Attention ! Sujet casse-gueule ! Vouloir réaliser un film sur la psychothérapie d’un ancien combattant américain de la dernière guerre mondiale, d’origine amérindienne de surcroît, relève de la gageure. Certes, maints cinéastes se sont aventurés sur le terrain glissant du freudisme : les surréalistes en premier lieu (Buñuel en particulier), les spécialistes du film policier dont Hitchcock (« la maison du Dr Edwardes »), d’autres encore pluridisciplinaires dont Milos Forman (« vol au dessus d’un nid de coucou ») et, dans une moindre mesure Nanni Moretti avec « la chambre du fils ». Mais tous se sont appuyés sur la matière psychanalytique pour lancer une histoire qui n’est pas le sujet même. Avec Jimmy P., c’est la cure psychothérapique qui devient le sujet en tant que tel. Je dis : psychothérapie et non psychanalyse car, il me semble, Devereux n’emploie pas la méthode freudienne (divan, silence devant le patient, etc.) de façon stricte et c’est, d’ailleurs, le mot utilisé dans le livre qui a donné titre au film. Ce film démarre plutôt bien avec une atmosphère de mystère. D’emblée le spectateur se trouve plongé dans un conflit opposant des médecins confrontés à un malade dont la mentalité leur échappe totalement. Ce patient, en effet, n’est pas un anglo-saxon bien carré mais un américain de souche à savoir un amérindien. Pour couper court, ils décident de faire appel à un spécialiste de l’ethnopsychanalyse, Georges Devereux. Les premières scènes attirent l’attention et les rappels en images de la pensée et des souvenirs de l’Indien s’insèrent avec habileté. Mais bien vite et malgré la volonté du réalisateur de relancer l’intérêt du spectateur en émaillant son récit centré sur le duo malade-médecin par des séquences sur la vie de Devereux, l’ennui s’installe. On attend la résolution du problème avec impatience. Cette œuvre reste, malgré tout, attachante en ce sens qu’elle suscite réflexions et interrogations : au-delà des différences ethniques, les hommes et leurs problèmes de relations humaines (relations familiales en particuliers) ne sont-ils pas au fond issus du même moule et façonnés de la même glaise ? Reste aussi la performance des acteurs. Pour moi, Benicio Del Torro qui prononce l’anglo-américain avec un accent surprenant, est une révélation. J’ai connu des Amérindiens du Canada et cet acteur a su fort bien en imiter le comportement. Quant à Mathieu Amalric, j’ignore ce qu’il pense de son rôle, mais, à mon humble avis, c’est celui de sa vie.