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Eowyn Cwper
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1,5
Publiée le 1 octobre 2015
Il est parfois difficile de comprendre que Fassbinder ait accédé à la reconnaissance avec ce genre de films. Si celui-ci est de l'art, alors le premier film venu en est et toute appréciation objective s'envole dans les limbes de l'inutilité. Il est lent. Les gros plans sont laids et exhibent les larmes de crocodile d'acteurs sans aucune conviction dans leur rôle. Seul le personnage principal a un certain charisme mais il n'a rien de mystérieux : on le perce à jour au premier coup d’œil et dès lors, la fin est transparente. Si tous ces aspects n'avaient pas déjà fait pencher la balance de l'appréciation dans le rouge, alors il aurait été acceptable que les lieux soient laids, voire anonymes. Mais ce n'est qu'un poids en plus du même côté : l'anonymat semble être le pilier de l'ennui de ce film. Si on doit y trouver une qualité, c'est la représentation sarcastique de l'hypocrisie sociale.
RW Fassbinder, cinéaste allemenad des années 70 est un orfèvre de la narration sociale de son pays. L'histoire de ce marchand de quatre saisons est celle d'un allemand de quarante ans, ancien légionnaire, qui se touve diminué à la suite d'un infarctus. Comment survivra-t-il à ce déclin physique, et à ce sentiment de dévalorisation que lui renvoie sa société ? Marié à une grande et belle femme, il sait que les gens remarque surtout leur différence de taille, première désapprobation visuelle. Sa femme, sorte d'icône à la Modigliani, a un regard vide. Mais derrière cette façade rigide se cache le poids de la réussite allemande. A sa sortie d'hopital il doit continuer à assurer le train de vie de son ménage, aussi il embauche un homme pour le remplacer comme marchand itinérant. Ce dernier a été, à son insu, un bref amant occasionnel de son épouse. RWF filme avec peu d'effets les troubles suscités par l'obligation de réussir dans une société allemande dominée par les femmes, garantes de l'ordre moral et de la pérennité affective. L'érotique scène de nu où elle trompe son marie évoque le conflit intérieur éprouvé par les protagonistes. Elle éprouve du plaisir mais se sent coupable au yeux des autres (sa fille). Cette façon de filmer les objets symboliques (la croix), ou les lieux sociaux (café, repas en famille, hopital) indique clairement l'importance de ces influences sur le destin de ces personnages. Ce sont les femmes qui décident, affirme l'auteur, son épouse l'a choisi, c'est elle qui décidera qui sera son remplaçant. Lui perd peu à peu tout désir comme le montre la scène avec son véritable amour qui lui demande, alors qu'elle s'est dévêtue, de venir s'allonger auprès d'elle. Cette scène renvoie explicitement à la pose triste des tableaux de Modigliani, un corps sans envie. Ayant perdu goût à l'existence (l'innocence perdu chère à Modigliani), il décidera de sa propre mort devant ses amis réunis dans une salle de café. Malgré son style daté, ce film ne manque pas d'intérêt, au contraire il illustre très habilement la société allemande de cette époque, où le poids du destin et des obligations scoiales est omniprésent. Il revisite les archétypes des personnages de cette société pour critiquer le rôle de l'influence sociale (la femme, l'amant, la famille, l'ami, l'enfant, le travail, l'argent). Ce marchand, en sursis de vie car il a été sauvé d'une mort certaine par son ami légionnaire, accepte son rôle de perdant, ainsi en a décidé la société qui assiste à son suicide sans intervenir. Cette société l'accepte d'autant plus facilement qu'il ne peut plus travailler. Sa femme pleure mais reprend rapidement la direction des opérations car elle a une fille à élever. C'est simple mais efficace et constitue une agréable surprise. A voir, en VO bien sûr (merci Arte), pour sa très agréable façon de filmer, son très bon scénario et sa belle mise en scène.
Un fassbinder a moitié raté: la premiere heure nous témoigne du grand talent de son réalisateur cependant la derniere demi heure sombre "le marchand des 4 saisons" un peu dans le ridicule et dans la demonstration facile.
Reste le début,et l'acteur principal, tous deux excellents.