Winter Sleep
Note moyenne
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246 critiques spectateurs

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Jorik V

1 363 abonnés 1 952 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 24 août 2014
La durée au cinéma n’est pas forcément un problème et de prime abord les plus de trois heures que durent la Palme d’Or 2014 ne doivent pas être un frein. Des chefs-d’œuvre comme « Titanic », « La Ligne verte » ou plus anciennement « Autant en emporte le vent » avaient des durées similaires car l’histoire le nécessitait. Ici, c’est le cas aussi car le réalisateur entend autopsier certaines caractéristiques de l’homme, sonder sa psyché, son comportement, sa morale. Vaste programme. Pour cela il choisit, le huis-clos hivernal au sein d’un hôtel en Anatolie (Turquie) avec à peine une dizaine de personnages et ponctué de longues confrontations verbales. Cette austérité est osée et à saluer surtout que le réalisateur sait mettre en scène ces joutes très théâtrales. Champs, contrechamps, clairs-obscurs, longs plans-séquence, toute la grammaire du cinéma est là et bien utilisée et supportée par des acteurs brillants. En bref, esthétiquement c’est beau à regarder. Et le turc Nuri Bilge Ceylan évite l’excès contemplatif qu’on pouvait lui reprocher sur ces précédents films. Alors qu’est-ce qui cloche me direz-vous ? Et bien on sort de là abasourdi par des tunnels de dialogues verbeux parfois passionnants, mais souvent très chiants sur la condition humaine sans qu’il n’en ressorte rien. Quel est vraiment le point de vue du réalisateur sur la Mal, l’oisiveté, la conscience, le don et tant d’autres thèmes abordés ? A moins que le film décante avec le temps tout cela semble brouillon et finalement très long et soporifique. Les pièces du puzzle se mettent mal en place et trop de thèmes sont abordés. L’année précédente, à Cannes, un film sublime avait abordé moins de thèmes et les avaient magnifiquement digérés. Il s’appelait « La Grande Bellezza » et il était reparti bredouille. Louez plutôt ce classique que de vous triturer les méninges pendant trois heures à l’heure de la sieste et de lutter pour ne pas vous endormir.
pierre72
pierre72

162 abonnés 367 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 24 août 2014
Les obstacles qui empêchent de se rendre au cinéma voir la dernière palme d'or du festival de Cannes sont nombreux. L'idée de s'enfermer plus de trois heures, un jour de beau temps, dans une salle climatisée à fond comme pour mieux nous faire ressentir l'hiver glacial du film, nous faisant louper soit une après-midi de farniente soit une soirée d'été agréable entre amis amènent à penser que les distributeurs de ce film jouent un coup de poker. Et si quand on rajoute un sujet très psy et un label "Cannes" synonyme quand même d'élitisme, le pari de cette sortie estivale n'est pas gagné !Ayant trouvé un créneau convenable pour déguster le nouvel opus de Mr Ceylan, je suis ressorti, il faut bien le dire satisfait et la tête pleine d'images et de questions. Tout d"abord, je n'ai pas du tout eu l'impression que le film durait 3h16. Je ne dis pas par contre que le spectateur habitué à voir Spiderman ne sortira pas avant la fin ou ne trouvera pas que cela dure une éternité, car "Winter sleep" est quand même un film qui en impose par sa lenteur au service d'un propos de haute volée. Mais chapeau au réalisateur /scénariste pour nous intéresser, nous captiver durant tout ce temps avec un enfant aux yeux froids, un hôtelier retiré du monde, sa femme qui joue les dames patronnesse, sa belle soeur désoeuvrée et un imam obséquieux. A la beauté incroyable des plans extérieurs se rajoutent une maîtrise imparable pour capter de longues séquences de dialogues en intérieur. Malgré l'éloignement géographique et culturel de ces personnages, le propos est infiniment universel. Je défie quiconque ayant un tant soit peu de sensibilité de ne pas se sentir concerné, se reconnaître un tout petit dans ces escarmouches intimes, résultat d'une longue macération de multiplesrancoeurs que ces hommes et ces femmes ont retenu depuis bien longtemps semble-t-il. Certes cela reste du cinéma bourgeois, à la mode Bergman, guère novateur, mais l'écriture tout en finesse, la maîtrise parfaite du cadre et une imparable envie de forcer le spectateur à s'interroger, à faire résonner en lui toutes ces interrogations philosophiques ou métaphysiques, font que l'on ressort la tête emplie de questions et les yeux encore éblouis par la beauté de certains plans. Un peu plus sur le blog
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 24 août 2014
Très beau film sur les intentions humanistes et les décevantes réalités liées au concret comme au temps qui passe ; si l’enfer, c’est un peu les autres, ici, l’enfer, c’est un peu tout le monde et personne ne le réalise vraiment. La distanciation des existences, cruelle, patente mais lente des Êtres entre eux tue toute énergie pour s’en échapper, retenant les concernés dans une gangue commune irrespirable dont personne, malgré la douleur obsédante et permanente, ne souhaite réellement s’échapper. Faire du bien autour de soi est une vaste entreprise qui se retourne aisément contre vous, le nœud est gordien dans cette famille, autant dans sa façon de fonctionner physiquement que psychologiquement. En relief est souligné l’égoïsme comme la générosité mal placée.Le film aboutit finalement à la mise en avant des névroses, des échecs en autant de grottes troglodytes que l’âme humaine peut elle-même (en) receler. A l’image de ce cheval (parallèle avec la moto) pas ou plus vraiment fait pour lui, la vaillance (même sexuelle) n’est plus tellement pour le héros autocrate se voulant rusé et policé mais au final peu crédible, en témoigne ce lapin tué qui symboliquement oblige tout magicien, même des mots, à tomber le masque. Il l’achève comme il achève ses dernières espérances de dignité. Il n’est finalement qu’un pauvre hère ridicule qui erre et qui s’accroche, se croyant riche mais pas au point de pouvoir changer la rigueur du temps (climat familial, décrépitude…).Et si la vieillesse, le déclin, n’était finalement qu’une réalité niée que nous souhaiterions inconsciemment, ardemment et de façon ambiguë imposer aux autres ? Possiblement en arrière-fond une fable politique sur le pays en question, ce film est un très bon révélateur universel de la famille et de ses relents. Bons acteurs, beaux décors, belle photographie et excellent éclairage.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 24 août 2014
Quant on a vu tous les films de Yuri Bile Ceylan, on pense que c'est la somme de tout ce qu'il a fait. Et c'est un chef-d'oeuvre, n'ayons pas peur des mots!Pourtant, j'en ai aimé souvent beaucoup ou passionnément, cependant l'avant-dernier "Voyage en Anatolie" m'avait profondément ennuyée!!!!!!C'est un film magistral, fin, subtil sur l'"homme" avec ses faiblesses inavouées.De plus la beauté du site la musique de Schubert vous transportent.Courrez tous voir Winter Sleep que cette Palme d'Or ne soit pas mise aux oubliettes
anonyme
Un visiteur
3,0
Publiée le 24 août 2014
Cette fresque (près de 3 heures de film) intime, voir intimiste laisse une impression finale mitigée. L'émotion qu'elle suscite chez le spectateur semble s'épuiser et décroitre.
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 24 août 2014
Anatolie de l'enfermement Un complexe cinéma annonçait "Winter Sleep" comme un « drame exigeant ». Deux termes absolument pas vendeurs qui ne correspondent aucunement au film. La palme d'or 2014 est une histoire de vie poignante sur fond d'Anatolie magnifique.Cette péninsule turque offre des paysages d'une beauté stupéfiante. Le sublime hôtel est une terre d'accueil parfaite pour placer ce récit, surtout durant un hiver croissant. Conjointement au fond de l'air, les échanges deviennent glaciaux. Clientèle rare, ennuie fréquent, les hôtes libèrent leur amertume. Le décor se fige pour laisser les langues briser la glace. Après que la vitre de sa voiture le soit réellement, Aydin n'arrive plus à éviter les conflits et les non-dits. Ses locataires mauvais payeurs, sa sœur flâneuse et sa compagne froide comme le marbre font de sa retraite un long fleuve (trop) tranquille. L'ancien comédien se laisse de moins en moins porter par ce courant.Il essaye (maladroitement) de faire à nouveau preuve d'attention envers sa compagne Nihal. Femme pleine de bonté et de beauté fatiguée d'être enfermée elle aussi dans cette routine et d'avoir sacrifié sa jeunesse. Une situation très confortables d'apparence, une demeure qui fait rêver dans une région unique avec des facilité financières. Ce luxe n'empêche pas le mal de vivre. Aydin se sent seul et exclu. Nihal combat le sentiment d’inutilité en s'engagent dans de bonnes œuvres. Le couple est dans une évidente impasse, alors chacun bifurque.Le mari prend la fuite, son épouse devient follement généreuse. Cette résultante de leur perdition se traduit par une nuit de déviances qui va les emmener loin des dessins imaginés. Après cette nuit nuit glaçante plus rien ne sera pareille. On ne sera jamais ce qu'elle va construire ou détruire, comme pour laisser à chacun son cynisme ou son optimisme faire sa propre conclusion. "Winter Sleep" est passionnant dans sa façon de livrer des vies atypiques pleines d'émotions universelles.
Cyril B
Cyril B

15 abonnés 330 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 24 août 2014
Pfiouuuu ! Palme d'Or 2014, je pensais aller voir un excellent film. C'est vrai que les personnages sont intéressants, avec des caractères bien trempés, des conflits, des drames, de la rédemption. Il y a de très très beaux paysages et décors (j'adore l'hôtel). Il y a cette manière de filmer avec de longs plans séquence qui permette de mettre en lumière tout le talent des acteurs et des dialoguistes. Mais alors 3h16 c'est incroyablement long, surtout lorsque le film est lent voir même très lent. Beaucoup, beaucoup trop long.
islander29

1 028 abonnés 2 664 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 24 août 2014
Comment dire, c'est un film ambigu, J'ai eu l'impression, notamment dans la deuxième heure, que Ceylan ne faisait pas du Ceylan, mais du Bergman, il faut le dire, c'est un film de dialogues, profonds certes et parfois philosophiques, mais par moments il faut le confesser qui trainent un peu en longueur, amis suédois bonjour.....Pour le reste il est vrai que quand s'arrête le film, on ressent une sorte de fascination, parce que le metteur en scène nous as introduit avec brio dans l'intimité d'un homme puissant de Cappadoce, dans des paysages magnifiques et avec une introspection qui reflète une profonde désillusion des rapports humains, vus par cet artiste, cet écrivain, riche et arrogant......Et pourtant cet homme puissant n'est pas roi en son foyer, sa femme qu'il ne peut comprendre, et c'est bien l'enjeu du film, ce talon d'Achille en l'homme, c'est la femme......Toutes les leçons ne valent pas l'expérience, ni pour l'homme, ni pour sa femme, qui se lance dans des œuvres bienfaitrices pour échapper à l'ennui, on verrait presque Madame Bovary.......Mais lui n'est pas assez sensible, arrivera t-il le pire après qu'un enfant ai lancé une pierre sur sa voiture ?le film est brillant, profond, et illustre bien ce qu'il y a d'essentiel en l'humanité, son seul défaut, les 3 heures 20 de sa durée et une illusion presque ludique de la dramaturgie........
Michele S.
Michele S.

15 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 11 août 2014
enfin ce film tant attendu , une conversation élégante en rien austere sur la vie et ses nuances dans une Turquie magnifique , c est a voir absolument
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 24 août 2014
Nuri Bilge Ceylan nous livre une véritable oeuvre d'art avec Winter Sleep.La lenteur est ici sublime, accompagnée à la perfection par Schubert, à travers des paysages d'Anatolie à couper le souffle. Le dialogue, très théâtral, est digne des plus grands dramaturges et nous offre une superbe réflexion sur l'être humain, à laquelle chaque personnage apporte de nouveaux éléments.Sur toute la durée du film (3h16!) les personnages nous emmènent avec eux aussi bien dans le bureau chaleureux d'Aydin que dans l'atmosphère magique de la neige, et on a envie d'y rester. Le genre de film où il y a tant à observer et à comprendre qu'on le reverrait avec toujours la même fascination, et sans une seconde d'ennui, malgré sa longueur. Merci à NBCeylan, j'ai découvert 3h16 d'art. Sublime.
anonyme
Un visiteur
2,0
Publiée le 24 août 2014
Ce film aurait pu être bon si le réalisateur l'avait ramené à 1H30 de projection, mais 3H15 d'un dialogue verbeux et d'une inaction voulue c'est beaucoup trop. J'avoue que je me suis forcé pour rester jusqu'à la fin de la séance espérant que quelque chose viendrait retenir mon attention....hélas rien ne m'a sorti de l'ennui profond que m'a procuré cette oeuvre pourtant récompensée par une palme d'or à Cannes. Je dois être beaucoup moins intelligent ou moins patient que les membres du jury?
benoitG80

3 590 abonnés 1 464 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 11 août 2014
"Winter Sleep" dernière palme d'or, de Nuri Bilge Ceylan est-il le chef-d'œuvre attendu ?
Plongé dans une extraordinaire Cappadoce de l'Anatolie, on se trouve de suite confronté à des paysages époustouflants que la caméra du réalisateur sublime au plus haut point... La neige, les habitations troglodytes, la roche des paysages, un lapin traqué ou un cheval déchaîné, tout est fascinant et étonnant de beauté sous l'œil expert du cinéaste turc !
Et au milieu, gravitent ces trois personnages dont les regards sont également magnifiés par une lumière, un cadrage, tout aussi merveilleux comme pour mieux percer les esprits et les secrets de chacun...
Car c'est bien cette intention qui nous tiendra en éveil à travers ce comédien à la retraite (et non un acteur, dit-il !), sa jeune épouse de plus en plus esseulée et sa sœur hébergée et mal remise d'une récente séparation.
Chacun de ces trois protagonistes sera étudié sous l'œil du microscope tant au niveau des échanges, des réactions, des changements d'attitude à travers des dialogues où souvent une simple question va enchaîner un rebondissement de situations, des propos pas très tendres et une mise au point révélatrice d'un malaise ambiant bien palpable...
Aydin à ce titre, est magnifiquement interprété par Haluk Bilginer; son personnage complexe apparaît ainsi sous des jours différents pour être ni franchement bon, ni franchement mauvais...
À vouloir l'étudier d'aussi près, le réalisateur finit paradoxalement par le cerner de moins en moins bien et le spectateur aussi par la même occasion !
Qui est-il réellement au bout du compte ?
Un homme déçu par sa carrière où tout n'est qu'apparence, qui semble humain et à l'écoute sans l'être du tout finalement, se donnant une raison d'être dans l'écriture ? Une illusion pour lui-même ?
Sa sœur réglera ses comptes avec lui au cours d'une discussion assez cruelle d'ailleurs mais aussi curieusement un peu artificielle...
Quant à l'épouse, la distance se crée, l'indifférence que son mari lui procure s'installe, ce qui reste intéressant mais cela aurait eu encore plus de sens, de force et aurait donc eu toute sa justification dans un vieux couple où chacun s'éloigne par le poids des ans !
De ce fait, malgré quelques scènes magistrales et fortes, tout ne fonctionne donc pas aussi bien qu'on aurait pu l'espérer comme en particulier les rôles féminins qui semblent ainsi moins pertinents...
Il n'empêche que l'idée générale est excellente et que les questions soulevées sur la dignité, le sens de la vie, le rapport à autrui,... résonnent de plein fouet à travers cette introspection des âmes.
On passe donc assez près de la grande réussite mais cette longue étude de caractères est quelquefois trop appuyée, trop fabriquée et manque ainsi de naturel, de vérité, pour être véritablement fluide et évidente en nous emportant complètement !
Loin d'être le film choc pour ces différentes raisons, c'est le rôle masculin, qui se justifie essentiellement ici, par ses sentiments, ses revirements, son assurance, son égoïsme voire son arrogance et à la fois ses propres questionnements qui sont finalement aussi les nôtres !
Inspiré d'une œuvre de Tchekhov, ce beau film intelligent mais imparfait est à mon sens assez loin du cinéma de Bergman évoqué par beaucoup...
Skipper Mike
Skipper Mike

111 abonnés 650 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 23 août 2014
Chef-d’œuvre intimiste tout en étant monumental, "Winter Sleep" s'étend avec majesté sur plus de trois heures, durée nécessaire pour raconter la crise que vit une poignée de personnage dans un magnifique village anatolien. Visuellement, le cadre est splendide, et la mise en scène est à l'avenant. Nuri Bilge Ceylan avait déjà démontré dans "Il était une fois en Anatolie" sa profonde maîtrise du filmage de la nuit, capable qu'il était de sublimer sa texture et rendre son silence attirant. Ici, c'est le jour qui est magnifié : le réalisateur exerce son sens du cadrage et de la lumière pour accorder une ampleur manifeste aux paysages filmés. Voir l'ocre de la roche et le blanc de la neige se mêler provoque une grande émotion plastique, justifiant pleinement le choix d'implanter cette histoire de rupture avec des idéaux dans des paysages aussi grandioses.L'intérêt principal du film réside néanmoins dans les dialogues. Écrits avec une incommensurable intelligence et interprétés avec talent, ils déploient un amas d'arguments pour des joutes verbales plus passionnantes les unes que les autres. Il est d'ailleurs impressionnant de constater que ces longues scènes de dispute sont filmées assez sobrement, avec seulement trois à cinq cadres fixes où se tient la caméra, mais qu'elles sont pourtant incroyablement dynamiques tant les plans sont composés avec minutie. Il y a un immense travail sur les lumières, les feux de cheminée prenant ici une grande place en provoquant une impression de confort alors même que les convictions des personnages sont en train de se décomposer sous nos yeux. Leurs visages, parfois réduits à de simples taches de lumière, se révèlent alors sous un nouveau jour. Aydin, qui nous était d'abord présenté comme un homme débonnaire et intègre, hôte agréable pour ses clients, acquiert ainsi peu à peu une dimension maléfique. On s'aperçoit que la fermeté affichée de ses convictions est finalement plus proche d'une posture butée et refusant toute empathie. Derrière la raison qu'il prône comme un art de vivre se cache une arrogance aveugle et auto-satisfaite. Il en arrive alors à être filmé comme le diable en personne lors du déballage nocturne des quatre vérités entre mari et femme, la lumière du feu crépitant ne se reflétant que sur une partie de son visage, mettant seulement en valeur un œil méprisant et un sourire ironique.Rarement on a été aussi loin dans l'exploration des âmes. Nuri Bilge Ceylan parvient à faire en sorte que le spectateur approuve ou réprouve les actes des personnages, mais en comprenant les motivations de chacun et la façon dont ils en sont arrivés là, donc en ne les condamnant pas. Un prolétaire affable et agaçant, s'humiliant pour arriver à ses fins, est presque considéré comme un animal par Aydin, mais jamais par la caméra qui prend soin de montrer qu'il est plus que l'image dans laquelle il essaye de se fondre aux yeux du propriétaire de sa maison, tandis que son frère alcoolique acquiert quant à lui une dignité et une abnégation qu'on n'aurait su soupçonner chez lui au premier abord. Anthropologiquement, c'est quelque chose de très fort que le réalisateur met en place, jusqu'à faire en sorte que des années de vie de couple, voire d'existence tout court, se dessinent clairement dans l'esprit sans qu'elles soient portées à l'écran. L'explosion du barrage qui retenait des décennies d'aveuglement et de reproches refoulés suffit à élargir le champ de l'histoire jusqu'à ce qu'elle atteigne une densité inégalable.
Ramm-MeinLieberKritiker-Stein
Ramm-MeinLieberKritiker-Stein

148 abonnés 544 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 23 août 2014
L'Anatolie... De sa "luxure" environnementale jusqu'à la vie de ses habitants, Ceylin filme, à travers les grandes lignes, les petits riens monotones... Et pourtant! C'est grâce à sa réalisation qui sort de la contemplation et à ses acteurs tout juste corrects que notre intérêt en est multiplié. Mais à quoi bon rallonger certaines discussions? On ne prend qu'en compte la lourdeur équivoque de certains points de vues. Pourquoi ne pas créer, pour ainsi dire, de nouvelles situations en y écourtant d'autres? On est par contre impressionnés par le savoir-faire du metteur en scène, qui, grâce à d'impeccables plans dans la nature (et même parfois dans la neige), offre une véritable leçon de cinéma... Et de vie tout court.
Julien D

1 338 abonnés 3 461 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 24 août 2014
Comme souvent chez Nuri Bilge Ceylan, la place donnée aux magnifiques paysages de sa Turquie natale permet à un scénario austère d’être compensé par une qualité esthétique époustouflante. Pour la première fois le réaliste a décidé de filmer, dans Winter Sleep, les plaines enneigées des steppes d’Anatolie, car il considère que le peu de vie propre au climat hivernal est davantage propice à une certaine introspection. Et justement, la trame générale de son nouveau film, faite de longues conversations, peut évidemment sembler rigoriste mais la qualité d’écriture de ces dialogues, qui relèvent d’ailleurs plus souvent de la joute verbale que du réel échange cordial, permet à ce long-métrage de près de deux cent minutes d’être captivant et de n’être jamais trop long pour tout amateur de grand cinéma. Certaines scènes, en intérieur comme en extérieur, dont la résipiscence au cimetière ou la visite finale chez le locataire, sont d’une beauté visuelle et d’une intensité dramatique à couper le souffle mais, dans sa globalité, c’est avant tout le contenu philosophique des discours tenus par les personnages qui restera ancré dans la mémoire des spectateurs. La critique faite du confort, matériel comme culturel, du personnage principal (incarné par Haluk Bilginer, dans le meilleur rôle de sa carrière internationale) n’a rien d’un propos populiste ou démagogique mais soulève réellement des questions profondes sur le bien-fondé de la générosité envers les plus pauvres, sur la transmission intellectuelle ou encore sur les limites morales du droit de propriété. Ce splendide film de dialogue profite donc d’une photographie qui magnifie autant la froideur naturelle que la chaleur du feu de bois, mais aussi d’une plume digne d’un des meilleurs auteurs que le 7ème ait su nous apporter depuis longtemps, et c’est en cela que Winter Sleep a mérité sa Palme d’Or.
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