Au Festival de Cannes, de façon un peu stupide, les films sont sensés représenter un pays, un peu comme aux Jeux Olympiques. C'est ainsi que, cette année, les médias n'ont cessé de nous répéter que la France avait 4 films en compétition. "Le passé", film tourné en France avec une majorité d'acteurs français et parlé en français, ne figurait pas parmi ces 4 films. Par contre, "Jimmy P. (Psychothérapie d'un indien des plaines)", tourné aux Etats-Unis et parlé en anglais, faisait partie de ces 4 films.
C'est la 2ème fois qu'Arnaud Desplechin tourne un film en langue anglaise. La première fois, le film s'appelait "Esther Kahn" et c'était l'adaptation d'un roman du gallois Arthur Symons. Pour celles et ceux qui n'apprécient pas beaucoup l'œuvre "française" du réalisateur, "Esther Kahn" est, sans conteste, son meilleur film. "Jimmy P." est également l'adaptation d'un livre, un livre de Georges Devereux, intitulé "Psychothérapie d'un indien des plaines : réalités et rêve" et qui retrace dans le détail les 85 séances de conversations entre l'auteur et Jimmy Picard, indien de la tribu des Pieds-Noirs. Dans le film de Desplechin, Mathieu Amalric joue le rôle de Gorges Devereux, hongrois aux origines juives, né Győrgy Dobó dans l'empire austro-hongrois et devenu plus tard franco-américain. Georges Devereux est considéré comme un des fondateurs de l'ethnopsychanalyse et c'est à ce titre qu'il fut appelé par le psychiatre Karl Menninger, fondateur du "Winter Veterans Hospital" de Topeka, Kansas, une clinique traitant les vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Ce qu'on attendait de Devereux, grand connaisseur des cultures indiennes : qu'il s'occupe de Jimmy Picard, un indien ayant combattu en France et souffrant de troubles divers dont les origines ne semblent pas physiques mais psychologiques. Pour jouer Jimmy, on retrouve le comédien porto-ricain Benicio Del Toro, très crédible dans son rôle d'indien à la fois physiquement impressionnant et abimé psychologiquement. Dans la discussion à but psychanalytique entre Georges et Jimmy, tous les sujets vont être abordés : la guerre, la vie familiale, les rapports de Jimmy avec sa mère et sa sœur, des femmes "viriles", avec son père, sa vie sentimentale, sa fille, ... Assez vite, se crée une véritable amitié entre ces 2 hommes à la fois éloignés et proches : tous les 2 ont pour origine des peuples connaissant le génocide dans leur chair, tous les 2 sont en quelque sorte des renégats, Devereux s'étant converti au catholicisme et Picard s'étant écarté de sa tribu. Malheureusement, le film, qui démarre très bien, devient vite très bavard, trop bavard. Malgré la belle photographie de Stéphane Fontaine, directeur de la photographie des 3 derniers films de Jacques Audiard mais également de "Léo en jouant "dans la compagnie des hommes"" de Desplechin, on a vite tendance à s'ennuyer malgré la qualité des 2 comédiens. C'est d'autant plus dommage que, à part "Windtalkers, les messagers du vent" de John Woo, rares sont les films sur les indiens devenus soldats pour les Etats-Unis. Quant aux films racontant les problèmes psychologiques d'un soldat revenant du front, on peut rapprocher "Jimmy P." de "The Master" de Paul Thomas Anderson : pas de problème, même en n'étant pas totalement convaincant, "Jimmy P." est quand même largement supérieur au consternant "The Master".