Revu en 2025, après l’avoir vu à sa sortie, il faut constater que ce film a très bien vieillit comme un grand cru . Un film assez unique à la croisée de l’érotisme et du surréalisme.
Basé sur une intrigue policière assez légère ,mais suffisante : l’assassinat par une jeune escort de sa collègue et probablement amante . Mais le film est surtout le moyen pour Alain Robbe-Grillet d’exprimer toute sa passion pour l’érotisme , pas la sensualité charnelle, mais dans son expression érotique ,cérébrale, esthétique , visuelle , complétement Batailienne.
Le film est vraiment rafraichissant, « innovant » , moderne et en même temps on sait qu’un tel film ne serait plus possible aujourd’hui . Ici Robbe Grillet fait ce qu’il veut du « corps » féminin qu’il utilise comme il l’entend pour nous exposer ses fantasmes. On est avant « mee-to » et le consentement demandé aux actrices. Il y a la beauté des corps nus , superbes , gratuit , exposés sans raison à justifier , sans ajout au scénario, comme pur outil esthétique et fantasmagorique.
Des scènes culte de happening arty , comme la magnifique scène où Anicée se peint le corps nu en rouge carmin, et qui se plaque sur les murs recouverts de papier blanc , créant ainsi une œuvre picturale qui pourrait être au musée, inégalée à ce jour, ou celle des œufs cassés sur le corps nu , offert ,de Olga Georges- Picot , comme pour un festin à venir.
Et puis de vrais fantasmes ., de Robbe Grillet et probablement de sa femme ( Jeanne de Berg pseudo d’écrivain BDSM, ) présente au scénario et dans un petit caméo, couple iconique du SM des années 70/80 : fétichisme des pieds : formidable scène avec Michael Lonsdale suçant le doigt de pied d’Anicée. Un petit mais puissant catalogue aussi de fantasmes Sadien, de corps meurtris, dans les cachots du pensionnat.
Le film doit beaucoup à la fantastique interprétation des deux héroïnes, qui nous enchantent bien sûr de leur corps superbes , mais qui jouent aussi très bien : Anicée Alvina , qui eut une carrière courte , récite son texte d’une manière toute particulière, pleine d’ingénuité et de sarcasme , et Olga Picot, actrice oubliée , morte trop tôt ,excellente dans son rôle mystérieux et évanescent, superbe . Il y a aussi Jean Louis Trintignant , excellent dans un rôle tordant d’inspecteur de police , avec son imperméable Burberry et sa fine moustache à la Clark Gable , Michael Lonsdale qui tient là un de ses meilleurs rôles avec beaucoup de subtilité et de variation dans son jeu . Jean Martin, acteur reconnu de second rôle qui joue un prêtre halluciné et obsédé. Un petit passage à l’écran, furtif de Isabelle Huppert ,toute jeunette pour sa première apparition au cinéma ,
Et le film est empreint de surréalisme, des parallèles avec le cinéma de Buñuel , dernière période, pour son anticléricalisme jubilatoire. Une qualité photo excellente , et dans les 15 dernières minutes une sorte de délire Dadaïste , de joute oratoire en poèmes improvisés entre Anicée et Lonsdale .
Le twist final policier est remarquable, la boucle se referme sur elle-même, on revient au point de départ, le film peu recommencer au tout début, et le spectateur est consulté, tout cela d’une manière tellement surréaliste.