Sorti en juin 1936, The 39 steps (titre français : Les 39 marches) est certainement l’un des films britanniques d’Alfred Hitchcock les plus aboutis.
Tout débute par un spectacle où un homme aux facultés mnésiques élevées répond aux questions de l’audience. Soudain, des coups de feu sont tirés, précipitant la foule à l’extérieur. Dans la rue, une jeune femme demande à l’un des spectateurs (Richard Hannay) si elle peut venir chez lui (proposition particulièrement incongrue dans la première moitié du XXe !). A son appartement, elle lui avoue être un agent secret travaillant pour le gouvernement britannique, et être filée par une organisation terroriste dont deux membres la guettent effectivement de la rue. Dans la nuit, elle surgit dans le salon où dort son hôte, et lui montre une carte où est entouré un lieu-dit en Ecosse, avant de s’effondrer, un poignard planté dans le dos. Débute alors pour Richard Hannay de nombreuses péripéties pour résoudre l’énigme : fuite pour échapper aux autorités qui le pensent déjà coupable du meurtre, recueil par un couple dissonant où il jettera le trouble, rencontre avec le chef de l’organisation terroriste, nouvelle fuite où il entraîne malgré lui une Pamela aussi convaincue de sa culpabilité, puis un retour dans une nouvelle salle de spectacle où le monsieur Mémoire intervient de nouveau, révélant le secret des 39 marches…
Les 39 marches est incontestablement une réussite. L’intrigue est bien ficelée, alliant rebondissements et peu de longueurs. Hitchcock comme à l’accoutumée use de procédés innovants (par exemple le cri de la bonne qui découvre le corps poignardé est remplacé par le sifflement du train à vapeur, assurant la transition entre deux scènes différentes) et symboliques (telle la statue de l’appartement pointant la fenêtre ouverte où le vent s’engouffre après le meurtre de l’agent secret). Si le réalisateur se plaît à créer régulièrement à un sentiment d’inconfort ou d’insécurité chez le spectateur, ce n’est pas vraiment le cas ici, même si les effets de surprise sont bien présents (le paroxysme étant sans doute la révélation de l’identité de l’homme à l’auriculaire raccourci). L’humour se fait plus rare, et se concentre sur les scènes du train (où des vendeurs de lingerie échangent devant un religieux) et de la chambre d’hôtel où Richard Hannay est menotté à Pamela ; cette dernière scène aura d’ailleurs une dimension érotique qu’il avait assez peu exploitée auparavant (si ce n’est sur son premier film The lodger).
Le réalisateur exploite donc de nouveau la trame de l’innocent que tout accuse et qui va devoir par ses propres moyens lever le voile sur le vrai coupable. Le film se regarde avec intérêt ; très rapidement le spectateur est pris dans l’histoire et a envie de connaître la suite des évènements. Un excellent Hitchcock donc, la tension du suspens en moins.