Un film qui touche... ( ? ) (...de piano)
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La croisière s'amuse ?
Bon, ce film, ce n'est pas le Titanic, mais j'ai trouvé que cette aventure est un beau conte de fées pour qui n'est pas sujet au mal de mer !
Tornatore (1956/----) serait-il le Cameron de l'Italie ?
Je trouve décidément le réalisateur italien injustement méconnu, car c'est le troisième film que je vois de lui sur les douze qu'il a tournés de 1985 à 2016... Et c'est un troisième régal, surtout que si vous avez été pianiste et photographe comme moi, vous vous régalerez de sa musique (les touches actionnées du piano correspondent réellement à celles qu'on entend, et ce n'est pas de la frime comme ces guitares électriques pas branchées dont certains chanteurs grattaient les cordes...
Ici, c'est bluffant...
En outre, dès les premières images du film, on sent que pour l'image aussi, c'est du grand art : les angles de prises de vues sont superbes, inédits, les éclairages admirables, et on se perd en hypothèses sur le matériel qu'il aura fallu pour réussir tous ces mouvements de caméras...
Le travail ^réparatoire a dû être énorme !
Je craignais un peu la colorisation, souvent fade voire tronquée, mais ici encore c'est très réussi...
Avant le générique d'entrée, le producteur italien prévient :
"Ce film a été restauré par Medusa Film à l'Institut Luge de Cinécittà à partir du négatif 35 mm oiginal et du disque magnéto-optique Dolby Digital original. Le travail a été dirigé par Giuseppe Tornatore et l'étalonnage supervisé par Pascale Cuzzupoli..."
Déjà une restauration ?
Hélas, tant de soin sur l'image et si peu sur le son...
C'est un film avec de très nombreux plans musicaux mais on est très loin du relief des instruments procuré sur d'autres films actuels...
A la manière des récepteurs télé, dont les images sont devenues quasi chirurgicales de précision, mais dont le son est anémique et à des années-lumière de la Hi-Fi (Hight-Fidélity ou Haute-Fidélité) des années soixante...
Et comme si ça ne suffisait pas, la voxographie version française est immonde !
Certains devraient prendre des cours de diction, car certains intervenants sont loin d'égaler celles d'un Lucchini ou Noiret, pour ne citer qu'eux...
Pire, par moments, le bruitage ou la musique submergent les passages à voix basse...
Et l'histoire me direz-vous ?
Touchante... Belle, même si simple, voire poétique ?....
Le scénario a été écrit par le réalisateur comme pour presque tous ses films, à partir d'un long monologue : "Novecento : Pianiste" de Alessandro Baricco... La gestation a été longue...
L'aventure (je devrais dire les traversées d'un continent à l'autre sur un paquebot à quatre cheminées) commence avec Danny, un machiniste travaillant à fond de cale du "SS Virginian"...
Dans la réalité le "Lessjzavodsk" ancré au port d Odessa en Ukraine (que la production a mis du temps à trouver) et où a été tourné ce film...
Il va découvrir, clope au bec, un bébé abandonné dans une caisse en bois gravée . Lemon...et devenir son père d'adoption pendant huit ans avant de décéder des suites d'un accident à bord...
Il aura baptisé le gamin Novecento et 1900... Légalement, ce bébé n'aura jamais eu d'existence civile concrète... Un troglodyte marin !
Gamin qui grandit et ne quittera jamais ce paquebot qui est devenu sa maison, (sa prison ?) et très doué, il va se mettre à jouer sur le piano de l'orchestre de la salle de bal pour qui veut bien l'entendre : son public s'élargira de plus en plus et des éditeurs de disques veulent même l'immortaliser....
Un trompettiste repère son don et ils vont former des années durant un tandem d'amis et de collègues d'orchetre... 1900 va susciter l'admiration des passagers au point de rivaliser avec un des plus réputés pianistes de jazz... Mais Il a en effet vu passer bien d'autres virtuoses des claviers qu'il a pu s'inspirer de leur talent en grandissant à bord...
Un jour, une jeune femme va susciter son intérêt...
La guerre arrive, le bateau va être transformé en navire hôpital, avant de rejoindre le cimetière des paquebots... Le trompettiste vient revoir l'embarcation une dernière fois : son ancien pote y est-il toujours ?
Tornatore est perfectionniste : il n'a pas voulu faire un film italien : d'ailleurs le film a été tourné en anglais...Le tournage a été réalisé à Odessa, mais aussi à Rome dans les studios de Cinecittà où la salle de bal de première classe du paquebot a superbement, sans économies de bouts de chandelles, été reconstruite sur le plateau 5.
Chargé d'histoire puisqu'il fut aussi utilisé autrefois par Fellini...
Aucune critique non plus sur le casting, parfait ! Les femmes ne comptent pas beaucoup dans ce récit, et la seule qu'on découvrira est Mélanie Thierry, dans le rôle très sobre où le pianiste la remarque au travers d'un hublot... Mannequin à l'époque à 19 ans, ce fut son premier film et elle rayonne de beauté...
Là encore, la production n'a pas lésiné : certaines scènes auront nécessité jusqu'à trois-cents figurants...
La musique ne pouvait être que réussie car c'est la dominante de ce film... D'ordinaire, le piano ou autres servent d'alibi pour meubler des scénarii assez creux et je les zappe souvent : sans intérêt sur le plan musical ni de l'histoire...
A contrario ici, les scènes musicales sont un enchantement... Le maître d'oeuvre est Ennio Morricone, connu de tous... Il a signé tous les fims de Tornatore depuis "Cinéma Paradisio".
Ce n'est plus poue le réalisateur un compositeur mais un complice auquel il parle de ses projets... Morricone a même fait des musiques pour ses projets qui ne se sont pas concrétisés... Mais quand on aime !
Cerise sur le gâteau : Roger Waters signe les paroles de générique du compositeur : -"Lost Boys Calling"... Signe de qualité si on pense que Waters fut un des fondateurs des "Pink Floyd" et créa la plupart des tubes du groupe à ses débuts....
Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce film qui nous navigue de surprises en surprises :
...après avoir joué sur son piano à queue un morceau endiablé, et digne d'un concours de virtuosité, il se saisit d'une cigarette qu'il avait posée sur la caisse en bois de l'instrument, en pose l'extrémité sur une des cordes du piano, et la cigarette entre comme par magie en combustion.....
Alors je m'interroge et vous aurez peut-être la réponse ?
Pourquoi ce film au budget de neuf millions de dollars n'a-t-il attiré que 47 915 spectateurs en France ? Pourquoi sur mon programme TV, il passait en seconde partie de soirée sans commentaires alors que Kill Bill, volume 2 de Tarantino, programmé le 30 juin 2025 en prime time sur Arte connaissait un bien meilleur sort ?
Il est vrai avec 1 465 940 spectateurs et 507 % de rentabilité ?
Les contes de fées, les rêves ne seraient-ils plus de cette époque où la violence est reine ?
J'ai adoré...
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Arte le