Film explicitement inscrit dans le style de la Nouvelle Vague, engagé dans une réécriture hongkongaise de Pierrot le Fou (Jean-Luc Godard, 1965) dont l’affiche habille le mur d’un logement, Nomad s’attache à deux duos de personnages qu’il ne cesse d’associer et de dissocier suivant la nécessité d’une scène, d’un décor, d’un groupe social appelant certains comportements,
allant jusqu’à les entremêler dans un lit improvisé à l’extérieur.
Ils constituent, compte tenu de leur origine sociale respective et de leurs singularités de caractères, les modèles d’un portrait de la jeunesse chinoise du début des années 80, moment d’ouverture sur la culture étrangère, notamment japonaise, avec la médiatisation de traditions ancestrales – les samouraïs, se faire harakiri… – et de chansons à la mode diffusées par vinyles. Le réalisateur s’amuse avec cette « vague rouge » qui déferle sur la Chine ; il la traite par le biais de deux genres, à savoir le polar et le film de sabres, qui se heurtent à la comédie de mœurs jusque-là adoptée, quoique perturbée par d’autres tonalités.
La liberté de ses quatre individus, leur énergie juvénile, Nomad les adopte en parti pris esthétique, s’affranchit des normes établies en captant les corps dans des mouvements imprévisibles, dénudés et éloignés de la répartition genrée ; la seule dépendance, pourtant, demeure perceptible dans l’assujettissement aux références de ladite Nouvelle Vague, tel l’entrelacs de la pensée philosophique et politique avec un ouvrage de Nietzche consulté sur un lit et une réflexion esquissée autour de la notion de société, ou de cinéastes japonais réputés pour leur transgression visuelle et morale (Nagisa Ōshima par exemple).