On a parfois honte de ne pas aimer certains films. L’accueil dithyrambique fait au dernier film de Nanni Moretti lors du Festival de Cannes cette année ainsi que la quasi unanimité critique et publique rendent ce texte, plutôt négatif, gênant pour la personne qui l’écrit. Mais c’est comme ça, parfois, à l’inverse de l’avis général, on n’adhère pas ou on ne parvient pas à rentrer dans un film. Il en est ainsi de « Mia Madre ». On ne peut pas clairement dire que le long-métrage est mauvais, peut-être juste qu’on est passé à côté ou qu’on n’est pas de la même sensibilité que le metteur en scène italien, pour ce film en tous cas. De la première à la dernière image, on regarde ce qui se déroule à l’écran de manière totalement extérieure, froide, sans jamais parvenir à entrer dans le petit théatre mis en place par Nanni Moretti.
« Femme au bord de la crise de nerfs » ou « Portrait de femme » auraient été des titres bien plus appropriés à « Mia Madre » tant le film se focalise sur le personnage de Marguerita et ce qu’elle endure à tous niveaux plutôt que sur sa mère malade ou sa relation avec elle, relation qui reste finalement au second plan. Mais ce portrait a le défaut de diluer son propos entre deux trames qui s’annihilent l’une l’autre plutôt que de s’enrichir. En effet, d’un côté on suit le tournage d’un film dont Marguerita est la réalisatrice. De l’autre on entre dans sa vie personnelle et ses relations avec sa famille dont sa mère mourante, et par corrélation sa gestion du deuil qui s’annonce imminent. La mise en abyme, avec ce film dans le film, s’avère inutile au possible mais réserve quelques moments drôles de-ci de-là. A défaut d’être passionnant, on a au moins ça. Quant à l’autre partie du film, elle ne nous parle pas, on reste étranger à l’émotion censé nous étreindre.
Au final, on a la constante et désagréable impression que Nanni Moretti n’a jamais voulu choisir quel film il souhaitait nous montrer. Bien qu’autobiographique et maîtrisé, « Mia Madre » ne sait jamais quelle direction prendre et, de ce fait, nous perd en chemin. Plus le temps passe et plus il nous semble long. On va même jusqu’à chercher l’intérêt du film et certaines de ces scories agacent (flashbacks et scènes rêvées peu utiles et mal amenées). On n’en voudra pas aux acteurs, tous parfaits, bien que John Turturro en fasse parfois un peu trop. Cependant, il n’est pas interdit de largement préférer (et pourquoi pas revoir) la magnifique « Chambre du fils » qui nous avait tant émus.