De par la popularité de ce film, les critiques élogieuses à son égard ainsi que la réputation sans précédent de son réalisateur, je me suis décidé à regarder cette oeuvre qui a quand même remporté le prix du jury au festival de Cannes en 2014, tout portait à croire que ce film allait rentrer au panthéon très fermé de mes chefs d'oeuvre personnels du cinéma.
Pourtant, à la fin du film, j'était mitigé, insatisfait, et déçu par le travail artistique et technique autour de ce film aussi bien que le message qu'il veut faire passer.
En premier lieu, je m'attarderais sur les détails techniques qui, pour moi, ne contribuent pas à la réussite du film, tout d'abord le cadrage, Dolan joue avec un format d'image carré 1:1, ça m'inspire une sensation de travail bâclé, comme si le film était un film amateur tourné avec un portable. Puis une autre critique à part, la langue, ce n'est plus du québécois, mais plutôt du patois québécois ! Incompréhensible, vulgaire, on cite Xavier Dolan comme le "nouveau prodige du cinéma francophone" mais le Québec n'est pas la seule patrie francophone au monde, et de plus, je n'ai jamais entendu un québécois parler de cette manière là, en mélangeant anglais et français en ajoutant une touche de patois comme le font les personnages principaux du film.
Le montage du film est tout simplement mal fait, c'est pas que je ne l'aime pas, c'est qu'il est vraiment mal fait, les sensations de longueur se font ressentir et sont pesantes, sans intérêt par rapport à l'intrigue de départ.
Ensuite l'oeuvre et son histoire, totalement dépourvue de logique. Les antagonistes de l'oeuvre sont dénués de bon sens, entreprennent des actes et des actions incohérentes
les réactions de la mère face aux accès de violence de son fils ne sont pas claires, ne sont pas des réactions humaines ou même maternelles, par exemple quand il lui offre un cadeau qu'il a sûrement volé, qu'il pète un plomb quand sa mère le lui reproche, il l'insulte, l'étrangle, la maltraite, la mère "laisse couler", quelques minutes après, tout est rentré dans l'ordre, le gamin rigole, blague avec la voisine, qui elle aussi, a des réactions non logiques - sauf pour la scène où elle le plaque par terre sous le coup de la colère et du chagrin - et la mère s'en tamponne royalement.
La relation mère/fils est complètement obsédée, ce n'est pas de l'amour, il s'agit ici d'un complexe d’œdipe (de plus inséré avec une telle médiocrité) qui n'est pas en accord avec le thème de l'histoire, à savoir la réconciliation, l'amour maternel, là, on part sur quelque chose d'obscène, de malade, qui aurait pu passer si c'était le propos du film, mais ici ce n'est pas le cas.
Le personnage de la mère m'a tout de même ému malgré ses réactions illogiques, mais c'est le seul personnage qui vaille le coup dans cette oeuvre, le gamin ainsi que la voisine ne sont pas attachants, et surtout n'ont pas de sens, comme dans les autres films de Dolan, les personnages n'ont aucune once de logique.
Le rythme est lent, et c'est ni les hurlements, ni les crises de colère de l'enfant qui pourtant d'une violence incontestable, qui arrivent à nous émouvoir.
Maintenant, la fin : j'ai envie de dire, mais pourquoi ? Le film était déjà pas terrible, pourquoi mettre une fin pareille ?
Le gosse s'échappe, mais au vu de la chanson (Born to Die) il compte se suicider, en finir avec la vie, du moins c'est ce que j'ai interprété.
Mais ceci n'est pas du tout en lien avec ce qui est développé tout au long du film, c'est une fin qui détruit toute moralité, toute leçon de vie, une fois de plus, c'est illogique, là où une fin sauve un film pas terrible (La Haine), ici, l'oeuvre n'essaie même pas de se ressaisir et montre par sa fin que en fin de compte, le voyage ne "valait plus le coup".
Ensuite, ce qui détruit ce film, ce n'est pas le film en lui même, c'est sa réputation, sa notoriété, lauréat au festival de Cannes, cité comme un des films les plus touchants, émouvants de ce siècle et surtout comme un des meilleurs films, réalisé par un des meilleurs réalisateurs actuels, ceci engage que ce film est un monument, un chef d'oeuvre comme jamais vu auparavant. Mais non, la déception est grande, le contraste entre le film et sa réputation est un fossé infranchissable, à l'image du contraste entre la réputation et le talent de Xavier Dolan, dérangé, provocateur, arrogant, la nouvelle coqueluche de Cannes est tout sauf un réalisateur talentueux, et ne mérite pas de telles éloges tout comme son film. L'oeuvre comme le cinéaste est un "effet de mode", et non un chef d'oeuvre.
3/10 car la prestation de la mère est convaincante et parce que mis à part ses erreurs et son manque de cohérence, Mommy a un avantage, celui de ne pas suivre le mouvement actuel du cinéma moderne qui impose aux cinéastes de réaliser suites et remakes et de gâcher toute créativité au profit de la rentabilité. Mais ça ne mérite pas une médaille, et encore moins une Palme d'Or.