Ce Cruella est décevant à bien des niveaux.. Emma Stone essaie, elle essaie vraiment. Elle est peut-être celle qui rattrape le film, et on a souvent envie de lui dire "vas-y, ne lâche rien", mais il est difficile de passer après Glenn Close (démentielle dans ce rôle en 1996), on dira que sa performance a au moins le mérite de se donner la peine. Mais face à elle, une flopée de techniciens aveugles et sourds, on ne voit que cette explication pour justifier ces atroces effets spéciaux censés être des dalmatiens (une animation très laide) et la BO ultra-abusive qui vient nous bassiner toutes les deux minutes avec des tubes de bon vieux rock anglais, que pourtant on adore à la folie, "mais trop, c'est trop"... On en a compté 34 (!) sur l'ensemble du film, et on pense en avoir oublié. On ressort de Cruella avec les yeux et les oreilles qui piquent, mais si ce n'était que cela... Car son scénario ne brille pas non plus. Outre l'évidente référence (copier-coller ?) du film Le Diable s'habille en Prada, on tombe sur une Emma Thompson en surjeu complet (aussi caricaturale et excessive que possible), sur des "inclusions" de minorités aussi fines que des bulldozers (Anita...), sur une "méchante" Cruella qui ne l'est finalement jamais alors que les dalmatiens sont de vrais mercenaires, sur une durée de 2h17 qui oublie son jeune public (on a trouvé le temps long, alors on s'imagine déjà les marmots qui ne tiendront plus en place dès 1h30 de film...) et sur un twist "
je suis ta mère
" qui semble sorti d'un mauvais soap. On peut aussi revenir sur des incohérences flagrantes :
John qui se soucie subitement d'Estella alors qu'il l'a laissée à son sort toute sa vie, la fin qui nous pond qu'on peut cacher tout un parachute dans une jupe (Cruella doit vraiment avoir un tout petit fessier), que Cruella a le temps de se sécher, de se changer, de naviguer jusqu'à la côte, de remonter jusqu'au manoir avant que les policiers n'aient fait 100m avec la coupable... On a trouvé plus fort que Benny Hill.
Si vous en avez encore le courage, vous pourrez rester après les annonces du casting du générique de fin pour découvrir une scène post-générique qui nous a encore déçu : on découvre que
Pongo et Perdita viennent de Cruella
. Et là on soupire, car on sature de Disney qui essaie de créer du lien partout, au forceps, au point d'en devenir ridicule. Et l'on notera que, quand on vous offre un gentil petit chiot tout mignon, la première chose qui vous vient à l'esprit est de composer une chanson où vous insultez votre généreuse donatrice ("Cruelle Diablesse..."), du n'importe quoi, jusqu'au bout. Cruella fut un bien décevant film, versant trop dans la pitié pour la méchante (qui ne l'est finalement jamais, a contrario des dalmatiens antipathiques) et dans les liens "inter-œuvres" abusifs, qui ne s'est rattrapé qu'avec l'effort d'Emma Stone "d'au moins tenter", avec quelques montages exubérants assez sympathiques (les effets "gros titres de journaux", le défilé de mode rock'n'roll...), et avec un joli générique de fin (musique et artworks au ralenti). Mais on reste assez traumatisé par la laideur de ces dalmatiens et sourdingue par la BO omniprésente.