Il convient de souligner très vite à quel point ce western est atypique. Rien de caricatural ou de déja vu ici : le protagoniste ( campé par un Robert Redford flamboyant) est capable de la pire cruauté comme de la plus touchante tendresse envers ceux qu’il rencontre en chemin. Il en est tout autant ( pour le caractère singulier du film) de la mise en scène et du scénario, très cynique et à contre courant des western dits « classiques » où plans statiques et héroïsation du personnage principal sont légion. S’amorçant très vite comme un voyage initiatique en pleines montagnes hostiles et enneigées, on en viendrait à croire que la routine est inévitable et que Robert finira par trouver ce qu’il recherche ( la paix, la gloire, l’aventure ?). Que nenni. Comme le chantonne la jolie et entraînante BO, « Il cherche en vain, sans trouver » - ma traduction est pathétique oui-. Et le spectateur lui même n’est plus sur de ce qu’il recherche. Ce projet déroute par de nombreux aspects : ses allers retours, ses paysages vastes et inhospitaliers, ses scènes de combat intenses et crues, ses êtres humains vils, sauvages, débrouillards et parfois fous à lier, qui vont se heurter à un américain pur sang prêt à tout pour goûter à l’inconnu, son ironie qui n’est pas sans rappeler un certain courant italien de la même époque... Et c’est sans compter sur ce cher Redford qui rayonne en trappeur de l’extrême, auquel la vie ne fait aucun cadeau... d’où peut être la plus grande force du film : son pouvoir d’identification. Toute personne sur terre poursuit un ou plusieurs buts, à un moment au moins dans une vie. Jeremiah Johnson désire s’évader. Mais à chaque occasion qu’il a de s’épanouir, il est rattrapé par la réalité. Mariage, vol, meurtre, interdictions, aléas, la nature entière semble s’effondrer sur le protagoniste, lequel parvient à garder ( le plus souvent ) la tête froide et à surpasser sa condition d’homme traqué/maudit. Cette même nature qui est filmé avec tant de délicatesse et paraît si somptueuse, quand elle est en fait terriblement hargneuse envers celui qui pénètre sur son territoire sans prévenir et sur un apparent coup de tête. Rajoutez à toutes ces considérations une mise en scène à la fois rigolote, curieuse et brutale, ainsi qu’un sound mix/editing travaillé, et vous obtenez ce bijou inclassable qui n’a rien à envier à des Leone ou Corbucci.