Plus long que "24 heures", mais tout aussi conceptuel (un truand kidnappe un flic pour une garde à vue de 96 heures - la durée maximum - le tout filmé en 96 minutes !), moins speed que "48 heures", mais beaucoup moins drôle aussi, le nouveau long-métrage de Frédéric Schoendoerffer n’aura pas le prix du titre le plus orignal. Pas celui du meilleur scénario non plus, quoiqu’il produise son lot de rebondissements et son petit twist final. Marrant comme Schoendoerffer, pour se distinguer des films de son père, a choisi de renouer avec le cinéma de papa : Deray, Ventura, les polars qualité France, les bonnes vieilles toiles du samedi soir... Au moment précis où nous arrive "True Detectives", une série qui rivalise avec la meilleure littérature, s’impose même comme une littérature, en questionnant grave le cinéma de genre, sa capacité ou pas à inventer de nouvelles histoires, voilà qu’on continue chez nous à servir le même brouet, les sempiternelles mêmes recettes, la mythologie flic/truand et ses partoches faciles, calibrées pour duo au sommet. Gérard Lanvin et Niels Arestrup s’affrontent donc sans surprise : le taiseux viril et l'ultra-méchant doucereux. Ils sont bien, et ce n’est pas le problème. Le problème est que tout ça est terriblement daté. Schoendoerffer essaie bien de faire du neuf avec du vieux, de chiader un peu sa mise en scène, pour le meilleur (un incroyable plan d’hélico sur la terrasse de la maison, où Niels Arestrup apparaît soudain comme le capitaine d’un navire lancé à l’assaut de la forêt) et le moins bon (prologue et épilogue en très gros plans - sorte de parenthèse abstraite, où les mots eux-mêmes deviennent flous…). Tout à son découpage, il en oublie d'ailleurs souvent la direction d’acteurs. Heureusement Laura Smet est là, qui réussit à faire d’un personnage très théorique un être de chair et de larmes. Elle est bien la seule.