Inoubliable charge contre Hitler et la dictature fasciste en général, le film de Chaplin est une succession de scènes comiques d'anthologie qui témoignent du génie burlesque de leur auteur, de son inspiration satirique et de la prodigieuse combinaison des deux. Elles reflètent aussi une exigence et d'une acuité rares. Car la composition que Chaplin fait d'Hitler-Hynckel n'est pas seulement drôle : elle découvre, sous les traits grossis de la caricature, la nature et le caractère vrais, redoutables, du dictateur.
Le palais du grotesque Hynckel, où le tyran de la Tomainie prépare l'invasion de l'Osterich, déborde d'idées comiques qui tournent en ridicule la mégalomanie, la vanité ou l'insignifiance du personnage. Ces séquences alternent tout au long de la comédie avec celles, nécessairement teintées de gravité, relatant, dans le ghetto de la ville, le sort de la communauté juive et, plus précisément, celui d'un candide barbier, curieusement mais pas innocemment le sosie d'Hynckel. Car c'est à lui, le faible et le réprouvé, que reviendra le dernier mot à travers un discours humaniste passionné dans lequel le cinéaste-acteur met toute sa conviction et sa sincérité.
Jusqu'alors, Chaplin met en scène deux récits parallèles représentant la victime et le bourreau, quasiment une variante, conformément au double rôle de Chaplin, de Jekyll et Hyde.
Au-delà du sujet, "Le dictateur" est un film superbement maitrisé, comme l'aboutissement du cinéaste.