Si vous aimez vous faire retourner les neurones! En bon cinéphile de base, mon attention a toujours évité de se poser sur les "direct to dvd", où l'on trouve une majorité de sous-produits pas franchement emballant, voir carrément honteux pour la plupart. Hors depuis quelque temps, j'entends ça et là quelques remarques emballées sur "Predestination", puisque le film (il est sorti en Australie et a été, malgré son sort curieux, tourné pour les salles obscures) est carrément en train de gravir les échelons jusqu'au statut de "culte". (Vous verrez dans quelques années!) C'est donc avec une envie relativement relative que je me suis plongé, en troisième partie de soirée, dans cet objet cinématographique qu'on peut sans trop de souci qualifier d'étrange. Et là, contre toute attente, me voilà transporté pendant 1h38! D'abord par la précision du montage (qui était obligatoire au fonctionnement de l'intrigue) l'entrée en matière est un petit modèle de mise en bouche alléchante avec ellipses soignées et répliques qui claquent, mais c'est la suite qui emporte le morceau. "Predestination" est typiquement le genre de film à tiroirs dont on ne peut rien dire sans gâcher le plaisir des futurs spectateurs (si vous achetez le dvd, évitez de lire le résumé au dos puisque celui-ci spoile bizarrement la fin!) n'empêche que le script des frères Spierig est certainement le plus original, le plus tortueux, le plus "mindfuckesque", voir le plus osé que j'ai vu depuis longtemps! Mais là où la maitrise du duo de frangin s'avère (quasi) totale, c'est dans la finesse psychologique de leur(s) personnages(s). Dès qu'Ethan Hawke (décidément excellent) se retrouve derrière son bar et commence à écouter l'histoire personnelle bizarre de ce type qui débarque de nulle part, difficile de ne pas se laisser accrocher. Bon, on peut pointer ici et là quelques défauts légers qui peuvent retenir l'attention, une scène de baston entre filles pas folichonne en terme de chorégraphie, ou certaines séquences un peu trop "technico-blockbusteresques"
(entre-autre le moment où Hawke explique son vrai métier à son client solitaire)
mais le rythme du récit est si travaillé, les rebondissement (nombreux) si réfléchis que mon esprit s'est joyeusement laissé prendre au jeu de ce sacré script labyrinthique! Et puis "Predestination" possède un dernier atout de taille: Sarah Snook, qui bouffe chaque scène où elle apparaît! Impossible de sortir de la chose en se disant autre-chose que "cette nana est une actrice née"!!! Bref, Predestination est peut-être bien destiné à devenir un classique, et pour moi le film vaut nettement mieux que le sur-estimé "Looper" auquel il est souvent comparé.