Il s'appelle Toni, il est vieux, son cœur est usé, il vit avec son chien moribond, loin de sa fille, Inès, qui, elle, habite Bucarest, il est séparé, vaguement enseignant, et il améliore son existence avec des farces plus ou moins drôles et des travestissements sortis de son imaginaire. Autant dire que ce Toni, c'est un original ! Il doit attendre la mort de son chien pour se rendre compte que le temps passe, que surtout l'essentiel passe, avec le risque de faire oublier le pourquoi de l'existence. A commencer par sa fille, addictive au téléphone, à l'argent et au business, en dehors de tout sens moral. Alors, il décide de rejoindre sa fille à Bucarest et de s'intégrer dans son univers professionnel en revêtant l'habit d'un certain Toni Erdmann, un consultant loufoque. "Toni Erdmann" est un film étrange. Etrange parce qu'il sort des sentiers battus, tout en regardant avec tendresse le couple père-fille se séparer, se reconstruire, et se séparer encore. Le ton emprunte parfois le ton du Marivaudage, tant l'art du travestissement est là pour dénoncer un monde capitaliste qui précipite ses salariés cadres dans un gouffre de folie et d'indifférence. Rien n'est normal dans ce récit, à commencer par les gens normaux comme cette Inès qui peine à cacher ses origines simples avec sa dent de travers et son pas maladroit. Elle est une sorte de robot désarticulé au sang froid, affamée de profit et de carrière. Et son père joue avec ses nerfs, tout en tentant doucement de l'apprivoiser. Si le film est touchant, souvent comique, il pèche par excès de longueur. Le spectateur finit par se demander quand cette histoire invraisemblable de faux consultant qui persécute sa fille se terminera. Sans révéler la fin du film, il faut attendre une scène absolument incroyable de soirée d'anniversaire pour que le spectateur se rende à l'évidence d'une œuvre profonde, attachante et cocasse. "Toni Erdmann" est un joli cadeau d'originalité dont on aurait préféré que le producteur procèdent à quelques raccords.