J’avais loupé le coche il y a quelques mois, lorsqu’il était sorti en salles et avait ému les plusieurs millions de spectateurs venus s’émerveiller de la nouvelle réalisation de Gilles Lellouche. J’ai maintenant rattrapé mon retard et ai pu me faire mon avis sur ce film si commenté. Et, comme la majorité des retours qui l’ont encensés, ce-dernier est très positif. « L’Amour Ouf » est une véritable errance cinématographique et mérite sans aucun doute l’accueil qu’il a reçu. C’est une vraie histoire comme on en espère en trouver au cinéma. Le récit complexe d’un amour dense, doux et violent, puéril et sérieux, écourté et éternel. Le film démarre dans les années 80’ et c’est une esthétique avec laquelle Lellouche est très à l’aise. Il joue avec cette décennie d’insouciance en glissant dès qu’il le peut des détails rétro à souhait : du pin’s The Cure fièrement arboré, au Walkman Sony, en passant par les liasses de 500 francs. Tout ça pour nous parler de Clotaire, un ado désorienté pour qui l’école n’est qu’un souvenir aussi ancien que terrible, et de Jackie, une bonne élève anticonformiste et téméraire, qui tombent curieusement amoureux. Mais très vite, les déboires judiciaires de Clotaire le font entrer en prison pour plus d’une décennie. Leur relation se fissure. Mais un amour passionnel, un amour ouf comme le leur ne peut pas finir ainsi.
Avec son scenar gonflé à bloc - heureusement chronologique - le film est un ovni cinématographique qui fait du bien. L’histoire est aussi mignonne que complexe et nous place réellement face à nos enjeux de société : l’amour, le couple, le destin, le fait de passer à côté de sa vie : tout y est sans détour, dans sa forme la plus abrupte. Certains ont reproché au film sa brutalité. C’est évident que, loin d’être sous-entendue, elle est constamment montrée : du sang dégouline et les personnages sont violents, mais cela participe à l’atmosphère globale. Atmosphère d’ailleurs renforcée par une esthétique très soignée. Et pour cause : le film est beau. L’image est magnifique, les couleurs sont splendides, les plans toujours judicieusement choisis. Lellouche aux commandes s’amuse et ça se voit. On en oublie la durée et on fonce auprès des acteurs qui excellent tous. Les deux jeunes Mallory Wanecque et Malik Frikah nous mettent une claque au niveau de la justesse de leur interprétation sévère, leurs pendants adultes Adèle Exarchopoulos et François Civil jouent à merveille, Vincent Lacoste nous offre une scène grandiose dans une cabine téléphonique, Alain Chabat livre un personnage touchant et riche qui mérite amplement son César, et Benoît Poelvoorde incarne un personnage taillé pour lui, une sorte de mafieux qui lui va bien. Ajoutons à cela une bande originale phénoménale qui alterne entre Yves Simon, Billy Idol, Alphaville et des compos inédites, bref, que du bon son pour rythmer une aventure qui brûle d’idées et qui a eu raison de séduire tant de spectateurs avant moi.