City on fire
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Theo
Theo

39 abonnés 1 084 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 10 janvier 2026
Je suis tombé sur *City on Fire* un peu comme on retombe sur une cicatrice ancienne : on se rappelle la douleur, mais on redécouvre surtout la précision du trait. Ce polar de Ringo Lam n’a pas l’esthétique clinquante qu’on associe parfois, par raccourci, au cinéma d’action hongkongais des années fastes ; il a mieux que ça : une rugosité, une sueur, une impression de bitume encore tiède, et cette façon de filmer la ville comme un organisme nerveux, imprévisible, qui avale les corps et recrache les consciences en lambeaux.

Ce qui m’a immédiatement happé, c’est la manière dont le film installe une tension morale avant même de chercher l’adrénaline. Oui, il y a un dispositif de thriller — un flic infiltré, un gang, un coup qui se prépare, une loyauté qui se brouille — mais Ringo Lam s’intéresse moins au mécanisme qu’au prix humain que ce mécanisme exige. C’est un film sur la promiscuité : promiscuité des ruelles, des bureaux, des planques, des regards. Tout le monde vit trop près de tout le monde, et cette proximité fait naître un paradoxe superbe : plus on se rapproche des autres, plus on s’éloigne de soi.

Chow Yun-fat, ici, n’est pas encore l’icône opératique que beaucoup ont surtout retenue par la suite : il est mobile, presque fébrile sous la coolitude apparente, comme si chaque sourire devait être aussitôt remboursé avec intérêts. Son jeu a quelque chose de très physique, mais pas au sens de la démonstration : au sens où l’on sent le poids de la couverture, le calcul permanent, l’épuisement de devoir être deux personnes à la fois. Face à lui, le film a l’intelligence de ne pas transformer le camp adverse en simple bloc de noirceur. Les figures criminelles ont des codes, une camaraderie, un sens de l’honneur parfois plus lisible que celui des représentants de l’ordre ; et ce n’est jamais asséné comme un discours, simplement laissé à l’observation, à un détail de comportement, à une réaction qui dure une demi-seconde de trop.

La mise en scène est d’une efficacité qui ne cherche pas l’ovation. Ringo Lam filme l’action comme une conséquence, jamais comme une démonstration de force. Les éclats de violence, les courses contre la montre, les moments de panique sont précis mais dépouillés : l’espace est concret, encombré, parfois ingrat, et c’est précisément ce qui rend chaque geste lisible et chaque choc brutal. On a souvent l’impression que la caméra n’embellit rien, qu’elle est là parce que les choses arrivent ainsi, parce que le monde ne s’interrompt pas pour offrir un plan iconique. Cette sécheresse peut surprendre, mais elle installe une tension continue : on ne se relâche jamais complètement, car le film ne vous accorde jamais le confort de la distance.

À force de vouloir rester au plus près du réel, *City on Fire* accepte aussi certaines limites. On sent par moments son époque : quelques transitions un peu abruptes, deux ou trois passages où les coutures du scénario apparaissent, et une caractérisation de certains rôles secondaires qui reste davantage fonctionnelle qu’approfondie. Rien de rédhibitoire, mais suffisamment perceptible pour empêcher le film d’atteindre cette sensation d’évidence absolue à laquelle il frôle souvent. Il se situe dans une zone intermédiaire passionnante : celle d’un très grand polar imparfait, solide, nerveux, avec des aspérités qui lui donnent paradoxalement plus de vie.

L’atmosphère mérite à elle seule qu’on s’y attarde. La ville n’est jamais un simple décor, elle est une pression constante. Les nuits saturées de néons, les intérieurs étroits, les visages qui passent d’une lumière à l’autre créent une sensation d’étouffement moral presque physique. Tout concourt à faire ressentir le poids de la situation, et l’on sort du film avec l’impression d’avoir passé du temps dans un espace qui ne pardonne rien, ni aux erreurs ni aux hésitations.

On a beaucoup parlé du film pour ses résonances avec un certain cinéma criminel américain apparu plus tard. La comparaison est tentante, mais elle passe souvent à côté de l’essentiel. *City on Fire* n’est pas tant un film de répliques ou de posture qu’un film de fatigue, de peur rentrée, d’attachements qui naissent là où ils ne devraient pas, et de tragédie intime quand le devoir finit par se confondre avec une identité de remplacement. Le film ne cherche pas à être séduisant ; il cherche à être juste, et cette exigence lui donne une force particulière.

Au final, c’est un film que je recommande avec enthousiasme mesuré : un polar âpre, tendu, souvent remarquable dans sa façon de faire exister un dilemme plutôt qu’un simple suspense, porté par un acteur central capable de rendre palpable une fracture intérieure sans jamais la souligner. Ce n’est pas une œuvre qui écrase par sa perfection, mais une œuvre qui marque par sa cohérence et sa lucidité, et qui reste en tête longtemps après le générique, parce qu’elle a compris que le vrai danger d’une infiltration n’est pas seulement d’être découvert, mais de ne plus savoir, une fois tout terminé, quel visage était censé être le sien.
nastygobs
nastygobs

24 abonnés 785 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 23 février 2008
L'ancétre de Reservoir dogs est honk kongais.Parfois d'une violence inouie et aussi d'un romantisme proche de la parodie:City on fire est un pur polar HK où Chow Yun fat traine son charisme dans une ambiance hyper réaliste mais qui offre parfois des temps morts et nous montre que le film a plus de 20ans.
anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 22 juin 2010
On ne peut nier que City On Fire fut une source d'inspiration (entre autres) pour le Reservoir Dogs de Tarantino, mais le film a fort vieilli avec un rythme irrégulier qui fait que l'on s'ennuie un peu parfois. L'amitié entre Chow Yun Fat et Danny Lee est fort mal exploitée si bien que la fin tombe un peu à plat. Les scènes d'action manquent de spectaculaire et la violence souvent associée au film est un peu une chimère, un pétard mouillé. Décevant et surtout bien en deçà de Reservoir Dogs.
tomsdiniro
tomsdiniro

11 abonnés 64 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 décembre 2006
Un film qui a malheuresement beaucoups vieillit. Voir juste la scène ou Chow Yun-Fat cache un micro de 10 cm. Le duo Fat/Lee fonctionne à merveille; cependant, l'amitié qui lie Chow et Lee Fu n'est pas assez exploité, de meme que le personnage de Lee Fu manque d'épaisseur faute du scénario qui priviligie l'action, le suspense et Chow Yun-Fat, dans un role à la foi délirant et sérieux qui est différent des roles que John Woo lui est fait tenir. Mais comment ne pas etre séduit devant ce polar qui se suit de bout en bout grace à un rythme intense régulier.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 22 juillet 2008
Un bon polar avec des fusillades dont le film "heat" s'est surement inspiré et une histoire semblable à celle de "reservoir dogs" de Tarantino. Le film est prenant parfois émouvant et le rythme bien soutenu avec notamment de belles poursuites. Chow Yun Fat dans un rôle moins invincible qu'à l'acoutumée est excellent(comme d'hab)Bon film!
anonyme
Un visiteur
3,0
Publiée le 27 mars 2010
Un film qui porte trop la marque des années 80. Il a sans doute été époustouflant à son époque, mais désormais, il fait plus office de curiosité historique. A voir pour les amateurs de polars sombres des années 80.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 29 septembre 2006
Un bon polar, noir, violent, bien réalisé par Ringo Lam et bien interpreté par Chow Yun Fat et Danny Lee (qui est le meilleur duo d'acteurs à Hong Kong).
Christianm75
Christianm75

8 abonnés 229 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 24 janvier 2016
Excellent polar un peu inferieur à ceux réalisé par John Woo.Une influence certaine sur le "Réservoir Dog" de Tarentino,seul petit bémol le jeu un peu outré des acteurs.
Seb De Niro
Seb De Niro

2 abonnés 72 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 18 août 2024
Bon film de Hong-Kong, à nouveau avec des policiers infiltrés dans le monde criminel. Difficile de choisir entre 3,5 et 4/5.
Quelques scènes intenses et très crédibles.
Bons acteurs, en particulier Chow Yun-fat qui démontre une grande aisance. C'est d'ailleurs ce film qui va faire de lui une star établie.
Quelques belles land-rover parmi les véhicules de police.

Vu en 2024.
Ti Nou

627 abonnés 3 904 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 juin 2026
Si on retient beaucoup John Woo dans le cinéma d’action hong-kongais des années 90, il ne faut pas non plus oublier Ringo Lam, qui signe ici un film très réussi dans sa structure dramatique, descente aux enfers d’un héros poussé au sacrifice.
Charlotte28
Charlotte28

204 abonnés 2 900 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 12 mai 2026
Au lieu d'exploiter les thématiques intéressantes (compétition funeste entre inspecteurs, nécessité pour les policiers d'agir comme des criminels, obsession professionnelle, peinture interlope de Hong Kong, conflit de loyauté) voire (soyons fous!) d'infuser de l'originalité ou de la personnalité dans le récit ou la mise en scène, cette infiltration empile les clichés du genre, se vautrant dans la caricature, présentant un héros à la toxicité stupéfiante (jusqu'à l'agression sexuelle). Malheureusement le scénario (aux rebondissements attendus et/ou invraisemblables) ne rachète aucunement la superficialité psychologique (dont cette amitié improbable avec un sociopathe), les dialogues terriblement convenus, les touches d'humour ineptes, la platitude affligeante de la réalisation, même dans les séquences d'action. Rendons hommage à ce que Tarantino a su en extraire pour construire Réservoir Dogs!
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