Quiconque ignore qu’Otto Preminger se trouve derrière la caméra pourrait songer, l’espace de quelques minutes, que Bunny Lake a disparu est un énième film de kidnapping. Bien entendu, le sous-entendu est suffisamment fort : le spectacle auquel nous convie le réalisateur est au-dessus de toute attente. Et de toute manière, Laurence Olivier au casting a souvent été synonyme de surprise. Souvenez-vous, Le Limier, Rebecca… Ces longs-métrages qui se jouent de vos nerfs. Qui ne vous lâche qu’à la toute dernière seconde, si ce n’est au-delà. Bunny Lake a disparu est en effet de ceux-là. Porté par une Carol Lynley on ne peut plus présente – brillamment secondée par Keir Dullea –, l’engouement qu’a la mère pour retrouver son enfant (ce qui, en soi, n’a rien d’étonnant je pense…) ne tarde pas à embarquer le spectateur au cœur d’une enquête mémorable, où s’enchaîneront de multiples rebondissements. Dès lors, il n’est plus seulement question d’un simple film policier, mais plutôt d’une direction de spectateurs grandiose et véritablement efficace. À tel point que, passé la moitié du long-métrage, on peut se sentir ridicule d’avoir espéré, l’espace d’un instant, imaginer un éventuel dénouement, un éventuel coupable. Parfois même, la silhouette bien en chair d’Alfred Hitchcock semblerait veiller sur Preminger, le guidant ainsi jusqu’à une scène finale où l’impression d’avoir assisté à un film du Maître persiste. Scène finale dans laquelle on ne sait plus où donner de la tête. Scène finale emplie de folie. Scène finale schizophrénique. Un moment de cinéma très intense qui parvient à faire frissonner à de nombreuses reprises. Tel est le pouvoir de Bunny Lake a disparu, où l’orchestration d’une telle manipulation atteint des sommets de maestria. Le tout dans une perfection esthétique stupéfiante – du début à la fin –, qui rappellerait presque L’Inconnu du nord-express, en encore plus magnifique. Une fois les méandres du labyrinthe mis à découvert, le spectateur laisse échapper un « ouah » de surprise, se vidant petit à petit de l’adrénaline accumulée au cours de la dernière heure.