudre ou à expliquer, ne s'intéressant qu'aux faits et gestes du quotidien de ses damnés de la terre. Absolument pas convaincue par ces prières et prosternations comme rituels obligatoires, le refus d'une quelconque idolâtrie de la non pieuse jeune femme, s'apparente aux yeux des religieux comme une évidence mentale qu'il faut à tout prix éradiquer. Constat accablant que cette incompréhension et ce dogmatisme d'un peuple qui ne peut se rencontrer qu'en s’affrontant.
ardeo
ardeo

11 abonnés 178 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 27 août 2014
Dans ce magnifique film, le cinéaste montre à quoi peut aboutir tous les fanatismes ! A voir ou à revoir !
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