Theorem zero apparaît à première vue comme un ratage total, même si l’esthétique proche de Brazil vient pimenter quelque peu le décor, quoique finalement assez décevant puisque cantonné à des intérieurs sombres. Cependant, à la réflexion, Gilliam traite le néant avec une certaine virtuosité. Qohen (Waltz), un employer introverti et solitaire, s’imagine deux en parlant de lui à la première personne du pluriel et attend vainement un coup de fil qui lui révèlerait le sens de sa vie. Qohen n’a semble-t-il pas compris que la vie est un immense vide, ce fameux « theorem zero » (le néant est suggéré par le « zéro »), alors même qu’il a fait de sa vie un vide total en se coupant du monde dans l’attente de ce même coup de fil. Son employeur -qui l’exploite- lui envoie une aide en la personne de Bainsley, la charmante Mélanie Thierry, qui illumine la vie de Qohen, mais aussi et surtout le film, alors qu’il travaille chez lui sur un nouveau programme. La présence de ce personnage à la sensualité hyper développée jette Qohen dans le trouble mais ne l’attendrit pas pour autant. Pire, il finit par refuser un amour légitime et véritable sans le médium numérique. Le personnage de Bainsley n’est en fait pas le principal adjuvant de l’histoire, et c’est un ado, Bob (prénom impersonnel s’il en est) qui lui donne les clés de la réussite. Sortit de sa bipolarité, Qohen s’enquiert du sort de l’adolescent et parle à nouveau de lui à la première personne du singulier alors qu’il découvre le néant.
Le film, profondément nihiliste, amène également –était-ce le but premier de Gilliam ?- une critique sociale de l’asservissement et de son échappatoire, rendu possible par le paradis artificiel, dans un monde défiguré par la publicité et le travail. Le porno, la surveillance par caméra, les réflexions sur l’absence de vie privée (« je n’ai rien à cacher ») amènent progressivement le héro à détruire le monde numérique. Enfin, si Theorem Zero est loin d’être l’œuvre majeure de Gilliam, elle mérite le détour, serait-ce uniquement pour la prestation de Mélanie Thierry, étincelante…