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David B.
55 abonnés
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3,0
Publiée le 21 juin 2014
Quatre personnages broyés par le système. C'est "couleur locale", original, violent mais très décousu. La réflexion aurait également mérité d'être plus aboutie.
Au-delà de sa lecture littérale, au-delà de sa représentation de l'ultra-violence, "A Touch of sin" nous livre à l'intuition anxiogène d'un monde à l'agonie. Tout semble pouvoir basculer en un instant, et ce sentiment d'insécurité est d'autant plus fort qu'on passe d'un personnage à un autre, d'une histoire à une autre, sans jamais pouvoir l'apaiser. Un film fort et terrifiant.
A touch of sin est le troisième film que je vois de Jia Zhangke et c'est vraiment pas mal du tout. Il s'agit ici d'un film choral retraçant différents destins, tous violents, tous tragiques, dans différents endroits de la Chine. Le but du film est de montrer à quel point la situation en Chine devient de plus en plus violente et on peut y voir une dénonciation évidente des pratiques antisociales, inhumaines.
Déjà il faut reconnaître à Jia Zhangke un talent fou pour la mise en scène, il sait produire de belles et des belles images avec des choses pas forcément belles, des routes, des environnements ouvriers assez clos, des villes enfumées par la pollution. Mais là où il est le meilleur c'est pour faire ressortir la violence. Il filme ce qui pourrait être le quotidien, la routine et puis quelque chose dérape, il y a un déclic et là, soudain, avec un ton quasiment naturaliste, surgit la violence, radicale, courte, brève, mais surtout extrêmement sèche. Le spectateur est marqué, choqué, sursaute... Le message du film est passé.
La construction des scènes de violence est excellente, jamais gratuite, on sent la tension qui monte, si on n'a jamais la raison écrite noire sur blanc, on a des éléments de réponse, on se doute que tel ou tel facteur a pu jouer dans la décision des personnages de faire corps avec la violence... Le fait de n'avoir que des éléments de réponse et pas les réponses toutes faites pousse forcément à la réflexion sur cette société chinoise...
Cependant le film est un peu long et le lien entre les différents segments n'est pas forcément explicite, il y a des personnages que j'ai reconnu d'une histoire à l'autre, mais il y a aussi des histoires qui m'ont semblé totalement indépendantes... Ce qui a pour effet de perdre un peu le spectateur... Reste que si la fin m'a semblé bien obscure également, toutes les histoires sont intéressantes et bien menée, même si je garde une préférence pour la première pour son héros charismatique, désabusé, dépité, mais qui a un vrai désir de justice sociale.
Il faut également noter que le côté réaliste du film vient peut-être également du fait que le réalisateur se soit inspiré de faits divers chinois, ce qui ne fait encore une fois qu'ancrer encore plus le film dans le réel et décuple ainsi son message. D'ailleurs pour avoir été en Chine il y a quelques mois, il a vraiment réussi à retranscrire le fait que ce pays est à la fois partagé entre son histoire plurimillénaire et ses bâtiments somptueux et ses bâtisses modernes, informes, noyées dans le brouillard de pollution... Il n'a pas cherché à embellir le réel, certes ses plans sont soignés, mais il n'y a pas de triche... La Chine ressemble vraiment à ça... pour le meilleur et surtout le pire.
En ancrant alors ainsi localement ses intrigues, en traitant de problème aussi particuliers, Jia Zhangke arrive finalement à faire ce que tout bon réalisateur se doit de faire : toucher quelque chose d'universel.
La bienveillance avec laquelle A Touch Of Sin a été accueilli par la critique est surprenante. Certes, le film a un grand intérêt sociologique, et il est joué par des acteurs impressionnants de vérité, mais ses qualités artistiques, esthétiques, sont très discutables. Et ce n’est pas parce qu’elle est faite de trois bouts de ficelle que la mise en scène est médiocre. D’autres réalisateurs ont réussi à mener à bien leur projet avec encore moins de moyens. Ce sont les choix de Jia Zhang Ke qui font qu’on s’ennuie ferme. Un lien, voire même quelques repères symboliques de transition entre les 4 intrigues, rien de tout cela ! En outre, la préparation du spectateur aux ressorts dramatiques est également inexistante. Du coup, la narration de chacun des drames est pénible à suivre. On arrive tout de même à voir la société chinoise dans sa complexité (la corruption, l’arrivisme, le poids des traditions…), dans sa dureté (exploitations patronales, à tous les étages, sexisme…) , dans ses contradictions (prostituée pudique, optimisme et désespérance de la jeunesse… ). Bref, un film à l’image de sa fin, aride et énigmatique. D’autant plus frustrant, que la matière première était à la base très abondante et plutôt transparente.
Quatre personnages centraux, quatre histoires, quatre régions chinoises. Et quatre cheminements vers la violence, une violence tournée vers les autres ou vers soi-même. Habilement agencés façon chassé-croisé, implacablement cohérents dans leurs résonances, ces récits inspirés de faits divers permettent à Jia Zhang-ke de brosser un tableau assez terrible de la Chine contemporaine. Un pays dont la mutation radicale (avec ses dommages collatéraux) s'est faite en tournant le dos au passé. Une radioscopie extrêmement réaliste et sans concessions de la Chine contemporaine. Pour dénoncer les conséquences de l'ultra-libéralisme et les poussées radicales de violence à travers tout le pays,Jia Zhang-Ke passe par le biais du film de genre. Ce qui gêne dans l'ensemble c'est que les quatre histoires ne sont pas liées, donnant à l'ensemble un aspect de film à sketchs un peu déséquilibré. La réflexion aurait également mérité d'être plus aboutie.
Beaucoup de virtuosité dans cette fresque du grand désastre moral, écologique et politique qu'est la Chine communistico-capitaliste. Acteurs de grande qualité et réalisation exemplaire pour un film noir implacable sur le genre humain. Bravo.
D’une éclatante maitrise dans la réalisation le film de Zhang-ke Jia opère par ses éclats de violences et son écriture racé une réflexion sanglante sur le capitalisme sauvage qui sévit en Chine et toutes les conséquences que cela entraine pour ses habitants. Outre sa beauté formelle orchestrant un récit habillement agencé le réalisateur offre un long-métrage solide à tous les niveaux et passionnant de bout en bout.
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1,5
Publiée le 7 mars 2014
Un film primé à Cannes avec la récompense du meilleur scénario, A touch of sin raconte à travers 4 personnages et 4 lieux une vision de la Chine contemporaine. Dès les premières minutes le réalisateur installe un faux rythme entre moments intéressants et des scènes complètements inutiles. Le début est pas mal mais petit à petit j'ai du lutter contre le sommeil décidément encore un film primé à Cannes et plébiscité par la critique qui ne fera pas long feux dans ma filmographie.
Jia Zhangke s'inspire de faits divers des années 2000 pour nous livrer un portrait dur le Chine contemporaine à travers quatre histoires. Un mineur désabusé, un bandit sans foi, une employée de sauna agressée, et un ouvrier paumé : nous suivrons ces quatre personnages, qui ont en commun d'être des individus seuls et écrasés par un système qui dérape. Le scénario pointe ainsi du doigt l'individualisme, mais surtout la corruption financière et morale généralisée. Le rythme est lent et la réalisation est posée, ce qui constitue un cocktail qui ne plaira pas à tous (le film est longuet par moment), mais qui accentue l'écrasement des protagonistes. Un drame pertinent.
Je n'avais vu que le fameux "Platform" du même réalisateur et je me suis lancé dans ce "A touch of sin" avec plein d'entrain et j'en sors conquis. Ces regards sur la Chine contemporaine est criant de vérité. Violente et cruelle, la vie est rude et difficile en Chine pour les gens du peuple. Obligés si souvent de quitter leur province pour aller dans une autre, illégalement puisqu'il est interdit de faire cela sans dérogation particulière, y trouver du travail où ils seront le plus souvent exploités voire pire. On voyage dans ce grand pays, balafrés par ces barres d'immeubles et ces chantiers permanents. Un film pour voir la Chine d'aujourd'hui, une très belle réalisation qui, en dépit de sa longueur, passe tout seul. A découvrir rapidement...
Je prétends depuis longtemps que Jia Zhang Ke est, avec son compatriote Wang Bing, un des plus grands réalisateurs actuels. Je suis donc ravi qu'il ait enthousiasmé le dernier Festival de Cannes, y gagnant curieusement le Prix du scénario, alors que A touch of sin est avant tout une magnifique leçon de mise en scène.
Ample, étonnant, ambitieux, parfaitement maîtrisé, le film raconte successivement l'histoire de quatre personnages qui ne feront que se croiser : le premier lutte contre la corruption, le second est un criminel qui semble dénué de tout sentiment, la troisième est une jeune femme violentée qui se venge, et enfin le....
"A Touch of Sin" expose quatre tableau mettant en scène un personnage dans une Chine en pleine évolution. Dans ce drame social, chacun des protagonistes va être poussé, selon les évênements, à une extrémité, à commettre un acte violent. Ces tranches de vie nous font vibrer et la réalisateur incorpore dans son film une critique de cette société chinoise en mouvement qui délaisse l'aspect humain en alignant l'homme sur l'animal. De quoi réfléchir en plus de prendre du plaisir. Assurément un excellent film de Jia Zhangke.