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Un visiteur
3,5
Publiée le 27 juillet 2014
Il s'agit là d'un film relatant d'un "retour" d'un jeune soldat américain du front lors de la première guerre mondiale. Le scénario est spécial et pourtant bien ficelé. Entre délire du soldat et "délire" de cette "grande guerre", Certaines scènes permettent de mieux comprendre la souffrance du soldat ainsi que celle des milliers d'autres, là est toute la qualité du projet. A voir.
Le râle asséché d'un tambour blessé rythme la démarche mécanique d'une flopée de soldats décidés à en découdre ; leurs bottes s'enfoncent dans la glaise sanglante du front, écrabouillant du talon leur destinée funeste, Johnny fonce tête baissée contre le corps de cette jolie fille au regard azur, salé comme un sorbet de larmes ,transperçant les ténèbres à bord d'un train assiégé de fantômes... La caméra économise ses forces, en totale symbiose avec le corps déchiqueté du jeune combattant voué à l'immobilité ; au fond de la tranchée crânienne , branle-bas de combat! L'armée des rêves piétine avec splendeur souvenirs émaciés et autres pensées décharnées .. Lorsque doucement des lèvres se posent sur le torse vibrant du petit soldat de plomb, la nature reprend ses droits, envahissant sa chair de pulsations d'insectes, noyant ses membres dans les doux rayons d'un astre oublié. Le travail sur la lumière est hallucinant : jeu d'ombre et de clarté, coloration changeante, l'objectif pour unique champ de vision, témoin intransigeant de cette croisade contre l'interdiction de mourir. La jeune voix de cet enfant de guerre résonne à chaque plan, guidée par une musique onirique aux rythmes tendus, cognant ses échos furieux contre les murs de sa prison, plus seulement corporelle, tremblements de l'âme à jamais condamnée.
Le cinéma est souvent politique, soit en tant qu'instrument de propagande, soit comme ultime outil de lutte libertaire. "Johnny got his gun" appartient à la mythologie des films pacifistes. Tourné dans ces années de contestation contre la guerre du Vietnam, il dénonce avec une violence insoutenable le choix conscient fait par les gouvernent d'envoyer à la mort de jeunes soldats pour défendre des idées; patrie, honneur, démocratie, qu'importe. Pour dénoncer l'absurdité de la guerre, Dalton Trumbo choisit de tourner un film qui allie un réalisme effrayant et des scènes complètent découpées de la réalité dont le cynisme détruit tout discours et construction belliciste. On se dit qu'il y a beaucoup de références à Buñuel et que le cinéaste est un élève brillant du maître de l'absurde. On apprend ensuite qu'en réalité Buñuel a effectivement travaillé sur le film. Ce chef d’œuvre décrit dans le détail le calvaire d'un soldat des tranchées, qui a tout perdu, ne reste qu'une tête sans yeux, sans bouche, sans nez, sans oreilles, sur un tronc sans bras ni jambes. La tragédie qui se joue en noir et blanc dans un recoin d'hôpital entre le blessé, les infirmières et les officiers responsables est entrecoupées de flashbacks et de sketches à l'humour corrosif, notamment avec un Jésus-Christ compatissant mais totalement impuissant face à la violence des hommes, qui souligne l'horreur de tels massacres perpétrés contre d'innocents garçons. En cette année d'anniversaire de cette guerre qui devait être la "der des der" et qui ne fut que les prémices d'un siècle de violences démesurées, ce film exceptionnel mérite très largement le déplacement vers le si parisien Cinéma Christine. A bientôt dans les salles.
Un film non pas de guerre, mais sur la guerre et contre la guerre, d'une intensité rare,puisant toute sa force dans le récit des angoisses et des espoirs éphémères du protagoniste.Une maîtrise absolue dans la réalisation, la photographie, mais aussi dans la manière dont les sujets aussi délicats soient-ils, sont abordés.Un chef d'oeuvre, nécessairement sombre!
Pfiou la claque! Un chef-d'œuvre d'intelligence et d'engagement militant. Anti-guerre, anti-militariste, euthanasie, prise en charge des blessés de guerre, anti-colonialiste (passage très court avec les indiens d'Amérique). Adapté d'un roman publié en 1939 et réédité en 1945, sa sortie au cinéma en pleine guerre du Viet-Nam et dans la mouvance des manifestations peace and love en font un symbole de la lutte contre l'absurdité des conflits. Un chef-d'œuvre, tout simplement.
Dûr et beau, émouvant et révoltant, incroyable mais vraie. Cette histoire, ce film fait froid dans le dos. Cet homme tronc à la recherche de la moindre chaleur humaine qui communique uniquement par la pensée restera pour moi un gros morceau de cinéma. Humaniste et dénonçant violamment la guerre, "Johnny got his gun" démarre fort et termine très fort, trop fort même pour ce qui est une des conclusions les plus effroyables que le septième art ai connu. En un mot marquant. A voir ne serait-ce que pour son sujet toujours d'actualité malheuresement, l'euthanasie !
Loin de n’être qu’un pamphlet contre la guerre, "Johnny s’en va-t-en guerre" est un magnifique film sur la vie. C’est en effet par la perte de l’ensemble de ses facultés que le protagoniste va vivre un voyage intérieur et accéder à la compréhension de ce qui fait la beauté de l’existence. Il y a un décalage pétrifiant entre les scènes de rêves et souvenirs et celles situés dans le présent : les premières portent une grande attention à la nature, aux sentiments, aux dialogues, ou à la spontanéité en général (cf. les magnifiques scènes d’introspection surréaliste) tandis que les autres sont sombres et immobiles. On ressent néanmoins la puissance de l’énergie vitale malgré le handicap lorsque Joe exulte au moindre détail qui déroge à sa routine : une indication chronologique, une larme, une caresse, un rayon de soleil, des pas qui résonnent dans le couloir, tout est prétexte à retrouver la joie de vivre qui l’animait auparavant. Aussi comprend-on parfaitement l’extase qu’il connaît lorsque son infirmière adorée parvient à communiquer pour la première fois avec lui, séquence bouleversante. Ce sont surtout les allers-retours entre passé et présent qui apportent de l’émotion : la simplicité de la vie de Joe avant l’accident rend encore plus déchirante sa condition actuelle. Quand on voit son corps mutilé reposer sur le lit, on se souvient qu’il a autrefois été un homme ; quand on le regarde mener son existence antérieure, on garde à l’esprit le destin qu’il connaîtra. Une étreinte entre père et fils dans le noir, un dialogue hanté avec une prostituée ou deux corps amoureux allongés côte à côte sur un matelas, l’un écrasant l’autre par sa taille, autant de scènes qui sont sublimées par le simple fait qu’elles soient des manifestations de la vie. Les relations entre humains sont abordées avec la même sensibilité que dans "Solaris", film postérieur d’un an et qui saura lui aussi conserver le silence lorsque l’amour doit exploser. Le scénario est profond et excellemment écrit – les conversations avec Jésus sont à ce titre d'une grande intelligence –, la mise en scène est magnifique et "Johnny s’en va-t-en guerre" est l’un des plus beaux films que j’aie eu l’occasion de voir.
Un film poignant, dense et profond en forme de manifeste pacifiste. Après avoir édité son livre en 1939, Dalton Trumbo récidive avec la mise en image de celui-ci en plein guerre du Vietnam et encore une fois, le coup de poing est immense et touche en plein cœur. Le film met en scène un héros au départ naïf et innocent qui se retrouve seul face à soi-même et met à rude épreuve sa foi en Dieu et en l'homme. L'histoire est déchirante et le héros est d'une sensibilité et d'une justesse totale, ce qui crée une immense empathie et donc une émotion permanente. Visuellement, le film est à la fois superbe et moderne : le jeu du noir et blanc et de la couleur est une vraie réussite, et le cinéaste jongle avec merveille entre rêve, souvenir et réalité. Parfois totalement surréaliste et onirique, le film nous ramène toujours bien vite à une réalité cruelle et crée systématiquement le choc grâce à ce jeu d'aller-retour qui secoue forcément. Au-delà de sa dénonciation bien évidente de la guerre, le film se veut une mise à l'épreuve de la foi, et également une interrogation sur la valeur de l'Homme, son libre-arbitre et la surdité de la morale face au désespoir. Le tout est magnifiquement écrit et interprété avec grâce par un Timothy Bottoms touchant, avec une mention spéciale à Donald Sutherland, drôle et très juste. A noter, et il est assez rare pour le souligner, un doublage français réussi.
un des film les plus marquant de ma vie ! Johnny un soldat que l'on aurait pas du sauver , par bonté ! A part les scènes en couleur , qui nous rappelle son histoire, c'est surtout le film sur son calvaire dans son corps mutilé et souffrant (scènes en noir et blanc) Pour moi c'est le film le plus antimilitariste qui soit , car il ne parle pas que des dégâts de la guerre et des atrocités de l'armée pendant la guerre , mais même après, avec ce soldat que l'on soigne mais que l'on aurait pas du sauver et surtout à la finspoiler: quand il ne lui reste que la chaleur du soleil sur sa peau pour faire la différence entre la nuit et le jour, on le cache.
Poussée l'infamie jusqu'à cacher un infirme de guerre car l'infirmité pourrait nuire à la vision que l'on se fait de l'armée ! C'est un film qui met en colère contre la cruauté et la bêtise pourtant avec cette infirmière on a de l'espoir tout au long ,elle se dévoue totalement pour ce soldat, sa compassion l'amènerait à l'euthanasie si... Le film monte inexorablement vers l'horreur et pourtant entrecoupé par l'espoir que nous donne cette infirmière et par le moral d'acier de ce soldat qui arrive à se raccrocher toujours à cette lueur d'espoir. C'est un film à part car il nous parle de notre condition humaine , quand nous n'avons plus de pouvoir sur nous et c'est dans cette interrogation que le film nous laisse !
Je suis ennuyé pour noter ce film car oui le propos du film est d'une grande intensité mais la forme devient très vite lassante. Le réalisme mêlé à l'absurde ou l'inverse, de temps en temps sa marche d'autres fois non, en l’occurrence il s'agit de point de vue ou de sensibilité au sujet de ce film. A noter tout de même le travail intéressant entre le noir et blanc et la couleur. Oui pour le propos et le message du film, Non pour la forme de celui-ci.
Incroyable histoire que celle de ce soldat qui finit "en boîte" en hurlant un désespéré "S.O.S. aidez-moi" à la fin, Film touchant oscillant entre la couleur, lorsque notre héros conte sa vie, et le noir/blanc, quand il se retrouve coincé dans son lit. Dur mais tellement réaliste. A voir absolument.
Durant la Première Guerre mondiale, un jeune soldat américain est très grièvement blessé par un obus. Entouré de médecins décidant de le sauver à tout prix, on comprend très vite que le sort réservé par le corps médical dépasse largement l’entendement et la prise en compte de son bien être. Ce film coup de poing, voire coup de poignard, est l’œuvre de Dalton Trumbo qui réalise ici son premier et dernier film à 66 ans. Le gars n’est pourtant pas un « bleu », il est un scénariste de renom à Hollywood pour avoir travaillé avec Franck Capra, Otto Preminger, George Roy Hill, Stanley Kubrick,… et écrit les scénario de très grands films dont « Spartacus », « Exodus », « Papillon »,… Son projet est de mettre en image son propre roman « Johnny got his gun ». Ce roman, profondément anti militariste, sortira deux jours seulement avant le début de la 2nde guerre mondiale et fera grand bruit. Ce film, sorti en 1971, au cœur des mouvements anti militaristes des 70’s contre la guerre du Vietnam ; il deviendra l’étendard des pacifistes. Le propos est donc intemporelle c’est ce qui en contribue à en faire un chef d’œuvre. Trumbo essuya de nombreux refus de grands studios ne trouvant pas le projet viable malgré l’appui du grand Luis Buñuel, un producteur indépendant croira en ce film ; heureusement pour nous. Il fût un des événements cinématographiques de l’année 1971 ; Grand Prix du Jury et Prix de la Critique au festival de Cannes. Il est donc très injustement peu connu du spectateur lambda. Pourquoi donc ? Peu de film afflige une telle torture mentale aux spectateurs, l’horreur psychologique atteint un niveau rarement vécu au cinéma. Le malaise du spectateur n’est que le relais de la torture psychologique vécue par le personnage principal. La force de la réalisation réside en partie dans la sobriété et la pudeur du traitement: aucune goutte de sang ; aucun plan écœurant sur les mutilations ; aucun renfort de musique larmoyante ; juste la voix-off de Johnny exprimant ses souffrances, la découverte progressive de son état, ses sensations et quelques trop rares moments de joies ;… Glaçant. Pour renforcer le malaise, Trumbo s’appuie sur un procédé artistique habile : la couleur sera réservée aux pensées et souvenirs de Johnny ; le noir et blanc à la dure réalité de sa condition, un tourment intérieur sans fin. Dans les pensées de Johnny, on voie très bien que les souvenirs et les pensées se brouillent le temps passant. Il en appelle aussi à Dieu ce qui donne des scènes surréalistes où il rencontre le Christ. Trumbo passe le spectateur à la moulinette jusqu’à la dernière minute, on a rarement autant souhaité la mort du personnage principal d’un film qu’ici. Considéré comme un film anti militariste majeur mettant l’accent sur l’absurdité de la guerre, il est donc aussi un plaidoyer pour l’euthanasie. Mais pas seulement, ce film d’une richesse extrême pose aussi la question de la conduite parfois cynique du corps médical ; de l’hypocrisie de la religion à travers l’intervention de Jesus dans les pensées de Johnny… Très proche de Kubrick, lui aussi fervent anti militariste, Trumbo reste moins dans les mémoires que son collègue réalisateur de « Les sentiers de la gloire » et « Full metal jacket » ; quelle injustice ! Ce film est un tel électro choc et tellement plus dur. Rarement œuvre cinématographique a été aussi déchirante et pessimiste jusqu’à la fin où Trumbo démontre en affichant des chiffres de pertes humaines qu’il est bien plus facile de glorifier des millions de soldats morts pour la patrie devenus des héros que des blessés tenus à l’abri du regard et coupés du monde. Un film indispensable exclusivement réservé à un public averti et bien armé à recevoir une telle claque.
Un chef-d'oeuvre, totalement atypique et unique, d'une force dénonciatrice rare, qui nous expose sans détour (mais avec intelligence et subtilité) toute l'absurdité de la guerre, le tragique sacrifice de l'innocence et la cruauté du genre humain. Pièce maîtresse du Cinéma Américain des années 1970, "Johnny got his gun", d'une intensité et d'une maîtrise inouïes, reste toujours un choc indéniable en même temps qu'une des oeuvres majeures contre la guerre (à classer aux côtés de "Apocalypse Now" et "Full Metal Jacket"). Dur et marquant, mais désespérément beau et nécessaire.
Dalton Trumbo,mis au banc des accusés lors de la chasse aux sorcières du Maccharthysme,put enfin tourner l'adaptation rêvée de "Johnny s'en va t-en guerre"(1971),roman datant de 1939,et très avant-gardiste en ce qui concerne l'anti-militarisme. Il s'agit d'un mélodrame immobile,s'attardant sur la torture psychologique d'un jeune soldat,amputé des 4 membres,et de 4 de ses 5 sens(seul le toucher lui reste). Des années durant,il reste en tant que cobaye sur une table,recouvert d'un drap,sans aucune perspective de sortir de là,ni que quelqu'un mette fin à sa souffrance. Le film est un véritable réquisitoire en faveur de l'euthanasie. On souffre physiquement avec Timothy Bottoms. On est révolté,révulsé. On a envie que le héros soit libéré. Et pourtant,aucune image-choc à l'horizon. Seulement les pensées intérieures et cette table d'opération en noir et blanc. Pour faire contrepoint,Trumbo alterne avec des scènes fantasmées ou rêvées en couleur. C'est ainsi qu'on apprend la stupidité d'un père préférant ses cannes à pêche à son fils,ou d'une armée totalement inconséquente. Dommage que j'ai été si peu sensible à la forme.