Mon film préféré. J'ai mis beaucoup de temps à m'en remettre et à le revoir tellement j'avais été soufflé. Ainsi, il est difficile pour moi d'exprimer ce que je ressens quand je le regarde ; mais je vais essayer.
Pour commencer, Terry Gilliam est avant tout un homme honnête. En effet, son film est centré sur Qohen, notre (anti-)héros ; et il va tout faire pour le respecter (
comme le montre la fin du film car le scénario original était qu'il retrouve Bainsley. Cependant, Gilliam va estimer que cette action serait manquer de respect à son personnage principal car cela voudrait dire qu'il n'accepte pas le monde dans lequel il vit et qu'il continuerait à lutter contre lui. Or, à la fin, c'est lui qui a le contrôle (de sa pensée), d'où l'intérêt de lui faire déplacer le soleil en toute fin de film.
). Car oui, cet homme névrosé est censé nous représenter nous, spectateurs, dans cet univers dystopique ; là où l'individualisme règne en maître sur Terre (à Londres dans le film). Qohen, magistralement interprété par Christoph Waltz, est censé symboliser notre incompréhension devant ce monde où le dialogue et même toute communication n'existent plus (si ce n'est par des publicités omniprésentes) comme en témoigne une soirée où chacun à son casque sur les oreilles. Cependant, ce film n'est qu'une exagération (voire une anticipation) de notre monde actuel car ces soirées où chacun met son caque existent déjà et cette situation de peur de l'autre et de manque de communication également. Terry Gilliam nous met ainsi en garde face aux dérives d'une société trop développée et numérisée : à force de pouvoir être connecté à tout, on a tendance à vite s'en lasser et donc de se renfermer sur soi-même. Qohen croit cependant en cet humain social mais, à force d'être le seul, il finit par devenir le même (
comme l'attestera la fin du film où il finit par se "digitaliser"
). Son dernier espoir repose ainsi sur le théorème zéro. Cependant, et c'est notamment là où le film est génial, il essaie de résoudre ce théorème qui démontre que "tout ne mène à rien" (
on voit bien que ça l'énerve de ne pas y arriver
) mais il a pourtant peur de réussir à le démontrer car cela voudrait dire que sa vie ne mène effectivement à rien. Car oui, en plus de croire en les qualités de l'Homme, Qohen a une obsession : savoir à quoi mène son existence. Il croit dur comme fer qu'il a quelque chose à accomplir dans sa vie (d'où les nombreuses références à la religion et
la fameuse attente du coup de fil
). C'est peut-être d'ailleurs une des raisons pour lesquelles il parle de lui à la première personne du pluriel (moi et mon objectif dans la vie).
Ainsi, dès qu'il va comprendre que son coup de téléphone n'arrivera pas, il va utiliser le "je" et les personnages gravitant autour de lui vont du coup moins bien aller : Qohen est également devenu un "individualiste" (même si ce n'est pas aussi fort qu'un égoïste). De fait, il préférera finir dans un monde où il se sent bien et où il a le contrôle (via le simulateur de réalité virtuelle) : son esprit, ce dernier étant apaisé de par finalement la "simplicité de la vie". Car oui, l'objectif de la vie, étant donné que nous n'avons pas une mission précise, c'est tout simplement d'être heureux. Et Qohen est heureux sur une plage avec un soleil couchant. Cette conclusion peut s'avérer simpliste et niaise, mais c'est également celle de certains philosophes comme le courant eudémoniste.
Au-delà du scénario et des interprétations possibles, les acteurs sont tous incroyables (mentions spéciales à Tilda Swinton et Mélanie Thierry, avec un anglais impeccable) et la musique est juste sublime (alors que j'ai en général du mal à retenir les BO, à un point que je n'y prête même pas attention parfois). Enfin, malgré la consistance du film, ce dernier se permet de faire plusieurs blagues, et qui font mouche (
le panneau en forme de croix, le clone mettant sa cigarette dans son chapeau et surtout le speech de Bob sur "l'élu" où je commençais à me dire "non c'est pas vrai ils n'ont pas osé faire ça quand même ?", excellent
).
Enfin, j'aimerais revenir sur la critique en général qui assimile ce film à un Brazil 2.0.
Alors oui, on retrouve dans la forme un certain nombre de similitudes (ce n'est pas pour rien que Brazil est mon deuxième film préféré) plus ou moins grandes (un homme perdu dans une société qui le dépasse, des personnages qui l'aident, une entité surpuissante) et des clins d'oeil au niveau des personnages (
les clones font penser aux plombiers, surtout que ces deux duos sont signe de mauvais présages, et la livreuse de pizza peut nous rappeler la messagère qui chante
).
Cependant, dans le fond, comme l'a dit un autre critique sur ce site, Brazil est une anticipation politique sur l'autoritarisme et la bureaucratie alors que The Zero Theorem traite de l'existentialisme et de la finitude de l'homme.
De plus, comme je l'ai écrit plus haut, Qohen "accepte le système" à la fin alors que Sam Lowry finit par se rebeller.
En tout cas, ce n'est en aucun cas un film "vide" comme j'ai pu (trop souvent) le lire et, comme l'a également écrit un autre critique du site, cette note globale très moyenne aurait très bien pu être attribuée à Brazil si ce dernier était sorti aujourd'hui.
Pour conclure, je pense que nous avons de la chance d'avoir des réalisateurs comme Terry Gilliam car ce genre de film est à la fois une réflexion sur notre existence à nous, individu, et notre but dans le vie ; mais également sur la société actuelle et ses défauts (à corriger). Car finalement, si nous avons un but dans la vie, il paraît primordial que ce but requiert une relation entre l'individu et notre société. Ainsi, et malgré notre monde hyper-connecté, rien ne remplacera l'échange en bon vieux tête-à-tête (
il n'est pas trop tard pour qu'au lieu d'être sur une plage paisible dans notre esprit, nous soyons sur cette plage paisible dans la réalité
).