Ce film est...une expérience. On vous le chante mélodieusement : ce film est accessible gratuitement et légalement sur Internet Archives (que cette phrase est douce à l'oreille du cinéphile...). Mais tout de même, avant de vous lancer dans The Wiz (qui annonce "la couleur", sans mauvais jeu de mots, puisque ce titre est la prononciation "tronquée" typique des patois de Harlem) : le film fait 2h14, et souffre d'une kitcherie assez sévère, ce qui fera sourire le fan de nanars ou d'objets filmiques non identifiés, et fera pleurer de désespoir les autres. Pour notre part, on a vraiment bien profité du délire, bien cerné la critique du
racisme
commun (avec les taxis "Oh non un
Black
, je suis fermé !" qui sont les running-gags du film entre les tableaux musicaux), quelques chansons (surtout Ease on down the Road, qui casse tout dans votre tête : vous commencez à la fredonner au moindre silence...), la kitcherie tendre d'un film qui veut bien faire, et surtout les vedettes qui se régalent dans leur rôle (le très jeune Michael Jackson est comme un enfant dans un magasin de sucreries, et honnêtement : c'est adorable à voir). Le film s'ouvre donc sur un tableau de repas familial assez long, mou du genou, et geignard, qui nous a fait craindre le pire pour les 2h14 de film. Heureusement, Toto (le ratier) se barre, Dorothy le poursuit, et arrive à Oz... ou plutôt, chez le Prince de Bel-Air. Mais qu'est-ce que c'est que ces fringues et ces décors ? Tout est tellement "rap kitch", serré "là où il faut", qu'on se croirait dans le QG du Mister Freeze de Batman et Robin... Ah, oui, "screenplay de Joel Schumacher", c'est bon, on a compris. Tous les danseurs sont donc échappés d'un vieux clip de rap, et enchaînent des pas de choré plus ridicules les uns que les autres (mais on ne s'en plaint pas, ça occupe, pendant cette chanson d'introduction au monde d'Oz particulièrement terne et longue...). Il y a ensuite des corbeaux (? On n'est pas sûr, vu la dégaine) qui embêtent un pauvre épouvantail, dont le costume est déjà une sacrée plaie (il a deux pandas roux crevés sur les épaules, le pauvre... C'est facile de s'en prendre à lui !), et qui commence à chanter... "OH MINCE" (on l'a dit moins poliment en réalité), c'est Michael Jackson. Il faut dire qu'il a 19 ans lors du tournage (un gamin), qu'il est ultra-grimé, et qu'on ne l'a pas reconnu avant sa première note chantée (là, on le reconnaît direct). Sa chanson est vraiment pas mal, la première dynamique et entraînante du film qui donne envie de la réécouter (à 35 min de film, il était temps). L'épouvantail et Dorothy partent donc "sur la Route de la Ville" (allez, dès la première écoute, on sait que cette petite mélodie va nous grignoter les derniers neurones que l'on avait... Et pas de bol : elle revient entre chaque tableau... Ease on doooown, ease on doooown the rooooaaad... Au secours, on est foutu), pour trouver les Robot et Lion de l'histoire classique, pour aller voir le Magicien qui leur donnera un cerveau, un cœur et du courage, étant un déroulé très fidèle à l'intrigue d'origine. A part peut-être les attaques de poubelles à dents de sabre et de poteaux de métros possédés (ça, on ne s'en rappelle pas, dans l'original). Certains tableaux sont vraiment beaux et entraînants (le parc d'attraction avec le Robot... Même s'il demande à une jeune femme de lui
mettre de "l'huile partout sur le corps" et aussi dans le calecif
... Ehhhh... Calme-toi, Nono), tandis que la moitié des autres sont longs et mous (l'arrivée à Emerald City où les danseurs changent trois fois de couleur en trois chansons identiques... Tout ça pour finir en vision de nouvel An à Harlem). Quant à la méchante Sorcière, elle est instantanément icônique en ayant une robe et un maquillage sur lesquels baveraient les candidates de Drag Race, avec une super chanson qui met la patate (No Bad Neeeews... Eh allez, deuxième lavage de cerveau), et des singes volants qui sont un étrange mix entre une vieille pub raciste et du BDSM (non, non, on n'exagère même pas, on n'a pas dit qu'ils avaient fusionnés avec leur moto... Ah oui : les singes ont des motos). Puis comme Dorothy
libère
les esclaves (toute ressemblance avec la ségrégation moderne du Tiers Monde est...totalement volontaire) de leur vilaine Maîtresse, ils enlèvent tous leurs guenilles de soumis, et on a donc droit à une chorégraphie joyeuse de danseurs en slibards et soutifs (si vous n'aviez pas une imagination débordante, voici enfin l'illustration de la Fête au Slip). La fin du film est à l'inverse très sérieuse (et carrément pénible, après les fiestas et délires bizarres qui ont précédés, c'est l'ascenseur émotionnel), on n'en retient que la belle
chanson "Home"
où Diana Ross donne toute son âme sur les voyelles (chanson à karaokés, coucou), qui conclut bien le film, et cette impression d'avoir vu un film tellement bizarre, tellement sincère, tellement bienveillant, qu'il en devient fascinant. The Wiz est à réserver absolument à ceux qui sont des Mère Térésa recueillant les films maudits, malaimés, qui s'éclatent pourtant dans leur fantaisie. Rien que voir le petit Michael Jackson, qui a des étoiles dans les yeux de participer au Magicien d'Oz, et chante déjà comme un dieu (19 ans, bon sang, 19 ans...), surtout en binôme avec l'illustre Diana Ross, c'est un moment suspendu que l'on n'aurait raté pour rien au monde. Enfilez donc vos souliers à paillettes (peu importe si vous êtes une fille ou un garçon : Diana Ross les porte mieux que vous, cherchez pas), et sautillez avec vos pandas roux sur les épaules, gaiment, naïvement, sur la Route vers la ville... Ease on down, ease on doooown the rooooaaad...