Putain, je sais que ça ne se fait pas de brûler ses idoles, je n'en ai pas vraiment envie, en plus, mais là, Terry Gilliam est difficilement défendable. On le sait, entre la distribution chaotique de "Brazil", le tournage avorté de son Don Quichotte ou la mort d'Heath Ledger pendant le tournage de "L'Imaginarium du Docteur Parnassus", la filmographie du Monty Python américain n'est pas vraiment ce qu'on pourrait appeler un long fleuve tranquille. Pourtant, si les costards-cravates de l'industrie l'ont apparemment mis au rancart pour de bon ("Zero Theorem" a été filmé en Roumanie pour un budget dérisoire), il semble encore bénéficier d'une certaine aura parmi les artistes vu le nombre d'acteurs connus venus faire une caméo éclair (avec au passage encore un numéro horripilant de Tilda Swinton, ras-le-bol !) et peut compter sur un noyau de fans fidèles au sein du public. Et puis, artistiquement, Gilliam a presque toujours réussi à rebondir et à transformer ses déboires en atouts ("Brazil" qui devient avec le temps un chef-d'œuvre culte, l'échec de Don Quichotte qui se transforme en une brillante réflexion sur la création dans le documentaire "Lost in la Mancha" ou le tour de passe-passe qui fait interpréter à plusieurs acteurs le personnage d'Heath Ledger dans "Parnassus"). Qu'a-t-il bien pu alors se passer ici ? Comment passe-t-on d'un "Parnassus" joyeusement foutraque et foisonnant à un "Zero Theorem" tristement terne et vide ? Est-ce le fait d'avoir abandonné l'écriture du scénario à l'inconnu Pat Rushin ? Sur la page IMDb du bonhomme, il est indiqué qu'il a été prof en "écriture créative". Je voudrais bien qu'on m'explique ce qu'il y a de créatif à pomper sans vergogne la trame et les personnages de "Brazil". Alors oui, la dictature de la bureaucratie a laissé la place à la marchandisation des abstractions, le rêve à la réalité virtuelle... mais c'est exactement la même chose ! Les personnages se font écho d'une façon tellement évidente qu'elle en est presque gênante : Sam Lowry/Qohen Leth, Jill/Bainsley, Jack/Joby... même les deux techniciens de Central Services ont été "customisés" en clones de Management ! Tout le problème est là : c'est comme "Brazil" mais en beaucoup, beaucoup moins bien. La fantaisie paraît forcée, le production design est très moche, à des années-lumière des trouvailles de "Brazil", quant à la chanson récurrente du film (là encore, un emprunt à "Brazil"), une version easy listening du "Creep" de Radiohead, elle est à l'image de ce "Zero Theorem", toute pourrie. Grosse déception aussi au niveau de l'interprétation avec un Christoph Waltz (Christoph Waltz, merde !) absolument transparent et un David Thewlis hors-jeu. Seuls le jeune Lukas Hedges et (surtout) Mélanie Thierry donnent satisfaction. Et puis, comme si cela ne suffisait pas de voir Terry Gilliam s'auto-parodier sans sembler trop y croire au niveau de la forme, "Zero Theorem" se contente en plus d'empiler les banalités, les lieux communs et les références galvaudées sur la vie et la mort, l'être et le néant, le réel et le virtuel, l'âme et la chair... Finalement, la seule question existentielle qu'on se pose après avoir vu "Zero Theorem", c'est : "mais où est donc passé le "The" du titre original ?"