Excellent.
Je ne connaissais pas cette œuvre de Masamune Shirow qui est sortie en manga dans les années 80. Rupert Sanders réalise une seconde adaptation réussie qui fait la part belle aux villes modernes. Une forêt de gratte-ciels se dressent devant nous traversée d'images holographiques et de néons. On plonge dans un univers futuriste dominé par l'informatique et les robots avec ce chiffre hallucinant donné d'entrée de jeu : 73% de la population a choisi de se faire greffer une partie du corps cybernétique. Cette corruption d'une humanité transparaît à travers une ambiance sombre et glauque qui domine tout au long du film car les humains acceptent de leur plein gré de se transformer en androïdes.
Beaucoup sauf l'héroïne qui elle a fait l'objet d'une transplantation involontaire suite à une accident et qui se réveille dans un corps en métal tout en ayant conservé son cerveau humain : Mira est le premier cyborg, le produit dernier cri de la société Hanka qui veille avec attention à son rejeton. Elle est chargée de la sécurité du système qui l'a fait naître jusqu'à sa rencontre avec Kuze, un criminel cybernétique qui sème le désordre et pirate des androïdes. Elle va alors découvrir l'autre côté du décor avec le témoignage du Dr Ouellet qui va confirmer les accusations de Kuze...
L'histoire est intéressante car elle soulève bien des questions sur l'évolution de notre monde qui court après le tout robotique, le culte de la performance et le mépris de sa propre condition. Un mal être qui amène à l'émergence de créatures hybrides telles que Mira sans résoudre les problèmes de fond. Le film entrevoit aussi la problématique de la nature de l'âme, appelé ghost, et celle de l'identité. C'est le passé qui, présenté ici comme le terreau de nos souvenirs et le moteur de nos émotions, est le garant de cette même identité. Or des failles dans la mémoire, des données faussées et c'est un édifice intérieur qui s'écroule, un moi qui tâtonne dans le trouble sans pouvoir se trouver.
Enfin, pour ce qui est des personnages, le major a l'avantage à mes yeux d'être une femme et comme il est rare de voir un premier rôle féminin, j'apprécie. Surtout que Mira malgré les coups nombreux, montre du courage et se bat comme un homme. Victime d'un accident puis d'une explosion, elle poursuit sa quête avant d'affronter un robot bien plus puissant qu'elle qui lui brûle les bras. Faut en vouloir, c'est sûr. Par contre, niveau émotion, ce personnage est très limite mais c'est vrai que Scarlett Johanson campe un cyborg et que pour cette raison, elle doit rester impassible. J'ajouterais aussi que j'ai trouvé le cybercriminel plus touchant qu'elle. Kuze apparaît davantage comme une sorte de porte-parole des victimes oubliées qui ont servi aux opérations de Hanka, un double aussi de Mira puisqu'il est le fruit inachevé de la même expérience qu'elle dans une étape antérieure. Moins performant sur un plan robotique, il l'est davantage qu'elle au niveau de la conscience et c'est par lui que le major entrevoit la vérité. Mais dans la version de Shirow, le cybercriminel n'a rien d'humain car c'est une intelligence artificielle qui cherche à se dupliquer non pas pour obtenir une révolte contre un système corrompu mais pour faire naître une nouvelle création dans la dynamique de cette corruption. Autrement dit, la version d'origine propose un tout autre profil de méchant. Dans cette adaptation, c'est un des ingénieurs d'Hanka, le supérieur de Ouellet qui est en fait le monstre.
Voilà pour résumer, Ghost in the shell est un très bon blockbuster américain qui a le mérite d'aborder des questions de fond sur notre société actuelle et son possible futur dans un décor high tech sombre et léché.