C'est amusant, l'année 2024 a été marquée par 3 succès français en salles... avec 3 schémas de fréquentation complètement différents. "Le Comte De Monte-Cristo", succès populaire au sens classique du terme, a bénéficié d'une confortable promotion et d'une carrière estivale au long cours. "Un p'tit truc en plus", sorti discrètement, s'est appuyé sur un bouche à oreille persistant, et la fréquentation par un public plus âgé et moins citadin, moins habitué à se rendre au cinéma.
"L'Amour Ouf" a connu un début de carrière fracassant en salles qui laissait présager que le film allait atteindre les 10 millions d'entrées également. Mais un rapide et un relatif effondrement ne l'a conduit "que" vers les 5 millions. Preuve que le public cible, plutôt jeune, a bien été atteint, puis qu'une fois ce réservoir de spectateurs épuisé, le film a eu plus de mal à toucher d'autres classes ?
En tout cas, "L'Amour Ouf" est clairement ciblé. Un peu vers les nostalgiques des années 80, beaucoup vers les jeunes amateurs d'acteurs trentenaires et d'histoires d'amour fortes. Le film se déroule dans le Nord, entre les années 80 et 90. Jackie, lycéenne sans histoire, rencontre Clotaire, un loubard de 17 ans. Aussi inexplicablement que spectaculairement, ils tombent amoureux.
C'est le genre de film où je sépare vraiment le fond de forme.
Sur la forme, Gilles Lellouche a tenté énormément de chose. Rien n'est jamais plan-plan, on est très loin du cinéma français téléfilmesque. Avec la reconstitution des années 80/90 d'une part. Décors, costumes, voitures... Même la BO ne fait pas dans la facilité, on évite de nous balancer des chansons déjà entendues 50 fois dans les films (dont du John Carpenter, audible pendant une séquence de braquage !). D'autre part, dans ses choix de couleurs, ses mouvements de caméras, Lellouche apporte un dynamisme bienvenu... et oserais-je dire nécessaire pour faire tenir l'histoire sur 2h40 (!).
Il référence régulièrement "West Side Story", ou le cinéma de Martin Scorcese. A titre d'exemple, le dernier plan est clairement calqué sur la scène du restaurant dans le dernier acte de "Goodfellas". Pourquoi pas. C'est parfois à la limite du m'as-tu-vu, ou de l'hommage stérile, mais cela apporte du caractère.
Sur le fond, je serai moins indulgent. L'histoire d'amour trouve peu d'explication, apparaissant irrationnelle... ce qui est un peu gênant quand elle est à la base de tout le film. Parti de là, il n'y a pas grand suspens dans le déroulé des événements, y compris des rixes de gangsters. Ni vraiment d'autres grandes thématiques abordées.
Côté acteurs, on a du niveau avec de jolis noms... mais il faut bien avouer que la plupart jouent des partitions auxquelles ils sont trop habitués. Les vannes de Jean-Pascal Zadi, c'était nécessaire ? Ou la gouaille passagère de Raphael Quenard, déjà vue 10 fois en 2023 ? Tout de même, Vincent Lacoste surprend en cadre arrogant.
Par contre carton rouge pour le perso de François Civil, qui m'a paru antipathique tout du long. Agressif, insultant, irréfléchi, violent... je n'ai pas compris ce que lui trouve l'héroïne. J'ai souhaité à plusieurs reprises qu'il aille dans le mur. Gilles Lellouche a avoué qu'il avait coupé plusieurs scènes avec François Civil qui rendaient son personnage "bête, pas sympathique". Je n'ose imaginer ce que ça aurait donné !
Un résultat donc mitigé pour moi, mais je ne peux encore une fois que saluer la forme, largement au-dessus de la masse du cinéma français.